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jeudi 4 juin 2009

Épisode 47 Difficile de prendre des ondes radio en photo

Il existe une particularité de la vie des communautés du Nunavik à propos de laquelle je n’ai pas encore réussi à écrire, entre autres parce que je ne saurais pas comment la photographier. Il s’agit de la radio.

Chaque communauté est dotée d’un poste de radio local, tout simplement identifié dans le langage courant comme « La FM », parce que c’est pas mal la seule chose qui soit puisse être syntonisée. La FM joue constamment la majorité des maisons et dans tous les lieux publics : la salle des profs, à la Coop, à la municipalité…

L’unique émission dure toute la journée. La musique est presque exclusivement du country, ce qui me semble être tout le temps la même pièce d’accordéon... La ligne est systématiquement ouverte et les nouvelles sont données autant en général que sur une base individuelle. Le tout en inuktitut, quelques fois traduit en anglais pour les nouvelles qui concerneraient aussi les halunaks.

Des exemples : on parle d'élections locales, de gestion municipale. On organise la partie de pêche annuelle à Robert's Lake. On a trouvé une life guard pour la piscine! Un prof s’absente à l’école (et il n’y a pas de suppléant), on appelle à la FM pour l’annoncer aux parents (et aux enfants!). Il y a un spectacle de danse à l'église. Quelqu’un fait une vente de garage, c’est dit et rappelé à la FM. Un évènement communautaire, une pêche miraculeuse, les résultats du Tundra Trot ou de quelque autre évènement sportif, une femme qui a eu une vision mystique : on en parle à la FM. On donne, sur une base quotidienne, des nouvelles d'un aîné qui est à l'hôpital à Montréal. Un bébé. Un décès. On cherche quelqu’un qui a un rendez-vous chez le médecin et qui ne s’est pas présenté : on le demande à la FM!

« Est-ce que Joe Snowball peut se rendre à la clinique S.V.P. » Mais Joe est parti à la chasse. Il va se trouver quelqu'un pour appeler l'infirmière et le lui dire (si ce n'est pas carrément en passant par la radio que l'infirmière apprend que Joe est à la chasse, avec qui il est parti, qu'est-ce qu'il a apporté comme réserve de munition, qu'est-ce qu'il s'attend à chasser et puis quand il compte revenir!).

Les nouvelles, les potins locaux, les annonces, demander pardon pour une inconduite... Tout est connu et discuté. Des fois, j'entends pleurer sans trop oser demander pourquoi. Quand ça chante "live", je demande une traduction. C’est généralement l'anniversaire de quelqu'un. Dans le temps des Fêtes, appeler les FM des autres communautés pour disperser publiquement les bons vœux à la famille élargie, c’est une activité consacrée.

La FM, c’est comme un gros interphone à la grandeur de la ville. On annonce, on appelle, on commente, on critique, on répète. Le téléphone-arabe, Inuit. C'est l'environnement sonore, le bruit de fond, la musique locale.

Informations et divertissements, la FM : dans d’autres villages, mais pas dans celui où je suis, il y a même le Bingo qui se joue à la radio. On achète les cartes au magasin local; on écoute les numéros tirés, chacun chez soi. Puis, au lieu de crier Bingo, on appelle à la FM pour réclamer son prix, cadeaux qui quelques fois peuvent être substantiels! On a joué pour un Pick up à Kuujjuak cet été!

J’imagine que toutes les familles ici ont le numéro de téléphone de la FM sur « speed dial ».

Hum… photo de radio à mettre sur mon blogue? Je ne sais pas comment illustrer la chose. Je vais mettre ma sœur, photographe de sa profession, en visite à Quaqtaq depuis lundi, sur la question. C’est à suivre!

jeudi 23 avril 2009

Épisode 41 La vie de jet set

C’est extraordinairement jet set d’être enseignant dans le Grand Nord. 3 fois par année, on a l’occasion de se présenter au comptoir de First Air de l’aéroport Trudeau, donner son nom (sans même avoir à s’en faire pour un vulgaire billet…) et hop, on se voit remettre une carte d’embarquement! Direction Kuujjuaq, c’est aussi simple que ça! C’est la commission scolaire qui s’occupe des détails des voyages pour que ses enseignants se rendent sur leur lieu de travail.

