Aucun message portant le libellé nord. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé nord. Afficher tous les messages

jeudi 20 août 2009

Épisode visuel 8





Depuis la venue du blanc-chrétien-consommateur-sédentaire au nord du 55e parallèle, le peuple inuit en a vu des vertes pis des pas mures.

Et puisque les fruits arrivent en cargo par ici, croyez-moi, ils sont très rarement murs !

Je met au défi le plus Québécois d’entre vous, le plus adepte de la loi 101, celui qui connaît par cœur la bio de René Lévesque et les chansons de Félix Leclerc par principe, qui n’a pas manquée une St-Jean sur les plaines depuis 1972, celui-la, je le met au défi de contester cet insigne de la voie public sur lequel manque la version française.

Qui a dit qu’on parlait français au Québec ?



Catherine Aboumrad



jeudi 18 juin 2009

Épisode 49 Paroxysme

L’année scolaire tire à sa fin et, plutôt que de s’étirer dans un decrescendo tranquille vers des vacances reposantes, elle s’avère être une explosion de toutes sortes de sensations intenses.





Après plusieurs semaines de grisaille et de brouillard : le ciel est enfin bleu. Nous ressemblons tous à une gang d’aveugles qui retrouvons simultanément la vue! L’été est lent à arriver, mais les coups de soleil prouvent que la température permet de rester dehors des jours entiers et la lumière est assez éblouissante pour obtenir un beau bronzage en raton laveur (avec le cerne des verres fumés imprimé au dessus du nez). La succession du jour et du jour y est pour beaucoup.



La nature, dont le seul bruit d’hiver était celui du vent, se fait de plus en plus musicale. Elle est agrémentée des chants de petits moineaux blancs, des cris des bernaches en migration et, depuis 1 semaine à peine, du ricanement de la rivière qui dégèle et qui coule à travers le village. L’eau liquide, c’est une symphonie constante, entrecoupée de pétarades des moteurs de scooters des ados contents de les sortir de leur remise.



L’odeur organique du tapis végétal remplit les narines d’un parfum absent depuis des mois. C’est étourdissant de retrouver l’odorat, ayant presque oublié ce sens dans l’immensité aseptisée par les grands froids.




Les poissons sont pêchés en abondance. Ils sont bons. Un béluga a été abattu hier au petit matin. Difficile à mastiquer, faut être habitué, mais pas mauvais au goût. « Mamartouk », ça veut dire que c’est bon; « mamartou marialouk », c’est très bon.






Les élèves, libérés d’avoir à apprendre, sont enclins à plus de câlins. Je n’ai plus une course à faire dans le village sans que l’un d’entre eux ne s’arrête pour m’offrir un « lift », absolument pas intimidé par le contact physique nécessaire pour monter à plusieurs sur leurs minuscules bolides à 2 ou à 4 roues.



Et puis, pour moi, le temps passe vite, de plus en plus vite. Il ne me reste que quelques jours dans le Nord. Je suis étourdie à l’idée d’en profiter au maximum. Il y a eu le pique-nique de l’école : une belle fête avec les élèves au beau milieu de nulle part. Il y a eu une dernière marche avec les copines. Puis il y a eu mon petit rave personnel, l’euphorie de marcher, de courir, de danser, toute seule dans la toundra, la musique de mon iPod chamanique dans le tapis.
Le Grand-Nord, un désert vide?
Oui, mais ironiquement rempli de sensations de plus en plus fortes. Je quitte dans 3 jours, avec le solstice comme décor du dernier acte.
Bientôt, la tombée du rideau.

jeudi 19 mars 2009

Épisode 36 De la neige et du cash

Dans l’imaginaire de plusieurs, le Nord c’est l’Eldorado, un lieu où on peut aller travailler et revenir chez soi avec une fortune, devenir riche en moins de temps qu’il faut pour dire
« blizzard ».

Oui, les salaires nordiques sont intéressants… mais c’est à prendre avec des pincettes! Ça dépend beaucoup du corps de métiers auquel on appartient. Un ingénieur, dans une mine de tous les dangers, aux quarts de travail impossibles, est très grassement payé (quoique rapidement épuisé!). Les travailleurs du milieu de la santé, avec beaucoup de responsabilités, ont de très bonnes rémunérations, d’autant plus que ses déplacements d’un village à l’autre sont fréquents (ce qui n’est pas toujours jojo).

Les enseignants? Les enseignants ne sont pas à plaindre, mais ce qui est déposé dans nos comptes en banque, de deux semaines en deux semaines, ça n’a rien à voir avec le gros lot du 6/49.

Il faut savoir que les profs du Nord sont payés selon la même échelle salariale que tous les autres enseignants des écoles publiques. Après tout, on fait le même boulot, avec des enfants semblables, dans des écoles modernes, aux heures scolaires habituelles. Mais, parce qu’on est loin, en guise de rémunération spéciale du Nord, on reçoit aussi deux primes. La première sert à motiver les candidats à déménager au Nord de la ligne des arbres, malgré l’éloignement et le climat rebutant. Cette allocation augmente en fonction de l’isolement de la communauté. L’autre prime, un peu plus grosse à chaque année scolaire terminée, c’est pour faire en sorte qu’on reste le plus longtemps possible! À travailler à Quaqtaq présentement, je touche donc mon salaire habituel d’enseignante avec quelques milliers de $ de plus. Pas assez pour dire Bye bye Boss, mais assez pour savoir que je vais revenir au Sud à la fin de l’année riche. Pleine aux as!

C’est pas tant le salaire net qui fait une différence; c’est que je ne dépense pas un rond! Niet, rien, simplicité (et même pas volontaire). Faut dire que je suis arrivée bien préparée avec tout ce dont j’avais besoin pour passer l’année. Mais, pas de magasins : pas de tentations! Pas de restos : pas de pourboires. Un milieu de travail pas pincé : une paire de jeans minimalement propre fait l’affaire (quoi que ceux qui me connaissent savent que je m’efforce de porter jupe et talons une fois par semaine, même en pleine tempête!).

Même pas la possibilité d’acheter un journal dans le village.

Et je ne suis pas tentée de magasiner sur Internet (sauf une fois, fer à cheveux, pendant une nuit d’insomnie… moment de faiblesse)!!

C’est de là qu’elle vient, ma richesse nordique.

Mais la question, c’est qu’une fois accumulée, la richesse, va-t-elle m'être aquise? Je pense bien que oui : j’ai maintenant un bon coussin et un projet éventuel d’achat d’un hot duplexe urbain, en copropriété avec Elaine.

Et la sagesse, elle? La sagesse va-t-elle me rester? La simplicité, celle qui est volontaire, l’épuration des besoins, réflexion sur la fugacité des biens consommables… ? Hum… Au départ, je n’ai jamais été la reine de la bébelle, mais serais-je capable d’être à Montréal stoïque devant les étalages? Devant les piles de journaux?? Honnêtement, je ne pense pas être capable de passer des semaines sans même toucher à de la monnaie comme ici!

J’ai déjà hâte à Pâques, durant notre semaine de rêlâche au "Sud", pour me faire dorloter chez Valeh, la plus chouette esthéticienne du Plateau. Et puis par Marc, le dieu des cheveux, rue St-Laurent. Ça va me prendre du nouveau linge, profiter de tous les cinémas dont je me suis privée et m’autoriser à sauter dans un taxi à la moindre goûte de pluie.

Ah, et perdre au poker contre les amis!!

