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jeudi 25 juin 2009

Épisode 50 Conclusion “with a twist”

Chers parents, amis et autres lecteurs tombés sur ce blogue par hasard,
salut!

Je m’apprête aujourd’hui à publier pour la dernière fois une chronique nordique sur ce blogue.

Ça fait maintenant un an que je transmets nouvelles, anecdotes, analyses sociales-de-salon et autres petites histoires de ma vie d’enseignante dans le Grand-Nord québécois. Mon aventure est maintenant terminée. J’avais accepté de faire un remplacement de congé de maternité. Catherine, l’enseignante remplacée, est revenue bien en forme à la fin de l’année (elle a occupé les fonctions de prof d’éducation physique à son retour, me laissant la possibilité de terminer l’année scolaire avec les jeunes). Elle reprend son poste en septembre, ce qui est tout à fait légitime. Moi, j’ai rempli mon mandat et j’en suis très fière! J’ai vendu pas mal d’affaires, j’ai remplis quelques boîtes et je me suis présentée à l’aéroport à l’heure indiquée. Exportée au Sud, à la rencontre d’autres aventures dans la diversité des découvertes que j’ai encore à faire.

Cette année a été exceptionnelle!

J’ai vécu des moments bien difficiles : les mariages des amis et les exploits de croissance de leurs enfants auxquels je n’ai assisté qu’à distance, des réflexions existentielles qui m’ont fait pleurer, des réalités que mes élèves ont à affronter qui me paraissaient injustes. Mais ces défis étaient plus que compensés par de très belles rencontres, les petites victoires de l’enseignement, les longs moments de solitude dont j’ai profité et la beauté du paysage dont je me suis enivrée.

Est-ce que j’aurais pu rester au Nord? Bien sûr! Les besoins en enseignants à la Commission scolaire Kativik sont importants. Pour les formalités, j’aurais facilement pu trouver à me placer dans la même école (à dispenser des cours différents) ou dans d’autres villages. De nombreux postes sont laissés vacants à la fin de chaque année scolaire. La vie, par contre, n’est pas QUE stratégie de placement professionnel. La maîtrise en enseignement au secondaire qui me tient à cœur (parce qu’elle me donnera bientôt le VRAI brevet d’enseignante auquel je tiens tant) exige des particularités bien difficiles à mettre ne place dans le contexte nordique. Mes amis, ma famille, le cinéma et les évènements électroniques les plus proches sont bien loin de Quaqtaq. Et puis, pendant que moi je foule la toundra et j’observe mes ados et les autres Inuit dans toutes leurs splendeurs, je sais que mon amoureux m’attend à l’aéroport et que nous avons encore beaucoup d’autres aventures à vivre ensemble, même si, des fois, c’est géographiquement éloigné.

Question rédaction : je suis très contente d’avoir suivi les lignes de conduites que je m’étais édictée au départ sur ce blogue.

  • J’ai blogué toutes les semaines!
  • J’ai illustré mes histoires du mieux que j’ai pu par des photos et autres hyperliens.
  • (une règle que je n’avais pas écrite, mais qui me tenait bien à cœur) je ne me suis pas plaint de la température une seule fois!!
  • Finalement, ce blogue, il a un début et il aura une fin… mais ce n’est pas tout à fait aujourd’hui…

Ne vous méprenez pas, je respecte ma parole au pied de la lettre : personnellement je prends à l’instant ma retraite de la rédaction des chroniques de Aboumrad dans le Nord. Par contre, ce blogue continuera à être mis à jour régulièrement. Je vous ai déjà mentionné que ma petite sœur, photographe de sa profession, est venue me rencontrer à Quaqtaq durant les trois dernières semaines de ma vie nordique. Elle y est encore. Catherine Aboumrad se promène, est rendue dans la baie d’Hudson et prendra la relève visuelle de ce blogue qui sera augmenté d’au moins une de ses belles œuvres à toutes les semaines.

C’est la fin d’Aboumrad dans le Nord, Vive Aboumrad dans le Nord!

Merci beaucoup de votre amitié, aussi virtuelle soit-elle, elle m’a accompagnée toute l’année; elle est palpable, elle est réelle.

Salutations pleines d’émotions de mon salon du Plateau.

Marie Aboumrad,
Biologiste, enseignante et blogueuse en congé, celle qui revient du Nord.

PS Merci Audrey de demander de mes nouvelles pour l’an prochain. Je n’ai pas encore de projet… alors si un directeur d’école secondaire de la région de Montréal se cherche une professeure de sciences engagée, une enseignante « with a twist », passez-moi un coup de courriel!

jeudi 11 juin 2009

Épisode 48 Faut pas vendre la peau de l’ours (polaire) avant de l’avoir tué

C’est la saison de la chasse à l’oie, de la fonte de la neige et des finales de la coupe Stanley. Dans le calendrier scolaire, c’est surtout l’époque des évaluations qui retient l’attention. À Quaqtaq comme à Tombouctou, les examens annoncent la fin de l’année.

Je m’apprêtais, cette semaine, à faire une première conclusion de mon aventure au Nord quand, de manière complètement étourdissante, je me rends compte que je ne suis pas à au bout des surprises. Dans notre village de 350 âmes isolées dans le fin fond de la toundra, je suis (encore une fois) renversée! Tout est fascinant. Dimitri a raison : je voulais parler des forces de l’ordre en terre nordique, je n’ai pas encore abordé la question. Je n’ai pas su parler de la problématique du suicide. Je vous ai au moins parlé de la radio et, justement lundi, j’y ai compris que le soir même il y a eu au centre communautaire (qui est aussi le gymnase de l’école) un lancement de livre. Rien de moins. Ici à Quaqtaq.

Toute la journée, il n’a été question que de cet évènement. « Père Dion s’en vient. » « Père Dion vient nous rendre visite. » « Il vient avec mon ancien professeur de français qui a écrit sa vie dans un livre! ». On se rassemblait pour recevoir cet invité de marque, avec comme prétexte de présenter la version anglophone du livre de Raymonde Haché, la biographie du Père Dion, 50 ans au-dessous de zéro.

Père Dion est dans le Nord depuis des décennies. Il a passé 9 ans à Quaqtaq même, dans les années 60. Petit, vieux mais sans âge, s’adressant à l’assemblée dans un Inuktitut fluide, Père Dion a été accueilli avec beaucoup d’amour. Il a pris la parole, l'auteure, Mme Haché, et une autre ancienne enseignante de Quaqtaq aussi. On les a écoutés. Ceux qui les ont connus; leurs enfants et leurs petits-enfants avec eux. Puis, on a invité les personnes présentes à leur poser des questions.

Et c’est là que j’ai été soulevée de ma chaise. Non seulement parce que je suis spontanément allée prendre dans mes bras le bébé d’une jeune maman qui avait deux autres bambins à s’occuper, mais surtout parce que ce dont il a été question pendant deux heures était hors de ce que j’aurais pu imaginer. Alors que dans mon village, le Quaqtaq que je connais, personne ne marche entre deux maisons (faut absolument un engin à moteur! Scooter, Honda, Skidoo…), alors que mes élèves ne savent pas les rudiments de la construction d’un inukshuk, alors qu’on ne fait que parler habituellement de problèmes de la modernité, on a passé la soirée à parler d’un autre monde, il y a quelques années à peine. Le Père Dion a raconté qu’il devait tasser les chiens qui bloquaient les entrées des igloos pour aller visiter les familles du coin. On a parlé des bonbons qui étaient donnés à la fin de la messe catholique (et qui attirait les enfants, plus qu’à la mission protestante!). Et surtout : on a conté tous les souvenirs collectifs de l’extraordinaire sirop contre la toux qui semblait être très apprécié, autant pour ses vertus médicinales que pour son bon goût! Quelle merveille que ce sirop.