Sur First Air, on voyage bien; on mange comme des rois. Par exemple, en descendant à Pâques, on a eu le droit, au choix, à un pâté de bison ou à du poulet cordon bleu. Vin à volonté! Bon, OK, il n’y a pas de projection de film ni de ti-écrans dans les sièges avec des jeux vidéos, mais, pour un vol de 2heures30, la distribution du journal du jour et de magasines gratuits suffisent pour passer le temps de manière très agréable. Et comme dans n’importe quel avion, il est toujours facile d’engager la conversation avec le voisin, surtout qu’il y a de fortes chances que ledit voisin soit un professionnel passionné ou un tripeux de plein air à la jasette intéressante. J’ai justement passé une bonne partie de mon dernier voyage à discuter avec Jean-Pierre, chercheur en biologie, en route pour une nouvelle étude sur le caribou. Très agréable et instructif!

Une fois à Kuujjuaq par contre, je ne suis pas encore à la maison. Il faut attendre et transférer sur Air Inuit. D’un 70kg de bagage autorisé sur le premier transporteur aérien, la deuxième compagnie n’autorise que 20kg. Faut savoir et ne pas se faire prendre (parce que l’excédent de bagages, à 7$/kg, ça peut être très cher). Une fois les bagages portés d’un comptoir à l’autre (en fait, il ne s’agit là que des deux comptoirs de l’aéroport!), il ne reste qu’à attendre, avec les enseignants des autres communautés nordiques, des inuit familiers, des infirmières et des policiers rencontrés au gré de leurs déplacements.

-Hey hey, Philippe! Tu t’en viens travailler à Quaqtaq? Super!
-Vous, vous ressemblez à Catherine de Tasiujaq, seriez-vous sa mère par hasard?
-Allo Éric! Comment ça va? Quoi de neuf, bon et joyeux?
C’est de même que ça se passe. Pas compliqué!

Et les petits avions décollent, reste juste à attraper le bon… Il n’y a pas des milliers d’écrans indicateurs comme dans les grosses aérogares : un moment d’inattention et puis on manque les messages crachés en trois langues des haut-parleurs.

-Ah c’est ton avion? Eh bien, salut! Si tu passes à Quaqtaq, n’hésite pas à venir souper! À la prochaine!

Jusqu’à ce que notre tour arrive. Le vol en destination de Kangirsuk-Quaqtaq-« Kangirsuk…je ne suis pas capable de prononcer »-Salluit, c’est le bon. C’est généralement un Twin ou un Dash8, des petits avions à hélices, pour quelques 15 ou 30 personnes. Des minibus volants. Et comme il n’y a pas beaucoup de passagers qui veulent aller dans chacun des villages, c’est le même avion qui fait le circuit, décollant et atterrissant à plusieurs reprises, laissant sortir et entrer des voyageurs à chaque arrêt. Temps de vol: varaiable... On passe d'un village à l'autre avec une excale enter chacun des sauts. Ça prend le temps que ça prend.

Et c’est là qu’il faut aussi être minimalement préparé. Parce que ces avions de brousse et leurs pilotes téméraires sont habitués à faire la route. Ils savent aussi quand les vents de biais ou la visibilité insuffisante ne permettent pas d’atterrir. Dans certaines circonstances, on ne quitte carrément pas Kuujjuaq. Il est aussi possible que l’avion décolle, mais n’atterrisse pas dans un village prévu, qu’il « saute » une destination. Dans ces cas-là, on vous débarque au village suivant, vous vous débrouillez et on vous rapatrie le lendemain… ou quand la météo le permet! D’où l’importance, dans le Nord, de voyager toujours avec de la bouffe, de la lecture et un iPod bien rempli sur soi. Dans les microscopiques aéroports de villages nordiques, qui grouillent de vie à l’arrivée et au départ d’un avion… et qui sont barrés à clé le reste du temps, ne comptez pas sur un casse-croûte ni sur un kiosque à journaux.

C’est peut-être pour cette raison qu’on nous nourrit si bien sur le premier vol. Parce que c’est peut-être le dernier bon repas avant un bon bout de temps!

Personnellement, je n’ai jamais eu à vivre de telles situations, mais les légendes font peur.

À bon entendeur et autre amateur de voyage jet set, salut! : )

jeudi 19 mars 2009

Épisode 36 De la neige et du cash

Dans l’imaginaire de plusieurs, le Nord c’est l’Eldorado, un lieu où on peut aller travailler et revenir chez soi avec une fortune, devenir riche en moins de temps qu’il faut pour dire
« blizzard ».