Pour l’instant, dans ma toundra, toute simpliste et zen, je suis en train de lire simultanément No Logo (La tyrannie des marques, le livre culte de l’altermondialisation) et l’Accro du Shopping. En moi vivent présentement, simultanément, la hyppie et l’Accro, sans aucun paradoxe. Faut pas trop chercher à comprendre!

jeudi 12 février 2009

Épisode 31 Authentique conversation par courriel


Salut cher ami!
Je suis toujours dans le Grand Nord et puis j'ai une petite question pour toi...

Mes élèves veulent savoir : est-ce que ton fils aurait gagné un des iPods au concours de lecture de la Francophonie?

C'est weird à poser comme question... en fait, chez nous, au "Sud", me semble que ça ne se serait jamais posé... surtout pas avec insistance. Mais il faut que je te mette dans le contexte, une autre réalité subtile du merveilleux monde du Nord que je découvre :

Ici, tout le monde connaît tout le monde.

Le "monde" se limite à 300quelques personnes et un réseau social élargi dans les villages avoisinants, tout le monde est le frère, la sœur, le cousin ou le voisin, l'ami, la connaissance de tous et de chacun. Par exemple, l’autre jour, j'ai dit en classe, dans une conversation sans importance qu'il y avait une nouvelle caissière super jolie au magasin général. Le concept de "commis anonyme" ou de "fille cute", ici, ça n'existe pas... Ça leur a pris 30 secondes à jaser en inuktitut pour qu'ils déduisent de qui je parlais et à partir de cet instant, il y avait une identité, une personne, une réalité à mon histoire. Là mon histoire avait un intérêt, sinon, c'est souvent juste du vent...

Même chose avec le concours de la francophonie. Je les ai fait participer et, quand on a réalisé que personne n'a reçu d'appel le jour où ils annonçaient les gagnants des iPods qui étaient tirés, mes élèves ont voulu savoir QUI avaient gagné les prix. Leur dire que les prix avaient été gagnés par d'autres élèves d'écoles du Québec n'était pas suffisant, il fallait des personnes, des identités aux vainqueurs. Ils insistent : si c'est pas nous, c'est qui?

OK! Je communique donc avec les organisateurs du concours au gouvernement, je leur demande qui sont les élèves qui ont gagné les iPods. On m'envoie une liste des écoles où il y a eu des gagnants. Confidentialité oblige, les gagnants sont mineurs... Pas idéal mais je vais les en satisfaire!

Je retourne en classe avec cette info, mais pour faire plaisir à mes élèves (qui, à mon grand étonnement, étaient passionnés par les gagnants des iPods!!) je commence à commenter les écoles qui apparaissent sur ma liste (compétence disciplinaire: compréhension orale, tout est un prétexte pour leur faire travailler leur français!) :

- Lower Canada College, c'est une école privée, vraiment très élégant, comme place.
- Collège Beaubois, ah, c'est là que mon frère à fait son secondaire!
- École Trou-profond-de-saint-je-sais-pas-quoi, rien à dire là dessus...
Bla bla bla
- Puis une autre école, ah!? Me semble que le fils me mon ami va là!

(Compétence de compréhension orale maîtrisée : ils m'ont très bien compris!!)
Il n'en fallait pas plus... Mes élèves là ont une image en tête, une identité, une réalité: ils imaginent le fils de mon ami, un gars de leur âge, et ils veulent savoir si LUI a gagné un iPod. Pas par jalousie, ils ne sont pas mesquins, juste pour savoir QUI, c'est comme ça que ça fonctionne pour eux, ça fait partie de leur conception du monde.

Incompréhensible pour nous, tout naturel pour eux...

J'ai essayé de les calmer... mais ils sont persistants! Je les trouve chouettes. Ça fait une couple de jours que je me dis que ça n'a pas de bon sens que je te demande ça. Avec mes yeux de fille de la ville, ça n'a statistiquement pas de sens… C'est tellement peu probable, il y a combien d'élèves dans cette école là? , et puis ça ne changera rien dans leur vie qu'ils sachent ce détail...
Mais j'avoue que leur curiosité a un petit effet contagieux... fait que :
Est-ce que ton fils a gagné un iPod au concours de lecture de la francophonie ???

Et l’ami de réponde :

Salut Marie, non mon fils n’a pas gagné de iPod, et il ne connaît pas l’élève en question non plus. Salut et à bientôt!

jeudi 5 février 2009

Épisode 30 Qu’est-ce que ça mange en hiver?

Les Inuits mangent principalement deux choses : ce qui est fourni par la nature et ce qui est vendu à la Coop.

La nature, bien qu’un petit peu aride, est fort généreuse en viandes de toutes sortes. Évidemment, il y a le caribou, disponible et facile à chasser depuis toujours, la myopie légendaire de l’animal aidant! Les oies et les lagopèdes sont des oiseaux délicieux en ragoût ou en bouilli. Ils offrent aussi des œufs durant la saison de reproduction. Plus proche de la mer, j’ai pu assister à la chasse au béluga cet automne (chasse contrôlée par quottas, ne vous en faites pas, chers amants de la nature sauvage!). Il y a aussi le narval, le morse et, plus communément, le phoque dont les viandes et le gras sont prisés. Les mammifères marins sont difficiles à classer dans la catégorie « viande blanche, viande rouge », j’appellerais ça de la viande noire tellement c’est riche et compact. Pas mauvais.

Ensuite, sur la côte, il est possible de cueillir des moules. Aussi, on peu jeter sa ligne à l’eau pour en retirer des tonnes de poissons, surtout l’omble de l’arctique, un poisson à chair rose de la famille des truites. Délicieux. Mangé cru, congelé, à même le sol, comme à la fête à laquelle j'ai assisté. Le tout riche en protéines animales.

La terre, à la fin de l’été, offre quelques bleuets et autre arpiks comme portion de fruits et de légumes et, côté végétaux, c’est à peu près tout.

Tout ça est disponible, mais ce n’est pas nécessairement gratuit. La chasse et la pêche ne se pratiquent plus au harpon, au filet, en déséquilibre dans un kayak ; les temps changent. Au Nord comme partout, on aime être efficace! On se déplace en engin à moteur, on se protège des agressions des morses traqués dans de gros bateaux, on utilise des armes sophistiquées pour ne pas manquer son coup. Dans le documentaire Arctique de Jean Lemire, le cinéaste mentionne que certains aînés inuit, moins fortunés, ne peuvent plus se permettre de sortir dans la toundra chasser : l’essence, le matériel de chasse et de survie étant hors de prix pour permettre de telles excursions.

Il n’en reste pas moins que cette nourriture du terroire est largement consommée sans non plus être exclusive. Le reste, une très large part de l’apport alimentaire, est vendu par la Coop, le magasin général de la communauté.

La Coop, ça se compare à une petite épicerie où un tout petit comptoir de fruits et de légumes est disposé à côté d’une avenue de produits surgelés et d’une montagne de boîtes de conserve et de produits secs. Des pizzas, des croquettes, des gâteaux, des céréales de couleur, des trucs en panure, des chips, des boissons gazeuses et autant de nouilles en sauce... Une machine à sluch. Une alimentation que l’on pointe du doigt dans les quartiers défavorisés américains. Nunavik, en banlieue d’Atlanta, qui l’eu cru! C’est la globalisation, faut croire; les problèmes de distribution alimentaire au plus faible coût et au meilleur goût sont partout pareil! Les nutritionnistes ne font pas l’éloge de cette alimentation. On commence à en voir les effets sur les populations des 14 villages du Nord : diabète et autres maladies cardiovasculaires sont de plus en plus présents.