J’ai vu tous les aînés du village, des vieillards, fin-soixantaine tout au plus, qui sont nés dans l’univers de neige, avant que le village de maisons n’existe tel qu’on le connaît maintenant. Ils se sont succédé au micro pour remercier Père Dion de les avoir laissé jouer, enfants, à la mission catholique (alors, la plus grande habitation du village). Ils ont posé des questions; ils ont surtout conté des souvenirs. Moments magiques, heureusement traduits de manière à ce que les autres, les profs qui se font souvent rabrouer, les missionnaires qui se font reprocher la sévérité, les infirmières qui ne sont qu’à moitié écoutées, tous ceux-là, ont aussi senti l’importance que nous avons dans l’âme du village, malgré toute la confusion entre tradition et modernité. La très grande majorité d’entre nous n’auront jamais le quart de la moitié de l’influence de Père Dion, mais nous laissons notre trace. De la même manière, nos élèves et nos patients laissent la leur dans nos histoires.

***

- Monique Payette?? Marie, tu es la fille de Monique Payette, l’infirmière? Pourquoi ne l’as-tu as dit avant?

- Ben… J’étais gênée. Peut-être que vous vous en vous en souvenez pas, de ma mère qui a fait le tour des villages du Nord au début des années 1970 pour recenser la tuberculose. Ça prenait les histoires de l’ancien temps du Père Dion pour me convaincre de lui montrer les photos sur lesquelles il est posé; de vous les montrer aussi, mais vous, je ne serais pas capable de vous identifier, il n’y a que des visages d’enfants emmitouflés dans de la fourrure sur les photos!

- Et tu as les photos de ta mère? Wow! C’est mon oncle sur celle-ci! Il est décédé maintenant, mais que je suis contente de le revoir! Je ne pensais pas qu’il avait été pris en photo de sa vie! Et ça, c’est Pasha!! Et sur celle-là, c’est nous! Tu lui diras à ta mère, Monique Payette, qu’elle et toi, Marie, vous serez toujours les bienvenues à Quaqtaq. »

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Mon aventure n’est pas terminée. Et elle est incroyablement tissée à cette soirée de souvenirs, qui pour moi, rappelle les soirées à parler à Maman de l’hôpital de Fort Chimo (maintenant Kuujjuaq), du Soleil de minuit et des évacuations de malades dans les blizzards du Nord-du-Québec.

Tant que je ne serais pas dans l’avion pour redescendre dans le Sud, je ne pourrai pas conclure mon aventure.

Et encore…

jeudi 28 mai 2009

Épisode 46 Le grand déménagement

Pour des raisons évidentes d’organisation de ressources humaines en région éloignée, la commission scolaire Kativik a déjà confirmé le retour en poste des employés désirant rester pour l’année scolaire 2009-2010. Aussi, elle a commencé les embauches pour les places vacantes. Les recrues commencent à prévoir leur déménagement en terre aride, là les conditions de vie sont extrêmes. La température? Les ours polaires? Non, la plus grande difficulté de la vie moderne confortable, c’est l’absence de Centre de rénovation! Cette semaine, j’offre gracieusement à ces valeureux aventuriers quelques conseils judicieux pour éviter les effets secondaires du sevrage de Home-Tire-Dépôt-Entrepôt.

Faut savoir
Contre un modeste loyer retiré à même notre salaire, les employés de la commission scolaire sont logés dans des habitations meublées. Le type d’habitation est déterminé en fonction de la taille de la famille qui déménage au Nord (avec conjoint et enfants ou pas) et des disponibilités immobilières dans la communauté. Poêle/frigo, lit, sofa, table et chaises sont dans la maison à l’arrivée. Certains de ces meubles ne sont pas neufs ni top design, mais tout est fonctionnel. Le reste : les objets de d’utilisation courante (vaisselle, télé, petits électros) et la décoration… c’est aux employés de les avoir. On nous accorde un bon nombre de kilos de déménagement payé comme avantage social.

À ne pas oublier dans ses affaires
Une chaudière, un balai, un tapis de salle de bain… Ce sont des détails, mais Oh! combien importants! Surtout dans les petites communautés comme Quaqtaq où on n’a pas le luxe d’acheter rapidement un article super précis sans passer par le catalogue Sears et avoir à attendre la livraison. Alors, dans la catégorie « ah oui, j’ai pas pensé à apporter ça », j’ai noté cette année :
* des petites lampes qui font de la lumière d’ambiance (pour tempérer les plafonniers aux ampoules écolo-truc surpuissantes, agressantes après une dure journée de travail),
* un rideau de douche, ses anneaux et une brosse à cuvette! Pratique!
* de la verdure (réelle ou artificielle, indispensable pour la santé du système nerveux)
* un téléphone avec un bon vieux fil (qui fonctionne quand il y a des pannes d’électricité... sinon, dans le noir d'une tempête, l'isolement est assez intense...).

Etre créatif
Une nappe, ça se transforme en rideau, nécessaire pour bloquer le Soleil de 3am. Ses serviettes à main, cousues deux par deux et rembourrées des restes d’un oreiller éventré, ça complète un ensemble de chambre à coucher confortable pour des heures interminables de lecture. Un large foulard devient aussi rapidement une parure de fenêtre opaque et coquette, surtout lorsque retenu par une broche, cadeau d’une grande amie. Une feuille de papier de scrapbooking directement collée au mur camoufle un trou laissé par le locataire précédent avec un certain charme. Un cadre pour photo posé à plat devient un très beau sous-verre à bougie pour protéger une belle commode en bois.

Encore faut-il avoir nappe, broche et cadre dans ses valises pour assurer la prestidigitation! Ce n'est pas nécessaire d'avoir des affaires très volumineuses à ne plus savoir ou les ranger. Il faut simplement penser à quelques objets qu'on aime et, surtout, être prêt à en réinventer l’usage.

Des adhésifs
Le secret de mon confort de cette année en me passant de quincaillerie et des tonnes d'outils… Je vais vous le dire, chers lecteurs, mais ça reste entre nous… Mon secret réside dans ma collection d’adhésifs. J’adore la colle même si, pour ne pas passer pour une junkie, je parle rarement de ma passion. Qu’un composé chimique retienne avec force deux pièces ensemble, c’est franchement fascinant! J’en ai donc de toutes les sortes : pour le papier, le bois, le verre, la céramique, le plastique et le textile (oui, celle qu'on vend à la TV, dispendieuse, mais excellente!). J’ai aussi du ruban adhésif (de 5 types), de la pâte hypoxie et, moins chimique, mais tout aussi important, des attaches, des cure-pipes et des « tie wrap ». Avec cet atirail de répatation qui rentre pourtant dans une boîte à chaussure, TOUT se fabrique et se répare.

Une lunette cassée (indispensable aux myopes de ce monde) : une goutte de colle et le tour est joué. Un jeans fatigué ou une brassière dont le cerceau cherche à s’enfuir : on leur ajoute un renforcement de tissu pour prolonger leur vie utile. Un machin-truc pour faire sécher le linge laissé en pièces dans le fond d'un garde-robe par les précédents occupants : du duck-tape et on le retape au complet. Une coloc qui vient partager votre maison : pas besoin de perceuse, de mèche et de hanches pour lui fixer une pole à serviette trouvée chez le voisin, la pâte hypoxie fait bien la job. Un rideau à inventer : coudre? Non : coller!

Morale de cette histoire : non seulement faut être prévoyant et avoir pensé à toutes sortes de petits détails qui rendent la vie agréable, mais aussi bien avoir avec soi le matériel pour les réparer, les bricoler et les transformer.