Oui, les salaires nordiques sont intéressants… mais c’est à prendre avec des pincettes! Ça dépend beaucoup du corps de métiers auquel on appartient. Un ingénieur, dans une mine de tous les dangers, aux quarts de travail impossibles, est très grassement payé (quoique rapidement épuisé!). Les travailleurs du milieu de la santé, avec beaucoup de responsabilités, ont de très bonnes rémunérations, d’autant plus que ses déplacements d’un village à l’autre sont fréquents (ce qui n’est pas toujours jojo).

Les enseignants? Les enseignants ne sont pas à plaindre, mais ce qui est déposé dans nos comptes en banque, de deux semaines en deux semaines, ça n’a rien à voir avec le gros lot du 6/49.

Il faut savoir que les profs du Nord sont payés selon la même échelle salariale que tous les autres enseignants des écoles publiques. Après tout, on fait le même boulot, avec des enfants semblables, dans des écoles modernes, aux heures scolaires habituelles. Mais, parce qu’on est loin, en guise de rémunération spéciale du Nord, on reçoit aussi deux primes. La première sert à motiver les candidats à déménager au Nord de la ligne des arbres, malgré l’éloignement et le climat rebutant. Cette allocation augmente en fonction de l’isolement de la communauté. L’autre prime, un peu plus grosse à chaque année scolaire terminée, c’est pour faire en sorte qu’on reste le plus longtemps possible! À travailler à Quaqtaq présentement, je touche donc mon salaire habituel d’enseignante avec quelques milliers de $ de plus. Pas assez pour dire Bye bye Boss, mais assez pour savoir que je vais revenir au Sud à la fin de l’année riche. Pleine aux as!

C’est pas tant le salaire net qui fait une différence; c’est que je ne dépense pas un rond! Niet, rien, simplicité (et même pas volontaire). Faut dire que je suis arrivée bien préparée avec tout ce dont j’avais besoin pour passer l’année. Mais, pas de magasins : pas de tentations! Pas de restos : pas de pourboires. Un milieu de travail pas pincé : une paire de jeans minimalement propre fait l’affaire (quoi que ceux qui me connaissent savent que je m’efforce de porter jupe et talons une fois par semaine, même en pleine tempête!).

Même pas la possibilité d’acheter un journal dans le village.

Et je ne suis pas tentée de magasiner sur Internet (sauf une fois, fer à cheveux, pendant une nuit d’insomnie… moment de faiblesse)!!

C’est de là qu’elle vient, ma richesse nordique.

Mais la question, c’est qu’une fois accumulée, la richesse, va-t-elle m'être aquise? Je pense bien que oui : j’ai maintenant un bon coussin et un projet éventuel d’achat d’un hot duplexe urbain, en copropriété avec Elaine.

Et la sagesse, elle? La sagesse va-t-elle me rester? La simplicité, celle qui est volontaire, l’épuration des besoins, réflexion sur la fugacité des biens consommables… ? Hum… Au départ, je n’ai jamais été la reine de la bébelle, mais serais-je capable d’être à Montréal stoïque devant les étalages? Devant les piles de journaux?? Honnêtement, je ne pense pas être capable de passer des semaines sans même toucher à de la monnaie comme ici!

J’ai déjà hâte à Pâques, durant notre semaine de rêlâche au "Sud", pour me faire dorloter chez Valeh, la plus chouette esthéticienne du Plateau. Et puis par Marc, le dieu des cheveux, rue St-Laurent. Ça va me prendre du nouveau linge, profiter de tous les cinémas dont je me suis privée et m’autoriser à sauter dans un taxi à la moindre goûte de pluie.

Ah, et perdre au poker contre les amis!!

Pour l’instant, dans ma toundra, toute simpliste et zen, je suis en train de lire simultanément No Logo (La tyrannie des marques, le livre culte de l’altermondialisation) et l’Accro du Shopping. En moi vivent présentement, simultanément, la hyppie et l’Accro, sans aucun paradoxe. Faut pas trop chercher à comprendre!

jeudi 22 janvier 2009

Épisode 28 Pi-toi?

Pi-toi, pi-toi, pi-toi??? C’est pas le chant d’un oiseau local. C’est LA question.

« Pi-toi, qu'est-ce qui t’a motivé à monter au Nord? »

Dès la toute première conversation entre deux non-inuit, la question est soulevée. Systématiquement.

Le trip? Pas d’emploi? S’éloigner de la belle-mère? Amateur de plein air? S’isoler pour faire une maîtrise sur Internet? Fuir la justice… Tout a été entendu. Tout est valable. La question est posée, juste pour faire la conversation, pour construire un pont entre deux étrangers réunis par défaut en terre arctique.