Dans ce département, comme ailleurs, des efforts sont faits pour améliorer la qualité de l’alimentation industrialisée. La direction de la santé publique a publié le Guide alimentaire du Nord du Québec. Le Nunavik s'attaque aux gras trans, pouvait-on lire dans la Presse la semaine passée. Émilie Counil y était citée. Elle expliquait que les chefs de village et les administrateurs de la Coop feraient en sorte que moins de produits qui contiennent du gras trans soient disponibles sur les tablettes de l’épicerie monopolistique. Coupe à la source, tu élimineras le problème des gras trans! Hum… cette super déclaration me laisse un étrange goût amer. C’est infantilisant comme situation. On présente un produit et puis on le retire pour le bien de la population, en pointant du doigt une molécule parmi tant d'autres comme source ponctuelle des problèmes alimentaires. Si on est pour limiter l’accès aux pizzas pochettes et autres mets préparés et croustillants, ne devrait-on pas, en appliquant la même logique, de les retirer aussi dans les épiceries du Sud? Ça serait impensable de brimer ainsi les droits les libertés individuels! Quel scandale! Alors pourquoi jouer a la police de la moralité alimentaire ici?

Et puis après, quoi? On va demander aux Inuit de faire attention au cholestérol du gras de leur baleines traditionnelles? D'élever des bélugas transégéniques riches en Omga 3 aussi??

jeudi 22 janvier 2009

Épisode 28 Pi-toi?

Pi-toi, pi-toi, pi-toi??? C’est pas le chant d’un oiseau local. C’est LA question.

« Pi-toi, qu'est-ce qui t’a motivé à monter au Nord? »

Dès la toute première conversation entre deux non-inuit, la question est soulevée. Systématiquement.

Le trip? Pas d’emploi? S’éloigner de la belle-mère? Amateur de plein air? S’isoler pour faire une maîtrise sur Internet? Fuir la justice… Tout a été entendu. Tout est valable. La question est posée, juste pour faire la conversation, pour construire un pont entre deux étrangers réunis par défaut en terre arctique.

Dimanche, j'ai soupé avec ma coloc et deux nouvelles amies infirmières. Après le repas, pendant les pauses commerciales du Banquier qu’elles m’ont fait découvrir, inévitablement, on en est venu là.

- Pi-vous autres, pourquoi être montées au Nord? Nous, on sait pourquoi les infirmières montent au Nord, mais vous, les profs, pourquoi?

- Ah oui? Pourquoi c’est évident que les infirmières montent et pas les profs?

- Ici, c’est sûr qu’il y a le salaire : plusieurs fois celui d’une infirmière au Sud. Job de jour. 2 gros mois de travail, un mois de congé complet chez nous. Mais c’est surtout les responsabilités de clinique qui sont intéressantes : presque comme si on était médecin considérant qu'il y en a pas au village. On n’aurait jamais cette pratique professionnelle si on était ailleurs. Mais, vous autres, travailler dans une école, être enseignante, ça serait pas mal partout pareil, non?

Non, oui, euh… pas tout à fait.
Oui, je suis enseignante ici comme je le serais partout ailleurs. J’ai une jolie classe, deux groupes d’élèves, je peste contre les retardataires, je remplis des bulletins, je chiale régulièrement contre la photocopieuse.

Mais, nulle part ailleurs, je n’aurais la pratique professionnelle que j’ai ici.

Par exemple: jamais je ne pourrais avoir à donner de cours devant un auditoire composé de… zéro élève! Bon, parlons-en, parce que ça m’est arrivé quelques fois maintenant. Dans mon groupe de 6 élèves, les plus vieux, un ne vient plus du tout, un autre se présente sporadiquement et les 4 autres sont généralement assidus… mais pas toujours. Surtout pas à la première période le matin. Il arrive que les 4 élèves ne soient que 3, ou 2, voire 1 seul… voire pas du tout. Assez étrange comme situation.

Je me suis déjà fait dire « Chanceuse, tu es payée pour te limer les ongles! »
Oui. Mais.
Oui, mais l’attente est difficile. Que faire s’il y en a un qui se pointe? Lui faire la morale alors que les autres qui n’ont même pas fait cet effort se défilent de mon discours plate? Que faire au prochain cours, pénaliser tout le groupe? Faire comme si j’avais donné le cours et puis continuer à la séance suivante sachant que TOUS mes élèves n’auront pas assimilé les notions précédentes? Oui, mais. Je n’aime pas être dans cette situation… Oui, j’ai été payée quelques 45 minutes à me limer les ongles, mais la manucure est ratée, le travail intérieur dépassait largement l’énergie habituellement nécessaire pour donner un cours. Jamais je ne répondrais à « Pi-toi? » par le souhait d'être payée pour ne pas enseigner….

Je suis rappelée à l’ordre. « Pi-toi, alors, pourquoi t’es prof au Nord? »

- Parce que, quand ils se présentent tous en classe pour un examen important (et ils se présentent généralement pour les examens importants), après m’être battue pour obtenir le silence (comme dans n’importe quelle autre école) et les avoir bien guidés dans la lecture et le compréhension de leur évaluation (comme dans le cadre de n’importe quelle circonstance semblable), corriger 5 examens, c’est le bonheur!! 5 examens, quelques 15 ou 20 minutes, ça c’est un avantage professionnel qui vaut la peine au Nord! 180 copies à corriger… ça ne me manque pas du tout!Pi-oui, enseigner au Nord, ce n’est pas toujours facile, mais comme pour les infirmières, c’est un boulot qui n’existe pas tel quel au Sud!

5 copies à corriger… Wow!!

jeudi 8 janvier 2009

Épisode 26 La chasse-galerie

On connaît la légende.

Le diable propose un tour de canot volant aux ouvriers isolés pour leur permettre de passer les fêtes dans leur village tant aimé. Si l’un d’entre eux maque le bateau, après la fête terminée, tous périront brûlés, ignorés pour l’éternité. Et, bien évidemment, dans le conte, c’est exactement ce qui est arrivé!

De grand froid au grand feu… Pas trippant de finir en guimauve carbonisée pour ne pas avoir été à son affaire. Pas toujours évident non plus de se rembarquer dans la routine en région éloignée après des vacances auprès des siens. Mais la morale est intéressante : quand t’acceptes un contrat d’un an, faut faire l’année au complet.

Mon histoire à moi ne finira pas dans une chanson épique à la conclusion tragique : le voyage de retour à Quaqtaq n’a pas été aussi pénible que celui de l’histoire des bûcherons. Personne n’a manqué le bateau. Au contraire, on a eu l’occasion de rencontrer en vol deux nouveaux membres de notre équipe-école, Joseph le prof d’éducation physique et Audrey-Anne, prof de 3e année au primaire, qui est aussi ma nouvelle coloc.

Jusqu’à un certain point, pendant le long déplacement du Sud au Nord du Québec, j’étais heureuse, un peu soulagée, de m’en retourner « chez-moi ». Un chez-moi temporaire, mon environnement zen de travail, d’entraînement, d’études. Je ne pense pas m’installer à long terme au Nord. J’ai trop à faire, à observer, à comprendre, à aimer, dans mon patelin d’origine. Mais j’apprécie beaucoup ce cadeau d’une année dans la toundra, à apprécier la culture inuit et à m’isoler de tout le reste, le temps de souffler un peu. La crise économique : c’est dans un autre univers. Gaza? Les horreurs ne s’entendent pas 25 fois par jour à la radio dans l’auto… Pas d’auto. Pas de radio non plus d’ailleurs.