Bonne chance aux recrues 2009-2010! N’oubliez jamais que le plus proche Home-Tire-Dépôt-Entrepôt est pas mal loin, faut être débrouillard et préparé! C'est pas un voyage de hyppie lunatique que de venir travailler pour KSB. C'est un déménagement en bonne et due forme. Faut penser à être confortable dans sa demeure au risque de ne pas pouvoir avoir l'énergie pour enseigner toute une année.

jeudi 7 mai 2009

Épisode 43 Dans un village sans bibliothèque ni librairie

Tous les vendredis commencent de la même manière dans ma classe de français : c’est vendredi-lecture. Je lis un chapitre d’un roman-jeunesse, puis on inscrit les noms des personnages dans un réseau, on fait un résumé du chapitre et on note les définitions de 5 mots nouveaux rencontrés dans le texte. On fait la même chose pour le chapitre suivant, mais chaque élève est alors responsable lire pour lui-même. Quand tout le monde a terminé sa lecture, on fait ensemble nos « personnages-résumé-mots nouveaux ». (P.R.M.N. comme ont abrégé mes ados branchés.)

J’aime beaucoup les vendredis. C’est calme. On lit des histoires.
Putulik (nom fictif ), vendredi passé, s’est pourtant rebellé :
- REPEAT, Marie, REPEAT!!!
- Euh... ??? On commence un nouveau roman; on l’a jamais lu celui-là!
- Pas l’histoire : Repeat, un livre. On en a déjà lu un, même plus qu’un. Je veux pas en lire un autre!

Pardon?? Je suis choquée. Un livre, on a déjà lu UN livre, ça donne l'absolution pour toujours, c'est suffisant pour attester de la compétence "lecture" en valeur absolue?
Faut que je lui explique que certaines choses doivent être répétée dans la vie!
Comme se brosser les dents. Comme faire son rappot d'impôt... Mauvais exemple : le jeune ne comprendrait pas vraiment. Comme laver la vaisselle. "Tu l'as fait une fois dans ta vie, tu n’as plus jamais à le faire jusqu’à ta mort parce que ce serait de la répétition?" Ses yeux rieurs me répondraient "Héhé, je ne ferai plus jamais la vaisselle!!" Autre mauvais exemple…

J’arrête le temps de réfléchir un peu puis je me lance :
- Parce que tu as fait du paraski une fois dans ta vie, t’as pas besoin d’en refaire, plus jamais? Ok, Putilik, je vais dire au directeur que du paraski, comme vous en avez déjà fait l’an passé, vous n’avez pas besoin d’en refaire lundi. Il va donc faire l’horaire sans prendre en compte mes élèves, c’est tout…

Oh.
C’est là que j’ai réalisé que malgré toute l’arrogance des ados de 13 ou de 18 ans qui sont devant moi, qui me « Reapat » et me « Boring » à toutes les minutes, j’ai quand même une certaine autorité. Putilik aime les activités à l’extérieur. Il est devenu tout blanc quand je l’ai mencé que ça n’ait pas lieu. Il s’est rapidement caché dans son bouquin pour lire à haute voix du haut de ses cordes vocales mutantes « Chapitre 1… ». À la fin de son petit spectacle de lecture, il a osé demander, d’une toute petite voix :
- On va-y aller, hein Marie, faire du paraski??

Putulik a lu, je n'ai pas eu à m'en occuper ce matin là. On s’est bien amusé, vendredi dernier, à l'écouter. Il a même essayé de faire des voix de personnages comme je le fais habituellement. On a lu un roman de plus dans nos vies! Mais je ne crois pas avoir enseigné l’importance et la beauté de la littérature par ce chantage si grossier: un quelques pages à lire contre un après-midi à jouer dehors. Peut-être que certains de mes élèves (d’ici et d’ailleurs) ne comprendront jamais le plaisir de lire. Ici surtout, sans bibliothèque, sans magazine, sans transport en commun où un bon roman est souvent comme une bouée de sauvetage. Harry Potter, Twilight, Anne la maison aux pignons verts... les versions DVD sont toujours plus facilement accessibles, plus facilement piratées. Il n’y a pas de modèles de lecteur de romans dans le décor nordique. Il n'y a pas de livres.

On a fini la période en faisant notre fameux P.R.M.N. habituel. Une élève me demande le sens du mot « Invectiver »…
- Invectiver, c’est l’action crier bêtises comme, des fois, ce qui se passe dans ma classe, quand un jeune crie des insultes à son enseignante
- Ah oui, comme Putulik quand il te crie « Repeat »!! Haha, je vais m’en souvenir!

Ah.
Au moins, on aura appris ça!
Et lundi le 4 mai, on a appris que le paraski, c’est très exigeant pour les bras. Ouch…


jeudi 30 avril 2009

Épisode 42 Cette semaine, un peu de politique

Lettre (à peine modifiée pour les besoins de mon blogue!) envoyée à Madame la ministre de l’Éducation,

Madame,

Dans « l'entretien : les solutions de Michelle Courchesne » (L’Actualité, avril 2009), vous mentionnez la nouvelle possibilité de faire une maîtrise en enseignement au secondaire pour recycler des détenteurs de bacs en enseignants. Vous précisez que cette maîtrise représente 2 ans d'études. Pour un individu qui veut se devenir en prof au secondaire après un bac, ça n’est pas si difficile, selon ce que vous dites. C’est deux ans.

Ce que vous ne dites pas c'est qu’il est impossible faire cette maîtrise si facilement et à temps complet : pour être admis dans ces programmes de maîtrise qualifiante, un candidat doit déjà "avoir un lien d'embauche" dans le milieu de l'éducation. Les étudiants recrutés sont déjà des enseignants en poste, des professionnels non reconnus comme tels qui œuvrent dans les écoles et qui ont déjà accepté les responsabilités d’éducateurs auprès des jeunes. Dans le jargon, nous sommes des « Non légalement qualifiés » (NLQ), des mercenaires qui bouchent des trous dans les écoles en manque de profs. Déjà, la nouvelle maîtrise ne transforme donc pas n’importe quel bachelier en enseignant.

Le programme de maîtrise qualifiante ne tient pourtant que très peu compte de cette formation sur le tas. Elle compte 60 crédits (contre 45 pour une maîtrise habituellement) et impose une conciliation travail-étude peu banale qui s'étire dans les faits sur de très longues années.

Ce programme, je m’y suis personnellement engagée avec un bagage universitaire important et une bonne expérience d’enseignante. J’ai aussi décidé de sacrifier toute vie sociale et familiale pour m’y consacrer et obtenir le brevet. Malgré tout, je ne pense pas être en mesure de terminer le programme en moins de trois ans, au prix de combien d’efforts, de soirs et de fins de semaines, de temps que je ne consacre pas à mon travail et à mes élèves comme j’aimerais le faire! Beaucoup de mes pairs étudiants se plaignent, comme moi, de la lourdeur des démarches pour satisfaire toutes les exigences, pour avoir légitimement le droit de faire le métier que nous faisons déjà.

Je suis heureuse qu’une maîtrise qualifiante existe : j’aime mon métier d’enseignante, j’aspire à le pratiquer légitimement! Les besoins dans certaines disciplines et dans certaines régions du Québec, sont criants. Mais, pour un NLQ, qui a la possibilité de continuer à travailler (parce ce n’est pas le travail qui manque!) ou celle de continuer à travailler ET faire en même temps une maîtrise excessivement exigeante qui prend minimalement 3 ans, est-ce que vous vous attendez à ce que les 2345 enseignants tolérés sans permis en 2007-2008* prennent cette décision de haute voltige? Dans tous les cas, les universités (UdeS et UdeM+UQÀM) qui offrent le programme n’ont même pas la capacité d’accueillir 15% de ce nombre…

Et qu’en est-il d’un bachelier, par ailleurs cultivé et dévoué, qui découvre sur le tard qu’il serait intéressé par l’enseignement? Doit-il se chercher un contrat dans une école, commencer à enseigner volontairement sans filet pour avoir la possibilité peut-être d’être admis dans la maîtrise en enseignement? C’est aberrant! Reste que c'est la seule possibilité ou on l'oblige à faire le bac de 4 ans. L'évaluation coût-bénéfice d'un tel retour au premier cycle, avec déjà une formation universitaire en poche, reste rebutante pour plusieurs...