Dimanche, j'ai soupé avec ma coloc et deux nouvelles amies infirmières. Après le repas, pendant les pauses commerciales du Banquier qu’elles m’ont fait découvrir, inévitablement, on en est venu là.

- Pi-vous autres, pourquoi être montées au Nord? Nous, on sait pourquoi les infirmières montent au Nord, mais vous, les profs, pourquoi?

- Ah oui? Pourquoi c’est évident que les infirmières montent et pas les profs?

- Ici, c’est sûr qu’il y a le salaire : plusieurs fois celui d’une infirmière au Sud. Job de jour. 2 gros mois de travail, un mois de congé complet chez nous. Mais c’est surtout les responsabilités de clinique qui sont intéressantes : presque comme si on était médecin considérant qu'il y en a pas au village. On n’aurait jamais cette pratique professionnelle si on était ailleurs. Mais, vous autres, travailler dans une école, être enseignante, ça serait pas mal partout pareil, non?

Non, oui, euh… pas tout à fait.
Oui, je suis enseignante ici comme je le serais partout ailleurs. J’ai une jolie classe, deux groupes d’élèves, je peste contre les retardataires, je remplis des bulletins, je chiale régulièrement contre la photocopieuse.

Mais, nulle part ailleurs, je n’aurais la pratique professionnelle que j’ai ici.

Par exemple: jamais je ne pourrais avoir à donner de cours devant un auditoire composé de… zéro élève! Bon, parlons-en, parce que ça m’est arrivé quelques fois maintenant. Dans mon groupe de 6 élèves, les plus vieux, un ne vient plus du tout, un autre se présente sporadiquement et les 4 autres sont généralement assidus… mais pas toujours. Surtout pas à la première période le matin. Il arrive que les 4 élèves ne soient que 3, ou 2, voire 1 seul… voire pas du tout. Assez étrange comme situation.

Je me suis déjà fait dire « Chanceuse, tu es payée pour te limer les ongles! »
Oui. Mais.
Oui, mais l’attente est difficile. Que faire s’il y en a un qui se pointe? Lui faire la morale alors que les autres qui n’ont même pas fait cet effort se défilent de mon discours plate? Que faire au prochain cours, pénaliser tout le groupe? Faire comme si j’avais donné le cours et puis continuer à la séance suivante sachant que TOUS mes élèves n’auront pas assimilé les notions précédentes? Oui, mais. Je n’aime pas être dans cette situation… Oui, j’ai été payée quelques 45 minutes à me limer les ongles, mais la manucure est ratée, le travail intérieur dépassait largement l’énergie habituellement nécessaire pour donner un cours. Jamais je ne répondrais à « Pi-toi? » par le souhait d'être payée pour ne pas enseigner….

Je suis rappelée à l’ordre. « Pi-toi, alors, pourquoi t’es prof au Nord? »

- Parce que, quand ils se présentent tous en classe pour un examen important (et ils se présentent généralement pour les examens importants), après m’être battue pour obtenir le silence (comme dans n’importe quelle autre école) et les avoir bien guidés dans la lecture et le compréhension de leur évaluation (comme dans le cadre de n’importe quelle circonstance semblable), corriger 5 examens, c’est le bonheur!! 5 examens, quelques 15 ou 20 minutes, ça c’est un avantage professionnel qui vaut la peine au Nord! 180 copies à corriger… ça ne me manque pas du tout!Pi-oui, enseigner au Nord, ce n’est pas toujours facile, mais comme pour les infirmières, c’est un boulot qui n’existe pas tel quel au Sud!

5 copies à corriger… Wow!!

jeudi 15 janvier 2009

Épisode 27 Import-export


- Dans quel village seriez-vous prête à travailler comme enseignante, Mme Aboumrad?

Wow, la question en entrevue! Faut pas se tromper… Diplomatie et délicatesse.

- Ben… j’aimerais bien travailler n’importe où… Sauf à Kuujjuaq. (Je regarde les visages des trois directeurs devant moi, OK…je continue) Parce que Kuujjuaq, c’est le centre administratif, c’est la métropole! Hey, 2000 personnes, c’est gros! C’est là que tous les avions arrêtent et qu’on a toujours quelques heures pour visiter entre un vol de First Air et d’Air Inuit. C’est là qu’on a une semaine de formation au début de l’année scolaire. Si je travaille dans un autre village, n’importe quel autre village, je vais connaître ce village ET Kuujjuaq, c'est l'avantage que je vois.