La deuxième portion de l’année scolaire, celle qui va de Noël jusqu’à Pâques, est donc entamée et la vie continue.

Le père gravement malade d’une de mes élèves va beaucoup mieux.
Le bedon rond d’une autre commence à montrer des signes d’une grossesse devenue difficile à cacher.
Le cours de sciences avec mes secondaires 3-4-5 doit commencer à rouler un peu plus pour que tous soient prêts pour l’examen de la commission scolaire en février.
Le projet de vidéo avec les secondaires 1 et 2 devrait être mis en branle sous peu.
Partir à l’école le matin, seule, dans le noir, triste de ne plus me faire escorter par le chien borgne du voisin qui semble avoir disparu dans la nature.
Pester contre les élèves retardataires.
Jouer à la police des cigarettes. Grrrrr…
Contrebalancer la rudesse de certains jeunes par autant de patience.

Une année scolaire quoi... à la fois comme dans toutes les écoles et comme nulle part ailleurs.

J’ai donc repris la barque à temps, sans que le maître de la classe-gallérie ne me transforme en citrouille grillée. Question que le diable ne s’emporte pas (en me chargeant des frais épouvantables en excédant de bagage), j’ai même laissé mes nouvelles bottes brunes à la maison, (celle de Montréal), et j’ai repris dès l’atterrissage à la maison (de Quaqtaq) mes Sorel noires. Hum… C’est bien parce que je suis raisonnable… Parce j’aurais pu me permettre cette petite coquetterie. Allez, j’aurai tout le temps de les user à mon retour pour la relâche du printemps, à déambuler de café en café sur Mont-Royal avec Elaine à reprendre des nouvelles du monde entier. Pour l’instant, je profite du confort, celui de la chaleur avant la mode. Celui où je ne me sens pas coupable de ne pas regarder le Téléjournal parce que rien de ce qui est dit ne concerne directement notre petit îlot de vie. Un confort tout relatif, nombriliste assumé, que j’apprécie beaucoup… le temps de vivre une aventure toute simple, qui n’entrera certainement pas dans légende parce que les canots volants, ceux d’Air Inuit, sont loin d’être diaboliques.

Bonne année!

jeudi 18 décembre 2008

Épisode 25 Solstice d’hiver

Levée du Soleil. 8 :49. Coucher du Soleil. 14 :22.

Comme dans la file en attendant sa place dans un manège monstre de la Ronde, j’étais à la fois super excitée et excessivement terrorisée de vivre la grande noirceur. C’est impressionnant et encore plus difficile que je ne le croyais. C’est physique, le combat contre le sommeil qu’inspire la longue nuit.

Je me lève, il fait noir. Normal, je suis une lève-tôt. Alors pas de problème : j’en profite pour me mettre devant l’ordinateur et pianoter un petit peu. J’attends avant de me mettre en mode de jour.

Je me fais un (premier) café, il fait noir. Encore une fois, ça peut encore passer, tout dépend de l’heure où on fait ledit café… mais quand vient le temps du deuxième, ça serait la moindre des choses de voir quelques rayons à l’horizon. Et bien non!

Je me prépare pour aller enseigner, il fait… et oui, il fait noir! Pas le choix, faut y aller!

J’arrive tôt à l’école, pour profiter du photocopieur surexploité aux autres heures de la journée et je me dois d’allumer toutes les lumières de la salle des profs, de la salle d’informatique et de ma classe malgré ses immenses fenêtres… C’est encore la nuit.

Puis le matin.

Un faible Soleil à l’azimut. Quelquefois affaibli par une masse nuageuse qui cache les précieux rayons du jour. Certains jours, on a carrément l’impression qu.il n’y a pas de Soleil, comme l’après-midi de mes photos.

Puis, re-la-nuit.

Avoir à allumer les lumières de la classe en avant-dernière période parce que le soir tombe, c’est particulier. Rentrer et s’écraser quelques minutes en ayant la nette impression que c’est la nuit, c’est spécial. (Mais ça à le net avantage d’enlever toute culpabilité à avoir le goût de faire une sieste avant souper!)

Je comprends maintenant pourquoi, dans les maisons, il y a tant de plafonniers avec des ampoules hyper puissantes. C’est nécessaire! Certaines personnes ont avec eux des lampes solaires pour tromper leur corps et lui donner de l’énergie lumineuse artificielle. Je n’ai jamais considéré cet investissement. Je n’ai avec moi qu’un tube d’autobronzant qui donne bonne mine tout aussi artificielle à défaut de vitamine D. Les vitamines, j’en ai en pilules, les oméga 3, en gélules. Et malgré tout, c’est difficile.

Les Inuit ont traditionnellement beaucoup plus de sagesse par rapport à la grande noirceur : ils ne combattent pas le sommeil qui les attend. En fait, comme plusieurs peuples au diapason avec la nature, le sommeil est une fonction vitale qui ne doit pas être forcée. Quand on est fatigué, on dort. Quand on a fini de se reposer, on se réveille. Quand il fait trop noir pour chasser, on arrête.

Sauf que quand on continue à élever les enfants dans cet esprit là et que l’école commence à 9 h (aussi bien dire aux aurores!), ça donne quelques fois de drôles de résultats. Ce matin, je pensais écouter un film avec mes élèves, en récompense de leur bon travail des dernières semaines. Entrent en baillant aux corneilles, comme toujours. S’écrasent sur deux pupitres plutôt qu’un seul, comme toujours. En prime, ce matin, deux des trois élèves en classe se sont carrément endormis quand j’ai mis le DVD…Et je ne crois pas que ce soit mon choix de film…

Entre tradition, environnement extrême et obligations des horaires du monde occidental, il y a raison d’être un peu étourdi. Et tout le monde le sait, quand on est dépassé par les évènements, vaut mieux se reposer un peu. Après tout, la nuit porte conseil!

La nuit, il y en a beaucoup ici, en hiver.

***

Je quitte pour Montréal samedi matin pour 2 semaines de congé au « sud ».

J’ai très hâte de revoir ma famille et mes amis.

J’espère continuer à bloguer le jeudi comme d’habitude. Prochain épisode à Montréal donc. À bientôt, j’écrirai à la lumière du jour plus long (!) et dans la congestion routière! Oh, je m’ennuie un peu de lumières de circulation, des Tim Horton à tous les coins de rue, des coins de rues aussi, des cinémas, des boîtes de nuit… Ah, la musique électronique dans le tapis à 6 h! Ça va me faire changement du silence de la toundra et des quelques réveils en sursaut dus aux courses de skidoo dans le village en pleine nuit!

jeudi 11 décembre 2008

Épisode 24 Esprit des fêtes, es-tu là?

On était à peine entré en classe que mes élèves me demandaient déjà si je restais à Quaqtaq pour le temps de fêtes. Paraît-il que ce sont les plus belles célébrations de l’année! Il y a des spectacles, des danses, des grosses bouffes collectives, des compétitions de toutes sortes de jeux à l’extérieur. La municipalité orchestre le tout. Le monde est heureux, à Noël à Quaqtaq! Les jeunes avaient l’air presque déçu, alors qu’on se connaissait à peine, que je leur dise que je vais retourner voir ma famille et mes amis à Montréal, le 20 décembre.