Je me demande en quoi est-ce que cette nouvelle maîtrise qualifiante est réellement significative dans le bassin d’enseignants brevetés prêts à aller en classe avec nos jeunes. En quoi répéter sur toutes les tribunes que cette maîtrise existe va faire en sorte de motiver de nouveaux enseignants potentiels à s’embarquer dans le défi de l’éducation?

Je pose la question! Parce que le problème de pénurie d’enseignants, c’est là qu’il se trouve.

Salutations,

Marie Aboumrad,
Biologiste, bachelière en STS et enseignante de science et de technologie au secondaire,
Quaqtaq, Québec.

*Allard, M. (2008). Le nombre de profs sans permis explose. In La Presse, édition du 6 octobre 2008. Document téléaccessible à l'adresse : <http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/200810/05/01-26653-le-nombre-de-profs-sans-permis-explose.php>. Consulté le 27 avril 2009.
La direction des communications du MELS consultée par téléphone aujourd'hui n'avait pas de chiffres plus récents à diffuser.

jeudi 26 mars 2009

Épisode 37 Kanuk et NorthFace peuvent se rhabiller


L’an passé, à cette date, je me suis achetée mon beau manteau Kanuk couleur ciment en prévision de l’hiver nordique. Je venais à peine de passer l’entrevue d’embauche à la Commission scolaire Kativik; je n’avais pas encore l’emploi. Je faisais de la visualisation en prévision de partir! Avec un manteau et ses salopettes assorties, je pouvais déménager au loin (et, au pire, si je n’avais pas eu de poste au Nord, j’aurais été chic et au chaud à aller travailler dans n’importe quelle école, habillée de blanc ciment, les salopettes laissées dans mon placard!).

Par contre, je l’ai consciencieusement choisi Kanuk ce manteau parce que c’est un design et une fabrication québécoise. J’imaginais qu’il était bien pensé pour affronter l’hiver, peu importe la latitude dans la belle province. Maintenant que je le "teste", je peux affirmer qu'il est tout à fait approprié pour le temps glacial et les vents forts : j’en suis bien heureuse! Bel investissement, mais je n’ai pas croisé beaucoup d’autres Kanuks au Nord. Chez les autres halunaak (ceux qui ne sont pas Inuit), les Canada Goose et autres NorthFace ont la cote. Ils semblent être assez efficaces et bien appréciés par les amateurs de plein air. Chez les Inuit, aucun nouveau design ne semble être près de remplacer les habits extérieurs traditionnels.

Pour les pieds, il y a les kamiks, bottes de peau de phoques. Ils tiennent au chaud. Contrairement aux gosses bottes Sorel, les kamiks empêchent l’eau et le froid d’entrer tout en laissant les pieds respirer.

Pour les mains, les mitaines de cuir ou de fourrure, faites et enjolivées par les dames du village, sont toujours à la mode, hiver après hiver, depuis des centaines de saisons. Les parkas aussi. Ma collègue Terra s’est d’ailleurs fait faire des kamiks et un parka par des couturières du village.

Pour les bébés, il y a l’amautik, ce superbe manteau de femme au capuchon démesuré qui accueille le petit. Collé sur le dos de sa maman, il n’a pas besoin lui-même de vêtements d’extérieur pour être bien au chaud. Le grand capuchon, avec son gros cordon, peut facilement être rabattu par-dessus la tête du bébé pour le recouvrir complètement. Disparu dans cette couverture matelassée, il est protégé des pires tempêtes, instantanément! Pour les poupons, on emmaillote d’abord le nouveau-né dans un timoutik; on le transforme en paquet-cadeau pour qu’il se tienne bien droit. Les enfants plus vieux sont tout simplement assis dans le fond du capuchon, une jambe de chaque côté. Seul désagrément, c’est qu’il faut un autre adulte avec la maman pour bien placer le petit dans son dos. J’ai été très impressionnée en l’enfilant, de sentir ma voisine Olivia, bien assise derrière moi, instantanément bercée, rapidement endormie par la petite marche qu’on a faite ensemble.

En googlant « amautik », j’ai appris que c’est un habit typique des communautés inuit canadiennes : on ne le retrouve nulle part ailleurs dans le territoire circumpolaire. Au Groenland par exemple, les parents se fient sur des petits traîneaux pour promener la marmaille. Ici, encore aujourd’hui, aucune poussette. Tous les bébés dans le dos de leur maman. Quand on croise une femme en amautik, on la salue et on se penche aussitôt au-dessus de son épaule pour sourire au bébé. Ça doit être stimulant pour le petit! Psychologie du développement mise à part, une maman et son bébé dans un amautik, c’est tout simplement beau!

Par contre, si tous ces beaux habits traditionnels sont toujours d’actualité, les matériaux pour les fabriquer ont été revus et corrigés à l’ère techno-industrielle. Le polar est beaucoup plus léger que la fourrure de caribou, le nylon, plus souple et pas cher. Les mitaines sont faites de peaux de lapin, des fourrures achetées par catalogue, traitées, assouplies et, la plupart du temps, teintes aux couleurs farfelues. Les parkas sont munis de doublures hi-tech, brodés d'écussons des Canadiens ou des logos de groupes rock; les amautiks sont lavables. Si les traditions millénaires ne sont pas toutes à remplacer à l’ère d’internet, il n’est pas interdit de les améliorer!

Un parka traditionnel en goretex : pourquoi pas! Et à quand un amautik chez Kanuk?

jeudi 19 mars 2009

Épisode 36 De la neige et du cash

Dans l’imaginaire de plusieurs, le Nord c’est l’Eldorado, un lieu où on peut aller travailler et revenir chez soi avec une fortune, devenir riche en moins de temps qu’il faut pour dire
« blizzard ».

Oui, les salaires nordiques sont intéressants… mais c’est à prendre avec des pincettes! Ça dépend beaucoup du corps de métiers auquel on appartient. Un ingénieur, dans une mine de tous les dangers, aux quarts de travail impossibles, est très grassement payé (quoique rapidement épuisé!). Les travailleurs du milieu de la santé, avec beaucoup de responsabilités, ont de très bonnes rémunérations, d’autant plus que ses déplacements d’un village à l’autre sont fréquents (ce qui n’est pas toujours jojo).

Les enseignants? Les enseignants ne sont pas à plaindre, mais ce qui est déposé dans nos comptes en banque, de deux semaines en deux semaines, ça n’a rien à voir avec le gros lot du 6/49.

Il faut savoir que les profs du Nord sont payés selon la même échelle salariale que tous les autres enseignants des écoles publiques. Après tout, on fait le même boulot, avec des enfants semblables, dans des écoles modernes, aux heures scolaires habituelles. Mais, parce qu’on est loin, en guise de rémunération spéciale du Nord, on reçoit aussi deux primes. La première sert à motiver les candidats à déménager au Nord de la ligne des arbres, malgré l’éloignement et le climat rebutant. Cette allocation augmente en fonction de l’isolement de la communauté. L’autre prime, un peu plus grosse à chaque année scolaire terminée, c’est pour faire en sorte qu’on reste le plus longtemps possible! À travailler à Quaqtaq présentement, je touche donc mon salaire habituel d’enseignante avec quelques milliers de $ de plus. Pas assez pour dire Bye bye Boss, mais assez pour savoir que je vais revenir au Sud à la fin de l’année riche. Pleine aux as!

