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jeudi 8 janvier 2009

Épisode 26 La chasse-galerie

On connaît la légende.

Le diable propose un tour de canot volant aux ouvriers isolés pour leur permettre de passer les fêtes dans leur village tant aimé. Si l’un d’entre eux maque le bateau, après la fête terminée, tous périront brûlés, ignorés pour l’éternité. Et, bien évidemment, dans le conte, c’est exactement ce qui est arrivé!

De grand froid au grand feu… Pas trippant de finir en guimauve carbonisée pour ne pas avoir été à son affaire. Pas toujours évident non plus de se rembarquer dans la routine en région éloignée après des vacances auprès des siens. Mais la morale est intéressante : quand t’acceptes un contrat d’un an, faut faire l’année au complet.

Mon histoire à moi ne finira pas dans une chanson épique à la conclusion tragique : le voyage de retour à Quaqtaq n’a pas été aussi pénible que celui de l’histoire des bûcherons. Personne n’a manqué le bateau. Au contraire, on a eu l’occasion de rencontrer en vol deux nouveaux membres de notre équipe-école, Joseph le prof d’éducation physique et Audrey-Anne, prof de 3e année au primaire, qui est aussi ma nouvelle coloc.

Jusqu’à un certain point, pendant le long déplacement du Sud au Nord du Québec, j’étais heureuse, un peu soulagée, de m’en retourner « chez-moi ». Un chez-moi temporaire, mon environnement zen de travail, d’entraînement, d’études. Je ne pense pas m’installer à long terme au Nord. J’ai trop à faire, à observer, à comprendre, à aimer, dans mon patelin d’origine. Mais j’apprécie beaucoup ce cadeau d’une année dans la toundra, à apprécier la culture inuit et à m’isoler de tout le reste, le temps de souffler un peu. La crise économique : c’est dans un autre univers. Gaza? Les horreurs ne s’entendent pas 25 fois par jour à la radio dans l’auto… Pas d’auto. Pas de radio non plus d’ailleurs.

La deuxième portion de l’année scolaire, celle qui va de Noël jusqu’à Pâques, est donc entamée et la vie continue.

Le père gravement malade d’une de mes élèves va beaucoup mieux.
Le bedon rond d’une autre commence à montrer des signes d’une grossesse devenue difficile à cacher.
Le cours de sciences avec mes secondaires 3-4-5 doit commencer à rouler un peu plus pour que tous soient prêts pour l’examen de la commission scolaire en février.
Le projet de vidéo avec les secondaires 1 et 2 devrait être mis en branle sous peu.
Partir à l’école le matin, seule, dans le noir, triste de ne plus me faire escorter par le chien borgne du voisin qui semble avoir disparu dans la nature.
Pester contre les élèves retardataires.
Jouer à la police des cigarettes. Grrrrr…
Contrebalancer la rudesse de certains jeunes par autant de patience.

Une année scolaire quoi... à la fois comme dans toutes les écoles et comme nulle part ailleurs.

J’ai donc repris la barque à temps, sans que le maître de la classe-gallérie ne me transforme en citrouille grillée. Question que le diable ne s’emporte pas (en me chargeant des frais épouvantables en excédant de bagage), j’ai même laissé mes nouvelles bottes brunes à la maison, (celle de Montréal), et j’ai repris dès l’atterrissage à la maison (de Quaqtaq) mes Sorel noires. Hum… C’est bien parce que je suis raisonnable… Parce j’aurais pu me permettre cette petite coquetterie. Allez, j’aurai tout le temps de les user à mon retour pour la relâche du printemps, à déambuler de café en café sur Mont-Royal avec Elaine à reprendre des nouvelles du monde entier. Pour l’instant, je profite du confort, celui de la chaleur avant la mode. Celui où je ne me sens pas coupable de ne pas regarder le Téléjournal parce que rien de ce qui est dit ne concerne directement notre petit îlot de vie. Un confort tout relatif, nombriliste assumé, que j’apprécie beaucoup… le temps de vivre une aventure toute simple, qui n’entrera certainement pas dans légende parce que les canots volants, ceux d’Air Inuit, sont loin d’être diaboliques.

Bonne année!

jeudi 25 décembre 2008

Joyeux Noël

Ahhhhhhh, déjà jeudi!!
Je m'étais promis de bloguer sérieusement cette semaine mais tout va trop vite!
À peine débarquée de l'avion, le resto, les chums de filles, les chums de poker, l'électro dans le tapis, les amis, la familles, quelques petits cadeaux, une virée à la bibliothèque de l'UQAM pour préparer mes cours d'université de la session qui commence en janvier, dormir un petit peu (dormir?) et puis on est déjà jeudi...
Déjà!!??!!
C'est la que je me rends compte comment le rythme de ma vie à Quaqtaq est différent, que la solitude permet certaines routines que la foule, surtout la foule dont il faut profiter dans un court laps de temps, n'accorde pas.
Gros becs et Joyeux Noël!!

jeudi 11 décembre 2008

Épisode 24 Esprit des fêtes, es-tu là?