Avec les semaines et les mois, malgré toutes les fois où je me fais traiter de « lukuapik » (c'est-à-dire « exigeante » en inuktitut) ou de « Marie Aboum-plate » (de tous les surnoms qu’on m’a donnés comme enseignante, c’est la première fois que je l’entends celui-là!), ils me demandent encore si je reste à Noël. « Ta famille, tes amis, ils peuvent venir à Quaqtaq, ils vont faire la fête aussi! Le plancher du gymnase de l’école tremble tellement on danse, c’est le fun!». Bon, je ne trouve pas que de faire vibrer le plancher du gymnase à trop danser soit une activité des plus sécuritaires… mais c’est très généreux de leur part de nous inviter tous ainsi! En fait, Noël ici, ça semble être la véritable célébration de la générosité.

J’ai demandé à mes élèves ce qu’ils voulaient pour Noël. J’ai obtenu très peu de réponses. Un peu comme si le concept de demander des bébelles n’était pas leur priorité. Ils recevront tous assurément des cadeaux, des bidules électroniques, des surprises. Ils se verront offrir aussi beaucoup de linge, peut-être un nouveau parka, une nassak (la tuque inuit crochetée), des mitaines cousues dans les dernières semaines. La fin de l’automne, c’est la saison de la couture pour les femmes inuit.

À 10 jours de la fin de l’école, ça commence à sentir la fin, leur élan de Noël est bien entamé.

Pour moi, par contre, je n’ai pas senti grand-chose dans les derniers jours.
C’est physique. Je ne me sens pas à Noël.

Je suis débarquée à Quaqtaq en plein milieu du mois d’août, il faisait 10oC : je me sentais en plein automne.
Le 17 septembre, on a eu notre première neige, c’est à ce moment que j’aurais décoré mon sapin! Mais il était un peu trop tôt et le sapin le plus proche, plutôt loin…
Maintenant, on est dans le froid et ça sent sec, ça sent mon février. Je suis déphasée avec la nature locale. En fait, pas juste avec la nature…

Il n’y a pas de centre d’achat, pas de musique d’ascenseur thématique (en fait, y’a pas d’ascenseur!), pas de poinsettias, pas de père Noël chez Jean-Coutu, pas de discussion à savoir si Noël c’est pas trop commercial. Il me manque à peu près tous mes repères culturels.

C’est beau, l’hiver nordique. Je vais bien! Mais j’ai pas un « feeling » de Noël.

Quoi que… on cogne à la porte…
« You want to buy carving? ». Non… pas cette sculpture-là… mais je pense à une autre que j’ai vue… peut-être que ça n’a pas encore été vendu?

Et c’est tout ce qu’il me fallait de commercial pour me faire plonger dans la folie du magasinage de Noël! Je veux offrir une petite pensée à ma sœur, une surprise pour un ami… Au beau milieu de la nature des plus aride, la plus calme et la plus sereine, j’ai découvert un nouveau mode de magasinage de Noël : le magasinage à l’envers.

« Oui, allo!! Sammy, Les boucles d’oreilles que tu es venu me montrer l’autre jour, est-ce que tu les as vendues? Non? Je veux te les acheter! »

Et voilà, petit à petit, j’achète des cadeaux, une nouvelle tuque, et puis l’euphorie me gagne. Et c’est très efficace, le magasinage à l’envers, pour des petits items en tout cas! Pour les plus gros, si j’avais voulu un parka par exemple, il aurait fallu que je m’y prenne d’avance, toutes les mamans n’en n’ont que pour les cadeaux de leurs propres enfants présentement. À l’heure où on se parle, ça coud! Et ça sculpte! Un véritable atelier, le village!

D’ailleurs, je suis pas mal convaincue : ça doit être comme ça qu’il fonctionne, le père Noël. Il doit appeler les artisans du coin et leur acheter des petits objets qui font plaisir!

Parce que tout le monde le sait : le père Noël habite très très proche de Quataq!

jeudi 4 décembre 2008

Épisode 23 Tout n’est pas rose dans le royaume du froid

Un gars, une pause cigarette.
Un gars, une pause cigarette durant la récréation.
Un gars, à peine adolescent, prend une pause cigarette durant la récréation.
Un garçon, à peine adolescent, prend une pause cigarette durant la récréation de son école primaire.
Plus la description se précise, plus l’image ne fait pas de sens. Pourtant, à tous les jours, la même vision.

Alors, go go go Marie, faut faire quelque chose.

Première tentative, appeler la police. Après tout, c’est illégal de donner des cigarettes à des mineurs. Faut arrêter quelqu’un!

-Allo, la police? Y’a tous les jours des jeunes (jeunes : en bas de 15 ans!) qui fument à l’école.
-Est-ce que les jeunes ont volé les cigarettes?
-Heu… non, je ne pense pas. C’est pas pour ça que j’appelle, c’est juste pour ne pas qu’ils fument. C’est pas bon pour leurs poumons!
-T’es nouvelle ici toi! Crois-moi, on a d’autres chats à fouetter que de faire la morale aux jeunes et à ceux qui leur achètent des cigarettes.

Bon, c’est malheureux, mais tout à fait légitime. Laissons la police s’occuper des drogues dures, de l’alcool destiné au marché local illicite et des autres délits routiniers.

Action-cigarette, faut pas s’arrêter pour si peu. Alors : rencontrer la travailleuse sociale pour lui en parler. Toc, toc, toc à la porte du bureau des services sociaux. Personne.
Ah… la travailleuse sociale vient d’être mutée dans un autre village sans remplacement pour l’instant dans la communauté ici. Ouff…

Ok, mon autre idée, c’est peut-être un peu fort, mais faire un signalement à la DPJ!
Euh… l’intervenant DPJ n’est plus là non plus. Personne pour le remplacer. Il faut directement se référer aux services sociaux à Kuujjuaq pour signaler les problèmes majeurs. Et il y a malheureusement pire qu’un enfant de 12 ans la cigarette au bec. Bon…

Faut pas lâcher! Continuer de discuter avec l’équipe d’employés de l’école et le directeur d’établissement : c’est illégal au Québec de fumer sur le terrain d’une école primaire ou secondaire, et ici, la même bâtisse abrite les deux à la fois… C’est doublement illégal donc.

-Mais… tu sais… on demande aux jeunes d’aller fumer au poteau de l’Hydro qui n’est pas, techniquement, sur le terrain de l’école…

Une enseignante d’expérience dans le Nord rajoute que les enfants accros qui n’ont pas leur « tube » à la récréation ne tiennent pas en place avant l’heure du lunch, faut donc être conciliant, autant se peut, faire avec les malheurs des coutumes locales.

Et puis il y a ce jeune, toujours la cigarette à la main nue, aujourd’hui avec ses deux mitaines, qui tente de marchander une cigarette à ses amis. Une cannette de boisson gazeuse contre une cigarette. Une palette de chocolat contre une cigarette. Il fini par trouver, il inhale.

-Pourtant, je t’ai vu souvent fumer, tu négocies toujours tes clopes comme ça?
-Non, d’habitude, ce sont mes parents qui me donnent mes cigarettes.
-Et puis, là ils ne t’en ont pas donné?
-Non, je suis en punition : ma mère ne veut pas me donner de cigarette pour une semaine.

Et ça c'est l'annecdote cigarette. Je pourrais répéter la même chronique pour l'absentéisme scholaire chronique (dès la 3ème année), l'impolitesse grave, le recours à la violence pour régler les conflits quotidiens, la manipulation affective et les idées suicidaires...