C’est pas tant le salaire net qui fait une différence; c’est que je ne dépense pas un rond! Niet, rien, simplicité (et même pas volontaire). Faut dire que je suis arrivée bien préparée avec tout ce dont j’avais besoin pour passer l’année. Mais, pas de magasins : pas de tentations! Pas de restos : pas de pourboires. Un milieu de travail pas pincé : une paire de jeans minimalement propre fait l’affaire (quoi que ceux qui me connaissent savent que je m’efforce de porter jupe et talons une fois par semaine, même en pleine tempête!).

Même pas la possibilité d’acheter un journal dans le village.

Et je ne suis pas tentée de magasiner sur Internet (sauf une fois, fer à cheveux, pendant une nuit d’insomnie… moment de faiblesse)!!

C’est de là qu’elle vient, ma richesse nordique.

Mais la question, c’est qu’une fois accumulée, la richesse, va-t-elle m'être aquise? Je pense bien que oui : j’ai maintenant un bon coussin et un projet éventuel d’achat d’un hot duplexe urbain, en copropriété avec Elaine.

Et la sagesse, elle? La sagesse va-t-elle me rester? La simplicité, celle qui est volontaire, l’épuration des besoins, réflexion sur la fugacité des biens consommables… ? Hum… Au départ, je n’ai jamais été la reine de la bébelle, mais serais-je capable d’être à Montréal stoïque devant les étalages? Devant les piles de journaux?? Honnêtement, je ne pense pas être capable de passer des semaines sans même toucher à de la monnaie comme ici!

J’ai déjà hâte à Pâques, durant notre semaine de rêlâche au "Sud", pour me faire dorloter chez Valeh, la plus chouette esthéticienne du Plateau. Et puis par Marc, le dieu des cheveux, rue St-Laurent. Ça va me prendre du nouveau linge, profiter de tous les cinémas dont je me suis privée et m’autoriser à sauter dans un taxi à la moindre goûte de pluie.

Ah, et perdre au poker contre les amis!!

Pour l’instant, dans ma toundra, toute simpliste et zen, je suis en train de lire simultanément No Logo (La tyrannie des marques, le livre culte de l’altermondialisation) et l’Accro du Shopping. En moi vivent présentement, simultanément, la hyppie et l’Accro, sans aucun paradoxe. Faut pas trop chercher à comprendre!

jeudi 12 février 2009

Épisode 31 Authentique conversation par courriel


Salut cher ami!
Je suis toujours dans le Grand Nord et puis j'ai une petite question pour toi...

Mes élèves veulent savoir : est-ce que ton fils aurait gagné un des iPods au concours de lecture de la Francophonie?

C'est weird à poser comme question... en fait, chez nous, au "Sud", me semble que ça ne se serait jamais posé... surtout pas avec insistance. Mais il faut que je te mette dans le contexte, une autre réalité subtile du merveilleux monde du Nord que je découvre :

Ici, tout le monde connaît tout le monde.

Le "monde" se limite à 300quelques personnes et un réseau social élargi dans les villages avoisinants, tout le monde est le frère, la sœur, le cousin ou le voisin, l'ami, la connaissance de tous et de chacun. Par exemple, l’autre jour, j'ai dit en classe, dans une conversation sans importance qu'il y avait une nouvelle caissière super jolie au magasin général. Le concept de "commis anonyme" ou de "fille cute", ici, ça n'existe pas... Ça leur a pris 30 secondes à jaser en inuktitut pour qu'ils déduisent de qui je parlais et à partir de cet instant, il y avait une identité, une personne, une réalité à mon histoire. Là mon histoire avait un intérêt, sinon, c'est souvent juste du vent...

Même chose avec le concours de la francophonie. Je les ai fait participer et, quand on a réalisé que personne n'a reçu d'appel le jour où ils annonçaient les gagnants des iPods qui étaient tirés, mes élèves ont voulu savoir QUI avaient gagné les prix. Leur dire que les prix avaient été gagnés par d'autres élèves d'écoles du Québec n'était pas suffisant, il fallait des personnes, des identités aux vainqueurs. Ils insistent : si c'est pas nous, c'est qui?

OK! Je communique donc avec les organisateurs du concours au gouvernement, je leur demande qui sont les élèves qui ont gagné les iPods. On m'envoie une liste des écoles où il y a eu des gagnants. Confidentialité oblige, les gagnants sont mineurs... Pas idéal mais je vais les en satisfaire!

Je retourne en classe avec cette info, mais pour faire plaisir à mes élèves (qui, à mon grand étonnement, étaient passionnés par les gagnants des iPods!!) je commence à commenter les écoles qui apparaissent sur ma liste (compétence disciplinaire: compréhension orale, tout est un prétexte pour leur faire travailler leur français!) :

- Lower Canada College, c'est une école privée, vraiment très élégant, comme place.
- Collège Beaubois, ah, c'est là que mon frère à fait son secondaire!
- École Trou-profond-de-saint-je-sais-pas-quoi, rien à dire là dessus...
Bla bla bla
- Puis une autre école, ah!? Me semble que le fils me mon ami va là!

(Compétence de compréhension orale maîtrisée : ils m'ont très bien compris!!)
Il n'en fallait pas plus... Mes élèves là ont une image en tête, une identité, une réalité: ils imaginent le fils de mon ami, un gars de leur âge, et ils veulent savoir si LUI a gagné un iPod. Pas par jalousie, ils ne sont pas mesquins, juste pour savoir QUI, c'est comme ça que ça fonctionne pour eux, ça fait partie de leur conception du monde.

Incompréhensible pour nous, tout naturel pour eux...

J'ai essayé de les calmer... mais ils sont persistants! Je les trouve chouettes. Ça fait une couple de jours que je me dis que ça n'a pas de bon sens que je te demande ça. Avec mes yeux de fille de la ville, ça n'a statistiquement pas de sens… C'est tellement peu probable, il y a combien d'élèves dans cette école là? , et puis ça ne changera rien dans leur vie qu'ils sachent ce détail...
Mais j'avoue que leur curiosité a un petit effet contagieux... fait que :
Est-ce que ton fils a gagné un iPod au concours de lecture de la francophonie ???

Et l’ami de réponde :

Salut Marie, non mon fils n’a pas gagné de iPod, et il ne connaît pas l’élève en question non plus. Salut et à bientôt!

jeudi 22 janvier 2009

Épisode 28 Pi-toi?

Pi-toi, pi-toi, pi-toi??? C’est pas le chant d’un oiseau local. C’est LA question.

« Pi-toi, qu'est-ce qui t’a motivé à monter au Nord? »

Dès la toute première conversation entre deux non-inuit, la question est soulevée. Systématiquement.

Le trip? Pas d’emploi? S’éloigner de la belle-mère? Amateur de plein air? S’isoler pour faire une maîtrise sur Internet? Fuir la justice… Tout a été entendu. Tout est valable. La question est posée, juste pour faire la conversation, pour construire un pont entre deux étrangers réunis par défaut en terre arctique.

Dimanche, j'ai soupé avec ma coloc et deux nouvelles amies infirmières. Après le repas, pendant les pauses commerciales du Banquier qu’elles m’ont fait découvrir, inévitablement, on en est venu là.

- Pi-vous autres, pourquoi être montées au Nord? Nous, on sait pourquoi les infirmières montent au Nord, mais vous, les profs, pourquoi?

- Ah oui? Pourquoi c’est évident que les infirmières montent et pas les profs?

- Ici, c’est sûr qu’il y a le salaire : plusieurs fois celui d’une infirmière au Sud. Job de jour. 2 gros mois de travail, un mois de congé complet chez nous. Mais c’est surtout les responsabilités de clinique qui sont intéressantes : presque comme si on était médecin considérant qu'il y en a pas au village. On n’aurait jamais cette pratique professionnelle si on était ailleurs. Mais, vous autres, travailler dans une école, être enseignante, ça serait pas mal partout pareil, non?