On était à peine entré en classe que mes élèves me demandaient déjà si je restais à Quaqtaq pour le temps de fêtes. Paraît-il que ce sont les plus belles célébrations de l’année! Il y a des spectacles, des danses, des grosses bouffes collectives, des compétitions de toutes sortes de jeux à l’extérieur. La municipalité orchestre le tout. Le monde est heureux, à Noël à Quaqtaq! Les jeunes avaient l’air presque déçu, alors qu’on se connaissait à peine, que je leur dise que je vais retourner voir ma famille et mes amis à Montréal, le 20 décembre.

Avec les semaines et les mois, malgré toutes les fois où je me fais traiter de « lukuapik » (c'est-à-dire « exigeante » en inuktitut) ou de « Marie Aboum-plate » (de tous les surnoms qu’on m’a donnés comme enseignante, c’est la première fois que je l’entends celui-là!), ils me demandent encore si je reste à Noël. « Ta famille, tes amis, ils peuvent venir à Quaqtaq, ils vont faire la fête aussi! Le plancher du gymnase de l’école tremble tellement on danse, c’est le fun!». Bon, je ne trouve pas que de faire vibrer le plancher du gymnase à trop danser soit une activité des plus sécuritaires… mais c’est très généreux de leur part de nous inviter tous ainsi! En fait, Noël ici, ça semble être la véritable célébration de la générosité.

J’ai demandé à mes élèves ce qu’ils voulaient pour Noël. J’ai obtenu très peu de réponses. Un peu comme si le concept de demander des bébelles n’était pas leur priorité. Ils recevront tous assurément des cadeaux, des bidules électroniques, des surprises. Ils se verront offrir aussi beaucoup de linge, peut-être un nouveau parka, une nassak (la tuque inuit crochetée), des mitaines cousues dans les dernières semaines. La fin de l’automne, c’est la saison de la couture pour les femmes inuit.

À 10 jours de la fin de l’école, ça commence à sentir la fin, leur élan de Noël est bien entamé.

Pour moi, par contre, je n’ai pas senti grand-chose dans les derniers jours.
C’est physique. Je ne me sens pas à Noël.

Je suis débarquée à Quaqtaq en plein milieu du mois d’août, il faisait 10oC : je me sentais en plein automne.
Le 17 septembre, on a eu notre première neige, c’est à ce moment que j’aurais décoré mon sapin! Mais il était un peu trop tôt et le sapin le plus proche, plutôt loin…
Maintenant, on est dans le froid et ça sent sec, ça sent mon février. Je suis déphasée avec la nature locale. En fait, pas juste avec la nature…

Il n’y a pas de centre d’achat, pas de musique d’ascenseur thématique (en fait, y’a pas d’ascenseur!), pas de poinsettias, pas de père Noël chez Jean-Coutu, pas de discussion à savoir si Noël c’est pas trop commercial. Il me manque à peu près tous mes repères culturels.

C’est beau, l’hiver nordique. Je vais bien! Mais j’ai pas un « feeling » de Noël.

Quoi que… on cogne à la porte…
« You want to buy carving? ». Non… pas cette sculpture-là… mais je pense à une autre que j’ai vue… peut-être que ça n’a pas encore été vendu?

Et c’est tout ce qu’il me fallait de commercial pour me faire plonger dans la folie du magasinage de Noël! Je veux offrir une petite pensée à ma sœur, une surprise pour un ami… Au beau milieu de la nature des plus aride, la plus calme et la plus sereine, j’ai découvert un nouveau mode de magasinage de Noël : le magasinage à l’envers.

« Oui, allo!! Sammy, Les boucles d’oreilles que tu es venu me montrer l’autre jour, est-ce que tu les as vendues? Non? Je veux te les acheter! »

Et voilà, petit à petit, j’achète des cadeaux, une nouvelle tuque, et puis l’euphorie me gagne. Et c’est très efficace, le magasinage à l’envers, pour des petits items en tout cas! Pour les plus gros, si j’avais voulu un parka par exemple, il aurait fallu que je m’y prenne d’avance, toutes les mamans n’en n’ont que pour les cadeaux de leurs propres enfants présentement. À l’heure où on se parle, ça coud! Et ça sculpte! Un véritable atelier, le village!

D’ailleurs, je suis pas mal convaincue : ça doit être comme ça qu’il fonctionne, le père Noël. Il doit appeler les artisans du coin et leur acheter des petits objets qui font plaisir!

Parce que tout le monde le sait : le père Noël habite très très proche de Quataq!