Comme enseignante, je fais ce que je peux.
Vaut mieux peu que pas du tout.
Mais des fois, ça semble presque rien.
Tout n’est pas rose dans le royaume du froid.
Les poumons sont noirs.

Les âmes aussi.

jeudi 27 novembre 2008

Épisode 22 L’homme qui a vu l’enfant qui a vu l’ours… ou est-ce un loup?

J’ai commencé à vous écrire une chronique que je conserverai pour plus tard. Je viens tout juste d’être dérangée dans mon travail par un coup de téléphone. Un autre. Encore. J’en reviens pas de ne pas vous en avoir parlé avant :

- Marie, je veux « viendre » chez toi. (Une voix d’enfant).
Même sans afficheur de numéro entrant, je reconnais facilement la petite personne qui est au bout du fil.
- Non, pas ce soir Briget, je suis en train de travailler devant mon ordinateur.
- (D’une voix haut perchée) Encoooooooore! Tu travailles « trop le temps », Marie!

Et oui, je me fais faire la morale par une gamine…

Si ce n’est pas elle, c’est une autre. Louisa, qui vient cogner à ma porte pour me conter toutes sortes de menteries, juste pour avoir mon attention. Sinon c’est Pauluse qui vient me dire que Kevin m’aime. Ou Kevin qui vient me dire la même chose au sujet de son acolyte. Lydia, elle, entre sans cogner, fouille et trouve toujours les bonbons que je change pourtant de place. Sarah ne vient jamais seule, elle est trop gênée, mais elle aime bien mon salon : elle trouve l’idée d’un vélo stationnaire devant la télé vraiment géniale! Peut-être pense-t-elle que j’ai inventé la chose!

Les enfants sont les princes de ce royaume du froid.
Ils sont partout, tout le temps.
Ils jouent, se promènent, se chicanent, jouent à chasser, chassent pour de vrai, patinent, à toute heure du jour et de la nuit. À partir de 6-7 ans, ils sont autonomes, libres, vraiment beau à voir. Vraiment difficile à concevoir des fois. Autour de ma table de cuisine, à manger des biscuits et à boire de la limonade, je me demande comment leurs parents ne s’inquiètent pas que leurs jeunes passent du temps avec des adultes qu’ils ne connaissent pas… et d’autres encore qu’ils ne connaissent que trop…

Mais je ne suis pas ici pour juger. Je profite de mes petits amis. Je fais un peu d’enseignement hors de l’école à des enfants qui sont beaucoup trop jeunes pour être mes élèves. « Lavez-vous les mains! » « Aujourd’hui, c’est un fruit qu’on va manger ensemble, pas des cochonneries… »

Encore, on cogne à la porte, je reviens (authentique).

C’est pas une farce, j’ai entrepris la rédaction de cette chronique en me disant que je n’ai pas de photo de mes petits visiteurs et en voilà 3 qui viennent juste de me faire une surprise, à la bonne franquette! Et bien, mon texte est maintenant illustré!

Ce sont deux de mes visiteurs qui justement ont vu lundi soir, en sortant de chez moi une ombre inhabituelle, dans le noir. Ça serait un loup, d’après eux! 180 degrés, de retour en trombe dans ma maison, les appels aux parents. Et il n’en fallut pas plus pour que ma maison soit entourée de véhicule aux phares aveuglants. Le téléphone a sonné, c’est une collègue, on chercherait l’ours. Un ours brun aurait été vu! Un ours brun ici? Oui, paraît-il!! Les chasseurs, les fusils, un vrai film de poursuite. Finalement, ça ne serait pas un ours brun, c’était devenu un ours blanc qui rôderait, qui serait affamé. Ça a duré des heures, des heures à voir tous les véhicules motorisés sillonner les 4 rues du village. Épeurant!

Mais, après un temps, plus rien. Finalement, c’est moi qui a passé quelques coups de fils en fin de soirée. On n’a rien vu, je devrais être en sécurité pour me rendre à pied demain à l’école. Ça a dû être Pierre et le loup, ou une autre histoire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… Peut-être que c’était juste une trop grande imagination d’enfants…

Mais, deux jours plus tard, une carcasse importante est exhibée au village. Pas de photo permise, les Inuit sont strictes là-dessus. Ils ont eu trop de mauvaises presses à cause des protecteurs de l’environnement qui ne comprennent pas que c’est littéralement notre vie ou celle d’une « brave et innocente bête ». Toute écolo que je sois, je suis unilatéralement du côté des Inuit au chapitre de chasser pour survivre : je préfère avoir la vie sauve que de servir de déjeuner à un carnivore du sommet de la chaîne alimentaire. Croyez-moi, c’est impressionnant!

L’histoire s’est donc avérée vraie : Marie a vu l’enfant qui a réellement aperçu l'animal. Ici, il ne faut jamais prendre leurs histoires pour des enfantillages.

Tient, encore le téléphone (authentique)!

- Marie! Is my daughter still at your place?
C’est la première fois que ça arrive ça!
Mais où est-ce que tout le monde a eu mon numéro de téléphone?

jeudi 13 novembre 2008

Épisode 20 Le marché de l’art

Pour acheter de l’art inuit, il y a deux options.

La première est relativement facile pour tout le monde. Il suffit de se rendre dans une galerie spécialisée du Vieux-Montréal et de transiger avec des marchands d’art. Ils ont de belles pièces authentiques, transportées du Nord dans des caissons bien matelassés, présentées dans des vitrines super éclairées. On trouve bien sûr des sculptures et quelques couvertures, des peaux tannées et d’autres objets si particuliers à la culture du peuple du Nord.

On peut trouver de tout! Mais à un seul prix : excessivement cher.

La deuxième option pour acheter de l’art inuit implique de déménager dans le Nord. Moins évident que l’option de magasinage fancy dans le Vieux, mais la facilité de la suite des opérations vaut la peine d’être entendue. Inévitablement, pas longtemps après votre déménagement, quelqu’un va venir cogner à la porte de votre maison nordique pour proposer ses œuvres.

J’ai vu de tout passer dans mon entrée : des boucles d’oreilles en ivoire de narval, des pendentifs en pierre de la couleur de la toundra, des broches de toutes sortes. Je me suis acheté une bague en forme de béluga sculpté dans un bois de caribou. Elle est très belle; beaucoup de mes collègues en sont jaloux. Je suis d’autant plus contente de me l’être procurée qu’elle a été faite par un de mes élèves de secondaire 4, Sammy, dans son cours de culture inuit. Il l’a faite, il a prouvé ses compétences, il a eu une bonne note et il est allé faire fructifier son projet d’étape chez son enseignante. C’est ce qu’on appelle dans le jargon de l’éducation une « situation authentique », c'est-à-dire un projet scolaire qui demande du travail personnel dans une tâche qui trouve écho à l’extérieur des murs de l’école! Très « réforme », le cours de tradition inuit!

On est bien sûr venu me proposer des sculptures, surtout de la pierre à savon, de petite taille. Je suis toujours surprise :

- (knock, knock) You want to buy carving?
- Yes, heu… where is it?
- Here!

Et on sort un morse ou un pêcheur traditionnel d’une poche de manteau!

Je me suis acheté deux sculptures déjà, un phoque façonné par un professionnel et un inukshuk, la première sculpture à vie de Pauluse, un élève du primaire. Si on est habitué de voir de l’art enfantin, c’est généralement du dessin, de la peinture ou du papier mâché. Je trouve cette sculpture naïve, un homme de pierre au bras visiblement recollé, très sympathique!