Non, oui, euh… pas tout à fait.
Oui, je suis enseignante ici comme je le serais partout ailleurs. J’ai une jolie classe, deux groupes d’élèves, je peste contre les retardataires, je remplis des bulletins, je chiale régulièrement contre la photocopieuse.

Mais, nulle part ailleurs, je n’aurais la pratique professionnelle que j’ai ici.

Par exemple: jamais je ne pourrais avoir à donner de cours devant un auditoire composé de… zéro élève! Bon, parlons-en, parce que ça m’est arrivé quelques fois maintenant. Dans mon groupe de 6 élèves, les plus vieux, un ne vient plus du tout, un autre se présente sporadiquement et les 4 autres sont généralement assidus… mais pas toujours. Surtout pas à la première période le matin. Il arrive que les 4 élèves ne soient que 3, ou 2, voire 1 seul… voire pas du tout. Assez étrange comme situation.

Je me suis déjà fait dire « Chanceuse, tu es payée pour te limer les ongles! »
Oui. Mais.
Oui, mais l’attente est difficile. Que faire s’il y en a un qui se pointe? Lui faire la morale alors que les autres qui n’ont même pas fait cet effort se défilent de mon discours plate? Que faire au prochain cours, pénaliser tout le groupe? Faire comme si j’avais donné le cours et puis continuer à la séance suivante sachant que TOUS mes élèves n’auront pas assimilé les notions précédentes? Oui, mais. Je n’aime pas être dans cette situation… Oui, j’ai été payée quelques 45 minutes à me limer les ongles, mais la manucure est ratée, le travail intérieur dépassait largement l’énergie habituellement nécessaire pour donner un cours. Jamais je ne répondrais à « Pi-toi? » par le souhait d'être payée pour ne pas enseigner….

Je suis rappelée à l’ordre. « Pi-toi, alors, pourquoi t’es prof au Nord? »

- Parce que, quand ils se présentent tous en classe pour un examen important (et ils se présentent généralement pour les examens importants), après m’être battue pour obtenir le silence (comme dans n’importe quelle autre école) et les avoir bien guidés dans la lecture et le compréhension de leur évaluation (comme dans le cadre de n’importe quelle circonstance semblable), corriger 5 examens, c’est le bonheur!! 5 examens, quelques 15 ou 20 minutes, ça c’est un avantage professionnel qui vaut la peine au Nord! 180 copies à corriger… ça ne me manque pas du tout!Pi-oui, enseigner au Nord, ce n’est pas toujours facile, mais comme pour les infirmières, c’est un boulot qui n’existe pas tel quel au Sud!

5 copies à corriger… Wow!!

jeudi 8 janvier 2009

Épisode 26 La chasse-galerie

On connaît la légende.

Le diable propose un tour de canot volant aux ouvriers isolés pour leur permettre de passer les fêtes dans leur village tant aimé. Si l’un d’entre eux maque le bateau, après la fête terminée, tous périront brûlés, ignorés pour l’éternité. Et, bien évidemment, dans le conte, c’est exactement ce qui est arrivé!

De grand froid au grand feu… Pas trippant de finir en guimauve carbonisée pour ne pas avoir été à son affaire. Pas toujours évident non plus de se rembarquer dans la routine en région éloignée après des vacances auprès des siens. Mais la morale est intéressante : quand t’acceptes un contrat d’un an, faut faire l’année au complet.

Mon histoire à moi ne finira pas dans une chanson épique à la conclusion tragique : le voyage de retour à Quaqtaq n’a pas été aussi pénible que celui de l’histoire des bûcherons. Personne n’a manqué le bateau. Au contraire, on a eu l’occasion de rencontrer en vol deux nouveaux membres de notre équipe-école, Joseph le prof d’éducation physique et Audrey-Anne, prof de 3e année au primaire, qui est aussi ma nouvelle coloc.

Jusqu’à un certain point, pendant le long déplacement du Sud au Nord du Québec, j’étais heureuse, un peu soulagée, de m’en retourner « chez-moi ». Un chez-moi temporaire, mon environnement zen de travail, d’entraînement, d’études. Je ne pense pas m’installer à long terme au Nord. J’ai trop à faire, à observer, à comprendre, à aimer, dans mon patelin d’origine. Mais j’apprécie beaucoup ce cadeau d’une année dans la toundra, à apprécier la culture inuit et à m’isoler de tout le reste, le temps de souffler un peu. La crise économique : c’est dans un autre univers. Gaza? Les horreurs ne s’entendent pas 25 fois par jour à la radio dans l’auto… Pas d’auto. Pas de radio non plus d’ailleurs.

La deuxième portion de l’année scolaire, celle qui va de Noël jusqu’à Pâques, est donc entamée et la vie continue.

Le père gravement malade d’une de mes élèves va beaucoup mieux.
Le bedon rond d’une autre commence à montrer des signes d’une grossesse devenue difficile à cacher.
Le cours de sciences avec mes secondaires 3-4-5 doit commencer à rouler un peu plus pour que tous soient prêts pour l’examen de la commission scolaire en février.
Le projet de vidéo avec les secondaires 1 et 2 devrait être mis en branle sous peu.
Partir à l’école le matin, seule, dans le noir, triste de ne plus me faire escorter par le chien borgne du voisin qui semble avoir disparu dans la nature.
Pester contre les élèves retardataires.
Jouer à la police des cigarettes. Grrrrr…
Contrebalancer la rudesse de certains jeunes par autant de patience.

Une année scolaire quoi... à la fois comme dans toutes les écoles et comme nulle part ailleurs.

J’ai donc repris la barque à temps, sans que le maître de la classe-gallérie ne me transforme en citrouille grillée. Question que le diable ne s’emporte pas (en me chargeant des frais épouvantables en excédant de bagage), j’ai même laissé mes nouvelles bottes brunes à la maison, (celle de Montréal), et j’ai repris dès l’atterrissage à la maison (de Quaqtaq) mes Sorel noires. Hum… C’est bien parce que je suis raisonnable… Parce j’aurais pu me permettre cette petite coquetterie. Allez, j’aurai tout le temps de les user à mon retour pour la relâche du printemps, à déambuler de café en café sur Mont-Royal avec Elaine à reprendre des nouvelles du monde entier. Pour l’instant, je profite du confort, celui de la chaleur avant la mode. Celui où je ne me sens pas coupable de ne pas regarder le Téléjournal parce que rien de ce qui est dit ne concerne directement notre petit îlot de vie. Un confort tout relatif, nombriliste assumé, que j’apprécie beaucoup… le temps de vivre une aventure toute simple, qui n’entrera certainement pas dans légende parce que les canots volants, ceux d’Air Inuit, sont loin d’être diaboliques.

Bonne année!

jeudi 11 décembre 2008

Épisode 24 Esprit des fêtes, es-tu là?

On était à peine entré en classe que mes élèves me demandaient déjà si je restais à Quaqtaq pour le temps de fêtes. Paraît-il que ce sont les plus belles célébrations de l’année! Il y a des spectacles, des danses, des grosses bouffes collectives, des compétitions de toutes sortes de jeux à l’extérieur. La municipalité orchestre le tout. Le monde est heureux, à Noël à Quaqtaq! Les jeunes avaient l’air presque déçu, alors qu’on se connaissait à peine, que je leur dise que je vais retourner voir ma famille et mes amis à Montréal, le 20 décembre.

