La nature, bien qu’un petit peu aride, est fort généreuse en viandes de toutes sortes. Évidemment, il y a le caribou, disponible et facile à chasser depuis toujours, la myopie légendaire de l’animal aidant! Les oies et les lagopèdes sont des oiseaux délicieux en ragoût ou en bouilli. Ils offrent aussi des œufs durant la saison de reproduction. Plus proche de la mer, j’ai pu assister à la
chasse au béluga cet automne (chasse contrôlée par quottas, ne vous en faites pas, chers amants de la nature sauvage!). Il y a aussi le narval, le morse et, plus communément, le phoque dont les viandes et le gras sont prisés. Les mammifères marins sont difficiles à classer dans la catégorie « viande blanche, viande rouge », j’appellerais ça de la viande noire tellement c’est riche et compact. Pas mauvais.
Ensuite, sur la côte, il est possible de cueillir des moules. Aussi, on peu jeter sa ligne à l’eau pour en retirer des tonnes de poissons, surtout l’omble de l’arctique, un poisson à chair rose de la famille des truites. Délicieux. Mangé cru, congelé, à même le sol, comme à la fête à laquelle j'ai assisté. Le tout riche en protéines animales.
La terre, à la fin de l’été, offre quelques bleuets et autre arpiks comme portion de fruits et de légumes et, côté végétaux, c’est à peu près tout.
Tout ça est disponible, mais ce n’est pas nécessairement gratuit. La chasse et la pêche ne se pratiquent plus au harpon, au filet, en déséquilibre dans un kayak ; les temps changent. Au Nord comme partout, on aime être efficace! On se déplace en engin à moteur, on se protège des agressions des morses traqués dans de gros bateaux, on utilise des armes sophistiquées pour ne pas manquer son coup. Dans le documentaire Arctique de Jean Lemire, le cinéaste mentionne que certains aînés inuit, moins fortunés, ne peuvent plus se permettre de sortir dans la toundra chasser : l’essence, le matériel de chasse et de survie étant hors de prix pour permettre de telles excursions.
Il n’en reste pas moins que cette nourriture du terroire est largement consommée sans non plus être exclusive. Le reste, une très large part de l’apport alimentaire, est vendu par la Coop, le magasin général de la communauté.
La Coop, ça se compare à une petite épicerie où un tout petit comptoir de fruits et de légumes est disposé à côté d’une avenue de produits surgelés et d’une montagne de boîtes de conserve et de produits secs. Des pizzas, des croquettes, des gâteaux, des céréales de couleur, des trucs en panure, des chips, des boissons gazeuses et autant de nouilles en sauce... Une machine à sluch. Une alimentation que l’on pointe du doigt dans les quartiers défavorisés américains. Nunavik, en banlieue d’Atlanta, qui l’eu cru! C’est la globalisation, faut croire; les problèmes de distribution alimentaire au plus faible coût et au meilleur goût sont partout pareil! Les nutritionnistes ne font pas l’éloge de cette alimentation. On commence à en voir les effets sur les populations des 14 villages du Nord : diabète et autres maladies cardiovasculaires sont de plus en plus présents.
Dans ce département, comme ailleurs, des efforts sont faits pour améliorer la qualité de l’alimentation industrialisée. La direction de la santé publique a publié le Guide alimentaire du Nord du Québec. Le Nunavik s'attaque aux gras trans, pouvait-on lire dans la Presse la semaine passée. Émilie Counil y était citée. Elle expliquait que les chefs de village et les administrateurs de la Coop feraient en sorte que moins de produits qui contiennent du gras trans soient disponibles sur les tablettes de l’épicerie monopolistique. Coupe à la source, tu élimineras le problème des gras trans! Hum… cette super déclaration me laisse un étrange goût amer. C’est infantilisant comme situation. On présente un produit et puis on le retire pour le bien de la population, en pointant du doigt une molécule parmi tant d'autres comme source ponctuelle des problèmes alimentaires. Si on est pour limiter l’accès aux pizzas pochettes et autres mets préparés et croustillants, ne devrait-on pas, en appliquant la même logique, de les retirer aussi dans les épiceries du Sud? Ça serait impensable de brimer ainsi les droits les libertés individuels! Quel scandale! Alors pourquoi jouer a la police de la moralité alimentaire ici?
Et puis après, quoi? On va demander aux Inuit de faire attention au cholestérol du gras de leur baleines traditionnelles? D'élever des bélugas transégéniques riches en Omga 3 aussi??