On peut se voir offrir de tout! Mais à un seul prix : pas mal cher.

Le coût de la vie ici explique en partie les centaines de dollars qui se transigent dans les portiques. La demande aussi conserve les prix relativement hauts, parce que ce ne sont pas que les étrangers qui s’offrent des beaux bibelots et autres breloques. Les Inuit s’en procurent aussi beaucoup. Les femmes, surtout, arborent en tout temps des bijoux artisanaux d’une grande beauté.

La difficulté de cette méthode d’achat, c’est de prendre une décision spontanée. Acheter ou ne pas acheter, garder ou laisser passer. Pas de réservations. Négocier un peu. Payer cash et sur-le-champ. Pas de politique de remboursement si le lendemain, on vient proposer une sculpture qui conviendrait mieux comme cadeau de Noël pour les beaux-parents! Si je ne la prends pas, cette paire de boucles d'oreille, il se peut très bien que je les vois portées par une collègue dans les jours suivants.

Il existe bien une autre méthode pour se procurer de l’art inuit, mais celle-là est très difficile à prévoir... Trop imprévisible, bien que j'ai eu de la chance sans le savoir! Pour cet accès particulier au marché d'art inuit, il faut déménager dans le village où il y a la convention annuelle des artisans (sculpteurs, gaveurs, illustrateurs, brodeurs). À la fin de leurs trois semaines de formations et de motivation, ils exposent leurs œuvres, de petites, mais aussi de très grosses que l’on voit beaucoup plus rarement. Une chance unique de trouver des pièces qui ne seront jamais présentées aux acheteurs de Montréal. Je ne m’y suis acheté qu’un collier, une griffe d’ours polaire montée sur une pierre verte. De toute beauté!

J’ai vu toutes sortes d’œuvres extraordinaires! Mais à un seul prix : très cher.

jeudi 6 novembre 2008

Épisode 19 Totally politically incorrect

Je vais vous dire une atrocité, une chose qui ne se dit pas, mais voilà, faut que j’en parle.

Pour être bien dans le Nord, faut parler anglais.

Oh la la, je vais recevoir des tonnes de critiques pour avoir dit ça! Certains collègues vont me faire miroiter des anecdotes de connaissances lointaines (ou d’eux-mêmes) totalement heureuses et fonctionnelles au Nord sans même savoir dire yes-no-toaster. Oui, je sais: ma mère, infirmière au Nord en 1971, en est un exemple souriant, mais quand même...

Il va y avoir des représentants officiels de toutes sortes services publics qui vont m’accuser de faire diminuer le (déjà beaucoup trop) petit nombre de candidats unilingues prêts à tenter l’expérience nordique. C’est me donner beaucoup d’importance d’insinuer que, par mon blogue, j’influence le nombre de professionnels disposés à montrer travailler dans la toundra! Wow, faut pas exagérer!

Il va surtout avoir l’Office de la langue française au grand complet qui va me tomber dessus pour me rappeler qu’on est au Québec et que notre langue, c’est le français; la langue de travail, la culture et tout le tralala, c’est en français. Oui, je sais, je sais.

Je veux bien tout ça! Je suis d’accord avec le principe, mais mon analyse sociologique ne me permet de conclure qu’une seule chose : au Nord, ça se passe en anglais.

Tous mes élèvent ont l’inuktitut comme langue maternelle. C’est une langue sommes tout en bonne santé pour être parlée par un si petit nombre de personnes au monde (environs 35000). Les enfants apprennent à le lire et à l’écrire de la maternelle à la troisième année à temps complet et durant toute la suite de leurs études à raison de 3 fois/semaine. Bien sûr, comme toutes les langues minoritaires, elle a quand même à défendre sa place et à lutter entre tradition et évolution. On connaît la dynamique; on peut même lire un excellent dossier à cet effet dans l’Actualité de cette semaine.

Donc, tous les Inuits, par défaut, parlent l’inuktitut. Parmi les aînés, il y en a encore qui ne parlent que cette langue, mais la très grande majorité des autochtones du village parlent aussi l’anglais. Un bon nombre de jeunes font leur scolarité en français. Tous ces enfants au secteur scolaire français, mes élèves, parlent d’abord l’anglais. Ils ne l’ont jamais appris à l’école, mais c’est la langue d’usage après l’inuktitut au village, c’est la langue de Hanna Montana, de Metallica et de Rhianna, des films, de presque tout ce qu’on trouve sur l’internet et à la télé. À l’extérieur de l’école, très peu pratiquent leur français. En fait, plusieurs parents qui envoient leur enfant dans ma classe ne parlent pas français eux-mêmes. On connaît la difficulté des parents immigrants qui ne peuvent aider leurs jeunes à faire leurs devoirs dans la langue d’enseignement : c’est la même chose ici. Pourquoi alors envoyer les enfants étudier en français? Par ce qu’il faut bien faire un choix. Parce qu’on est au Québec et oui, ça influence les résidents de Quaqtaq à faire des efforts dans ce sens. Et rares sont les familles où tous les enfants sont envoyés étudier dans la même langue : il faut diversifier ses ressources familiales! Ça, c’est une compétence sociale intéressante!

Mais bref, j’ai beau enseigner en français, beaucoup de mes élèves ne parle français QUE dans ma classe. Aussitôt sortis de mon local (et même des fois à l’intérieur de mon local, grrrr…), ils s’adressent même à moi en anglais. Quand on parle de sujets délicats, quand je fais auprès d’eux des interventions émotives, quand on rencontre les parents, c’est en anglais. J’ai pris l’habitude d’aborder tous ceux que je ne connaissais pas (ou ne reconnaissais pas sous leur tuque et capuchon de parka) en anglais… J’ai plus de probabilité de me faire comprendre, de paraître sympathique, d’entrer en relation avec quelqu’un.

Je l'écrivais à Chantal l'autre jour: même aux chiens en libertés dans le village, qui m’escortent gentiment de la maison à l’école, le matin à 7 heures, je leur dis spontanément :« Please, bad loking dog, go to the grooming salon this morning! I’ve heard there is a new fashion going around, you could use it… »

Le seul problème, c’est qu’ils ne semblent pas trop me comprendre… ils ne reviennent jamais me voir bien brossés… Mais c’est peut-être juste parce qu’il ne savent pas c’est quoi, un salon de toilettage?!?



Et voilà les photos de la semaine passée : la chambre d'amis, la mer et l'hiver!

jeudi 9 octobre 2008

Épisode 15 Informations audiologiques


À la semaine formation de début d’année à Kuujjuaq, une information m’a beaucoup impressionnée. À l’atelier d’Hannah Ayukawa, l’audiologiste responsable de la commission scolaire, on a appris que 20% de nos élèves souffraient de problèmes auditifs. 20%. C’est 1 sur 5. Pour rapporter cette information à notre échelle habituelle, dans une classe « normale » du Sud, c’est comme si 6 élèves dans un groupe de 32 souffraient de troubles de l’audition. C’est énorme.

Il y a 2 raisons répertoriées qui expliquent cette statistique alarmante.

Premièrement, conséquence de l’exposition aux microbes du Sud, les enfants inuit sont très affectés par les otites. 85% des enfants ont déjà eu 3 otites avant l’âge de 1an. Certaines de ces infections laissent des séquelles à l’oreille interne et, par extension, à l’ouïe.