Avec les semaines et les mois, malgré toutes les fois où je me fais traiter de « lukuapik » (c'est-à-dire « exigeante » en inuktitut) ou de « Marie Aboum-plate » (de tous les surnoms qu’on m’a donnés comme enseignante, c’est la première fois que je l’entends celui-là!), ils me demandent encore si je reste à Noël. « Ta famille, tes amis, ils peuvent venir à Quaqtaq, ils vont faire la fête aussi! Le plancher du gymnase de l’école tremble tellement on danse, c’est le fun!». Bon, je ne trouve pas que de faire vibrer le plancher du gymnase à trop danser soit une activité des plus sécuritaires… mais c’est très généreux de leur part de nous inviter tous ainsi! En fait, Noël ici, ça semble être la véritable célébration de la générosité.

J’ai demandé à mes élèves ce qu’ils voulaient pour Noël. J’ai obtenu très peu de réponses. Un peu comme si le concept de demander des bébelles n’était pas leur priorité. Ils recevront tous assurément des cadeaux, des bidules électroniques, des surprises. Ils se verront offrir aussi beaucoup de linge, peut-être un nouveau parka, une nassak (la tuque inuit crochetée), des mitaines cousues dans les dernières semaines. La fin de l’automne, c’est la saison de la couture pour les femmes inuit.

À 10 jours de la fin de l’école, ça commence à sentir la fin, leur élan de Noël est bien entamé.

Pour moi, par contre, je n’ai pas senti grand-chose dans les derniers jours.
C’est physique. Je ne me sens pas à Noël.

Je suis débarquée à Quaqtaq en plein milieu du mois d’août, il faisait 10oC : je me sentais en plein automne.
Le 17 septembre, on a eu notre première neige, c’est à ce moment que j’aurais décoré mon sapin! Mais il était un peu trop tôt et le sapin le plus proche, plutôt loin…
Maintenant, on est dans le froid et ça sent sec, ça sent mon février. Je suis déphasée avec la nature locale. En fait, pas juste avec la nature…

Il n’y a pas de centre d’achat, pas de musique d’ascenseur thématique (en fait, y’a pas d’ascenseur!), pas de poinsettias, pas de père Noël chez Jean-Coutu, pas de discussion à savoir si Noël c’est pas trop commercial. Il me manque à peu près tous mes repères culturels.

C’est beau, l’hiver nordique. Je vais bien! Mais j’ai pas un « feeling » de Noël.

Quoi que… on cogne à la porte…
« You want to buy carving? ». Non… pas cette sculpture-là… mais je pense à une autre que j’ai vue… peut-être que ça n’a pas encore été vendu?

Et c’est tout ce qu’il me fallait de commercial pour me faire plonger dans la folie du magasinage de Noël! Je veux offrir une petite pensée à ma sœur, une surprise pour un ami… Au beau milieu de la nature des plus aride, la plus calme et la plus sereine, j’ai découvert un nouveau mode de magasinage de Noël : le magasinage à l’envers.

« Oui, allo!! Sammy, Les boucles d’oreilles que tu es venu me montrer l’autre jour, est-ce que tu les as vendues? Non? Je veux te les acheter! »

Et voilà, petit à petit, j’achète des cadeaux, une nouvelle tuque, et puis l’euphorie me gagne. Et c’est très efficace, le magasinage à l’envers, pour des petits items en tout cas! Pour les plus gros, si j’avais voulu un parka par exemple, il aurait fallu que je m’y prenne d’avance, toutes les mamans n’en n’ont que pour les cadeaux de leurs propres enfants présentement. À l’heure où on se parle, ça coud! Et ça sculpte! Un véritable atelier, le village!

D’ailleurs, je suis pas mal convaincue : ça doit être comme ça qu’il fonctionne, le père Noël. Il doit appeler les artisans du coin et leur acheter des petits objets qui font plaisir!

Parce que tout le monde le sait : le père Noël habite très très proche de Quataq!

jeudi 4 décembre 2008

Épisode 23 Tout n’est pas rose dans le royaume du froid

Un gars, une pause cigarette.
Un gars, une pause cigarette durant la récréation.
Un gars, à peine adolescent, prend une pause cigarette durant la récréation.
Un garçon, à peine adolescent, prend une pause cigarette durant la récréation de son école primaire.
Plus la description se précise, plus l’image ne fait pas de sens. Pourtant, à tous les jours, la même vision.

Alors, go go go Marie, faut faire quelque chose.

Première tentative, appeler la police. Après tout, c’est illégal de donner des cigarettes à des mineurs. Faut arrêter quelqu’un!

-Allo, la police? Y’a tous les jours des jeunes (jeunes : en bas de 15 ans!) qui fument à l’école.
-Est-ce que les jeunes ont volé les cigarettes?
-Heu… non, je ne pense pas. C’est pas pour ça que j’appelle, c’est juste pour ne pas qu’ils fument. C’est pas bon pour leurs poumons!
-T’es nouvelle ici toi! Crois-moi, on a d’autres chats à fouetter que de faire la morale aux jeunes et à ceux qui leur achètent des cigarettes.

Bon, c’est malheureux, mais tout à fait légitime. Laissons la police s’occuper des drogues dures, de l’alcool destiné au marché local illicite et des autres délits routiniers.

Action-cigarette, faut pas s’arrêter pour si peu. Alors : rencontrer la travailleuse sociale pour lui en parler. Toc, toc, toc à la porte du bureau des services sociaux. Personne.
Ah… la travailleuse sociale vient d’être mutée dans un autre village sans remplacement pour l’instant dans la communauté ici. Ouff…

Ok, mon autre idée, c’est peut-être un peu fort, mais faire un signalement à la DPJ!
Euh… l’intervenant DPJ n’est plus là non plus. Personne pour le remplacer. Il faut directement se référer aux services sociaux à Kuujjuaq pour signaler les problèmes majeurs. Et il y a malheureusement pire qu’un enfant de 12 ans la cigarette au bec. Bon…

Faut pas lâcher! Continuer de discuter avec l’équipe d’employés de l’école et le directeur d’établissement : c’est illégal au Québec de fumer sur le terrain d’une école primaire ou secondaire, et ici, la même bâtisse abrite les deux à la fois… C’est doublement illégal donc.

-Mais… tu sais… on demande aux jeunes d’aller fumer au poteau de l’Hydro qui n’est pas, techniquement, sur le terrain de l’école…

Une enseignante d’expérience dans le Nord rajoute que les enfants accros qui n’ont pas leur « tube » à la récréation ne tiennent pas en place avant l’heure du lunch, faut donc être conciliant, autant se peut, faire avec les malheurs des coutumes locales.

Et puis il y a ce jeune, toujours la cigarette à la main nue, aujourd’hui avec ses deux mitaines, qui tente de marchander une cigarette à ses amis. Une cannette de boisson gazeuse contre une cigarette. Une palette de chocolat contre une cigarette. Il fini par trouver, il inhale.

-Pourtant, je t’ai vu souvent fumer, tu négocies toujours tes clopes comme ça?
-Non, d’habitude, ce sont mes parents qui me donnent mes cigarettes.
-Et puis, là ils ne t’en ont pas donné?
-Non, je suis en punition : ma mère ne veut pas me donner de cigarette pour une semaine.

Et ça c'est l'annecdote cigarette. Je pourrais répéter la même chronique pour l'absentéisme scholaire chronique (dès la 3ème année), l'impolitesse grave, le recours à la violence pour régler les conflits quotidiens, la manipulation affective et les idées suicidaires...

Comme enseignante, je fais ce que je peux.
Vaut mieux peu que pas du tout.
Mais des fois, ça semble presque rien.
Tout n’est pas rose dans le royaume du froid.
Les poumons sont noirs.

Les âmes aussi.

jeudi 23 octobre 2008

Épisode 17 J’enseigne, mais eux apprennent-ils? Partie 2

(toujours pas de moi ce titre… et je n’ai toujours pas lu le livre en question…)

Apprennent-ils? Oui, ils apprennent! Et pas mal de choses à part de ça!