Ffffffffiou, j’ai eu à penser vite, mais j’ai été très fière de la formulation de ma réponse. Elle était sincère. Mais je l’ai tronquée du reste de mon raisonnement : je veux aller dans le plus petit des villages pour avoir un blogue exotique et des histoires extrêmes à conter à mon filleul quand il sera en âge de comprendre. Maintenant, tout l’univers est au courant, mais au moment de l’entrevue initiale, j’ai passé ces petits détails (très peu professionnels) sous silence!

- Alors vous seriez prête à travailler à Quaqtaq? On parle de quelque 300 âmes, moins de 30 élèves au secondaire, anglais et français confondus. Petit. Moins de ressources qu’à Kuujjuaq, vous en êtes consciente? Ça vous va? Oui? C’est bon! Le village est accueillant et il y a une piscine!

Rares sont les villages nordiques avec une telle installation. Et on m’a vendu la place PAR sa piscine. Je ne dis pas non! Première chose, quand on m’a embauchée à la commission scolaire et qu’on m’a dit que j’irai effectivement à Quaqtaq, dans ma boîte de déménagement : mon maillot.

On a une piscine, oui. Sauf qu’on n’a pas de sauveteur certifié dans la communauté. Question assurences et sécurité, il faut un life guard officiel dans une piscine publique. Aucun inuit au village n'a cette formation pour l'instant.

Alors, pour le moment donc, comme l’épicerie, les matériaux de construction, les policiers, les enseignants et les infirmiers, les life guards, faut les importer.

Une première était déjà en poste lors de mon arrivée. Lors de ma première soirée à Quaqtaq, je suis allée à l’aquaforme. Proche de la maison, vous dites? Difficile d’avoir plus proche en fait! (Photo : Ma maison et la piscine municipale! J’y vais, pieds nus dans mes bottes Sorel!)

Mais la jeune fille n’appréciait pas la vie nordique. Elle est donc partie, dans le même avion que son cargo, exportés vers le Sud. La piscine a été fermée. Pas de permission spéciale pour les enseignantes, la policière et l’infirmière motivées à faire de l’aquaforme, même si notre infirmière du moment a déjà fait partie de l’équipe canadienne de natation et est plus que qualifiée pour nous ramener à la vie en cas d’accident. (Il faut savoir que les infirmières du Nord sont vraiment des spécialistes de la médecine de brousse qui ont tout vu, même l’impensable). C’est compréhensible que la ville ne donne de permission spéciale à qui que ce soit. C’est d’autant plus compréhensible que la personne embauchée pour habituellement sauver les noyés est aussi responsable de l’entretien de l’eau et des installations sur une base quotidienne. Pas de maître nageur, pas de piscine, point final.

Puis on a importé Raphaëlle qui est venue à la fin octobre. Aquaforme 3 fois par semaine! Problème de chauffe-eau (qui ne chauffait pas assez), quelques fois, j’étais seule dans la piscine à faire la grenouille. Pour un entraînement de mon équipe de Toundra au trot (course cross country), je leur ai fait faire une séance d’endurance dans l’eau. Un cours de sciences physiques sur la notion de débit? À la piscine! Avec un taux record de présence en « classe »!

Mais à Noël, Raphaëlle est descendue au Sud et n’est pas revenue. Auto-exportée ailleurs.

Conclusion, plus de piscine à Quaqtaq, encore.

C’est dommage, la piscine est un lieu de rassemblement, des jeunes et des ados surtout, une activité à faire, un passe-temps sympathique et relaxant; le Spa placé sur le côté de la piscine aidant! Il y a peu de temps, je ne comprenais pas mes amis qui en ont un dans leur cours arrière de banlieue, les croyant pas efficaces dans leurs dépenses d’énergie et d’argent. Ouais… Un Spa qu’il faut importer de l’autre bout de l’univers industriel et qu’il faut maintenir 600C au dessus de la température extérieure pour être confortable, c’est encore plus drôle dans l’échelle de l’inefficacité énergétique! Mais, c’est que c’est agréable après une journée d’enseignement, le Spa… envahi… par… mes… élèves... Finalement, pas si reposant que ça, le Spa!

C'est quand même vrai que Kuujjuaq a certains avantages, comme celui de se perdre un peu dans la foule, la fin de la journée scolaire venue!