Ensuite, et chose qu’on ne soupçonne pas quand on imagine la Nature, la Paix et la Solitude de la toundra, l’exposition aux bruits ambiants est assez dérangeante pour causer des dommages irréparables. La chasse au harpon silencieuse appartient à la tradition. On utilise (et on commence à utiliser très jeune) des fusils de gros calibre pour chasser. On habite en bordure de la piste d’atterrissage. Toute activité de construction, de déglaçage, de… ben, toute activité… comme partout ailleurs, est mécanisée. Des génératrices (des génératrices de bruit, oui!), on en entend partout.

Ça, c’est les infos scientifiques qu’Hannah m’a gentiment redonnées cette semaine à Quaqtaq lors de sa tournée des écoles. De manière absolument non scientifique, par simple observation, j’ajoute à cette liste une autre raison de problèmes auditifs précoces, au Nord comme au Sud : les écouteurs. Les machins d’oreilles. Les iPods à rendre sourd. Ce que les élèves, inuit comme non inuit, écoutent en continu, à tue-tête, par plaisir, parce qu’ils en ont la possibilité ou tout simplement pour faire chier l’Autorité qui leur demande de se concentrer au travail scolaire! C’est don’vrai que de travailler quelques minutes sans musique, c’est la fin du monde! Je suis une tortionnaire… que voulez-vous! Pour me le faire comprendre, faut monter le volume, c’est évident! Être ado, c’est aussi se penser invincible. Mais les tympans ne l’entendent pas de la même manière…

Bref, pour aider ces handicapés de l’audition (parce qu’on sait que des problèmes d’auditions sont corrélés à des résultats académiques beaucoup plus faibles), la commission scolaire, de pair avec la régie régionale de la santé, a installé dans presque toutes les classes des écoles un système de hauts parleurs qui amplifie la voix de l’enseignant. Je porte donc un micro au cou et je m’entends plus fort partout dans la classe.

C’est comme si j’étais Céliiiiiine!!

Que ceux qui m’ont déjà entendu au Karaoké ne s’inquiètent pas, je ne chante pas en classe! Je parle du théorème de Pythagore à la place. Pythagore amplifié. Pour tout le monde. Les élèves aux troubles de l’audition sont ainsi aidés, les autres aussi. Tout le monde a plus d’informations sonores, tous les élèves entendent mieux les inflexions d’une langue qui est leur langue seconde (voire troisième), que je sois dans un coin de la classe ou face au tableau. Je trouve aussi que je suis moins portée à élever la voix pour avoir l’attention de tous mes jeunes. J’ai la voix moins fatiguée le soir venu (ou est-ce que c’est juste parce que je n’ai plus à parler de toute la soirée? Hum...).

Mais, faut pas virer fou non plus, quand j’ai juste une ou deux élèves en classe, qu’on s’installe à la table ronde pour faire la leçon presque privée, je ne m’amplifie pas juste pour le fun d’utiliser la technologie… moi aussi, faut que je fasse attention à mes oreilles!

jeudi 2 octobre 2008

Épisode 14 La question de l’eau

Mon ami Jonathan (en remplacement de mon ami Frank) a eu à enseigner cette semaine le pergélisol aux élèves d’une école secondaire de St-Hubert. Excellent! Je suis contente que cette notion géographique soit à l’étude! Ce sol représente une superficie importance du Canada dont il faut tenir compte pour avoir une bonne appréciation du territoire. C’est aussi un enjeu de taille dans le réchauffement climatique : la fonte du pergélisol libère une immense quantité de méthane, un gaz à effet de serre dangereux. Il y a beaucoup à lire sur le sujet. Mais, dans les manuels scolaires et sur l’internet, on parle peu DU problème associé à la vie moderne sur le sol gelé en permanence. Alors, dites-moi, chers lecteurs, quel est le VÉRITABLE problème à vouloir vivre confortablement sur le pergélisol?

a) On ne peut pas faire pousser une haie de cèdres autour de sa piscine creusée.

b) Comme on ne construit pas de fondation pour les maisons, il est impossible d’avoir une cave à vin dans la cave, parce qu’il n’y a pas de cave.

c) Personne n’a accès à un puits artésien ni n’a de fosse septique (les deux seraient tout le temps gelé!).

Bon, bien sûr, toutes ses réponses sont bonnes; le confort ici ne se compare pas à la vie dans un du bungalow de Brossard. Mais la pire des situations d’après moi, celle dont on ne parle jamais, c’est l’absence de canalisation sous-terraines dans les villages nordiques.

Pas d’entrée d’eau courante par le sol, pas de sortie des eaux usées cachée.

A-t-on l’eau courante? Dans la maison : oui. Chaque maison est munie d’un gros réservoir d’eau potable qui circule à l’aide d’une pompe électrique. Chaque maison est aussi munie d’un gros réservoir des eaux usées, une espèce de fosse septique intérieure. Chaque jour, un camion-citerne vient remplir le premier réservoir à partir de la station de traitement d’un lac propre du coin. Chaque jour, un (autre!) camion-citerne vient vider le second réservoir pour conduire son contenu à la station d’épuration sur le bord de la mer. Mais ces opérations ne sont pas simultanées. Alors si le premier réservoir est vide : on manque d’eau. Si le deuxième réservoir est plein, l’eau est coupée dans la maison pour ne pas avoir de refoulement. Est-ce que ces réservoirs sont gigantesques? Non. Faut faire attention à l’utilisation de l’eau, à chaque seconde, à chaque goutte.

La vaisselle : on remplit un évier et on essaye de faire toute la vaisselle de la journée avec. On réchauffe un peu au besoin.
La douche : on se mouille. On ferme l’eau. On se savonne. On rouvre les robinets et on se rince. Possible de se laver (corps et cheveux longs) avec moins de 10L en faisant attention, revitalisant sans rinçage aidant! Douche aux deux jours si possible. (Il y a une autre raison pour la douche aux deux jours, j’en reparlerai dans une autre chronique).
La lessive : au minimum. Pas de brassée pour un morceau de linge tout seul.
Le lave-vaisselle : on n’y pense même pas… quoique mon ami Sunshine à Kuujjuaq en a un petit!

La toilette : la toilette… Ah, la toilette! Certaines maisons ont des toilettes conventionnelles, très grandes consommatrices d’eau. Ma maison est munie d’une toilette super simple, mais dont la technologie gagne à être connue. Ça ressemble à une toilette d’avion sans réservoir avec la possibilité d’utiliser la quantité d’eau voulue selon les besoins du moment. Efficace. (Envoyez-moi un courriel pour plus de détails sur le fonctionnement de ma toilette, mais je sais que certaines personnes ne trouvent pas ça chic de parler toilette dans un blogue bien : )

Le dimanche? Pas de livraison d’eau.
En cas de tempête de neige majeure? Pas de livraison d’eau.
En cas de panne de courant? Pas de pression dans la tuyauterie intérieure, donc pas d’eau…
À l’école? Aussi le système de réservoirs d’eau propre et d’eaux usées! Dans tous les bâtiments, ça fonctionne comme ça.

L’eau devient une préoccupation constante. Pas angoissante, pas désagréable une fois les habitudes implantées, mais une préoccupation constante tout de même.

Et oui, quand le camion de « sewage » passe, ça pue!
Est-ce qu'on nous apprend ça à l'école?

mercredi 1 octobre 2008

Redescendus au Sud


Le 30 septembre s'est arrêté l'expérience nordique pour Martin et Brigitte.

De tout mon coeur,
bonne chance dans la poursuite de vos projets!