1) Ils apprennent à ne pas apporter d’œil de phoque en classe. Plutôt que de dégoûter leur enseignante, ça lui donne le goût de faire une dissection en bonne et due forme de les oblige à apprendre du nouveau vocabulaire de biologie…

2) Ils améliorent de jour en jour leur compétence pour subtiliser l’appareil photo que je laisse dans mon bureau. Ils prennent toutes sortes de photos drôles ou de moi qui me fâche quand ils ne travaillent pas (selon leur échelle à eux, ça doit être considéré comme super drôle ça!). Et ils me remettent l’appareil sans que je m’en aperçoive, sans jamais que j’aie à le demander.

3) Comme usage pour le tout nouveau SmartBoard installé dans le local d’informatique, ils ont appris, et en quelques secondes seulement, que c’était un tout nouveau médium génial pour jouer au Spider Solitaire!

4) Ils apprennent à recevoir mes compliments. La première fois que j’ai dit à une de mes élèves qu’elle était belle, elle a rugi tellement fort que j’en ai été décoiffée. Après deux ou trois tentatives, elle est venue me demander pourquoi je lui disais ça. « C'est que ça me fait plaisir! Est-ce que ça te fait plaisir de l’entendre? ». Elle m’a dit oui, alors je le lui rappelle souvent!

5) Pour l’Halloween, ils ont appris à sculpter une citrouille. Pour plusieurs, c’était la première fois qu’ils en avaient l'occasion! Cette fois-là, j’ai eu tout un vidéo qui est apparu sur mon appareil photo... Je pense comprendre pourquoi mes batteries se vident toujours rapidement!

6) Pour décorer la classe, on a aussi fait des dessins d’Halloween. On a discuté de la fête, on a parlé de maisons hantées, de citrouilles et de fantômes… Et un de mes élèves a dessiné « Go Habs Go : Alex Kovalev! » Est-ce que parce que Kovalev fait peur? « Non! C’est mon joueur préféré! » Alors, je lui demande ce qu’il va dessiner pour Noël. « La même chose », qu’il me répond. Et pour la St-Valentin?. « Go Habs Go : Alex Kovalev! » En rose pour l’occasion? « Oh non!!!! Marie… t’es drôle! ».

7) Et il y a des minutes à les inviter à venir en classe, lutte récurrente au début de chaque période; le temps passé à leur demander d’aller porter leur manteau au casier; négocier des pauses cigarettes pour des élèves d’âge mineur (ce qui m’enrage…); répondre à leurs millions de questions posées dans l’unique but de faire parler la prof (technique aussi bien utilisée par les ados du Sud pour ne pas travailler!)…

Au travers de tout ça, ils apprennent la conjugaison des verbes en er et la relation de Pythagore. Je tiens à mentionner que de tous mes élèves présents au dernier examen de maths, la note la plus faible a été de 70%. Deux élèves ont même obtenu 100%!!! Je suis très fière d’eux!

Et que tous les théoriciens de l’éducation aillent se rhabiller, des grandes idées, des documents officiels, des politiques innovatrices, géniales, révolutionnaires… ça ne change pas grand-chose : les élèves apprennent. Ne serait-ce que d’interagir dans un contexte différent de la cellule familiale, ne serait-ce que parce qu'ils sont ogligés d'utiliser un langage un peu soutenu, ne serait-ce que d'être en relation avec une enseignante d’une autre culture, qu’ils trouvent très exigeante (lukuapik en inuktitut, je le sais, ils me le disent très souvent) : ils apprennent.

Encore faut-il qu’ils viennent en classe pour qu’on leur enseigne. Et c’est malheureusement la partie qui m’échappe et pour laquelle je me sens impuissante.

Parce quand ils viennent à l’école, ils apprennent! Toutes sortes de choses!

jeudi 16 octobre 2008

Épisode 16 J’enseigne, mais eux apprennent-ils? Partie 1

(C’est un super titre, mais ce n’est pas de moi, c’est le titre d’un livre de Michel Saint-Onge que, bien honnêtement, je n’ai pas encore lu.)

J’enseigne donc.

Oui, j’enseigne tous les jours. Et je trouve ça super comme milieu de travail! L’école Issumaqsaviq est vraiment chouette! On dirait une petite école primaire avec un laboratoire de sciences annexé… Et puis, à bien y penser : C’EST une grosse école primaire, avec 4 locaux de secondaires et un beau laboratoire un peu à l’écart!

Il n’y a qu’une école au village et elle abrite tous les ordres d’enseignement, dans toutes les langues : inkutitut, français et anglais. Il y a un peu moins de cent élèves au primaire et à peine une vingtaine au secondaire, alors c’est souvent l’ambiance des plus petits qui l’emporte!

C’est spécial d’être un prof au secondaire, à triper avec l’énergie des adolescents que j’aime beaucoup, et, en même temps, pouvoir faire le clown avec la marmaille dans les couloirs. C’est aussi particulier de faire des équipes d’élèves pour une activité ou une autre et de mêler des maternelles avec des ados plus grands que moi. Le résultat est super! Tout le monde se connaît: les grands frères s’occupent des petits, des cousins, des amis; les grandes filles maternent les plus jeunes. Je suis très contente de voir mes ados rebelles être responsables des enfants quand on leur demande.

L’école est coquette et excessivement propre. Inimaginable au Sud : les élèves entrent, enlèvent leurs bottes dans l’entrée, les placent sur les étagères (ok… ça, c’est la partie qu’ils font le moins, alors on s’enfarge constamment dans toutes sortes d’affaires!). Quelques-uns échangent leurs bottes pour des souliers d’intérieurs. La majorité passe la journée en pieds de bas. Tout le monde se plie à cette règle d’enlever ses chaussures d’extérieurs parce que, s’il n’y avait qu’un seul qui transportait de la neige par ses semelles dans les couloirs, tous les autres auraient les chaussettes mouillées... Beurch…

Alors, c’est dans ce contexte que je travaille tous les jours. J’arrive dans une école vide à 7 h pour faire ma préparation, les cours commencent à 9 h. Et, à enseigner deux cours de sciences sans TTP (« technicien en travaux pratiques » dans notre jargon), j’ai beaucoup de détails à préparer tous les matins : des circuits électriques à monter pour des démonstrations, des plantes à arroser, des photocopies à faire, des photocopies à faires, des photocopies à faire…

J’enseigne simplement, en suivant scrupuleusement les programmes qui ne me sont pas très connus, soit parce que je n’ai jamais enseigné ladite matière (comme le français), soit parce que le programme est adapté à la réalité nordique (comme le cours d’écologie en secondaire1). De plus, je n’enseigne pas en « contexte de réforme », ce qui est nouveau pour moi (et absolument contraire à tout ce que le merveilleux monde de l’éducation vit présentement au Québec!). Par contre, habituée à mettre mes élèves en « situations authentiques » et en projets, j’ai quelques tours dans mon sac qui font en sorte que les cahiers d’exercices ne servent que de tremplin pour un apprentissage plus concret. Je vous en reparle dans une prochaine chronique (les élèves de Mélissa Bourgeault à l’école André-Laurendeau de St-Hubert en savent déjà quelque chose!)

Comme tout le monde au village, sur l’heure du midi, je rentre manger chez moi! C’est un détail que j’apprécie beaucoup. J’en profite pour lire mes courriels, pour voir si j’ai des commentaires sur mon blogue! Et ça recommence l’après-midi. En tout, 7 périodes de 45 minutes. À changer de discipline à enseigner tous les ¾ d’heures, les journées passent très vite! Ajouté à ça toutes les activités éducatives, physiques et ludiques qu'on organise à la grandeur de l'école, les semaines sont courtes!

On rentre, on sort et on s’enfarge dans les souliers et les bottes. Un jour à la fois: ça fait déjà deux mois que j'enseigne à Quaqtaq.