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jeudi 5 février 2009

Épisode 30 Qu’est-ce que ça mange en hiver?

Les Inuits mangent principalement deux choses : ce qui est fourni par la nature et ce qui est vendu à la Coop.

La nature, bien qu’un petit peu aride, est fort généreuse en viandes de toutes sortes. Évidemment, il y a le caribou, disponible et facile à chasser depuis toujours, la myopie légendaire de l’animal aidant! Les oies et les lagopèdes sont des oiseaux délicieux en ragoût ou en bouilli. Ils offrent aussi des œufs durant la saison de reproduction. Plus proche de la mer, j’ai pu assister à la chasse au béluga cet automne (chasse contrôlée par quottas, ne vous en faites pas, chers amants de la nature sauvage!). Il y a aussi le narval, le morse et, plus communément, le phoque dont les viandes et le gras sont prisés. Les mammifères marins sont difficiles à classer dans la catégorie « viande blanche, viande rouge », j’appellerais ça de la viande noire tellement c’est riche et compact. Pas mauvais.

Ensuite, sur la côte, il est possible de cueillir des moules. Aussi, on peu jeter sa ligne à l’eau pour en retirer des tonnes de poissons, surtout l’omble de l’arctique, un poisson à chair rose de la famille des truites. Délicieux. Mangé cru, congelé, à même le sol, comme à la fête à laquelle j'ai assisté. Le tout riche en protéines animales.

La terre, à la fin de l’été, offre quelques bleuets et autre arpiks comme portion de fruits et de légumes et, côté végétaux, c’est à peu près tout.

Tout ça est disponible, mais ce n’est pas nécessairement gratuit. La chasse et la pêche ne se pratiquent plus au harpon, au filet, en déséquilibre dans un kayak ; les temps changent. Au Nord comme partout, on aime être efficace! On se déplace en engin à moteur, on se protège des agressions des morses traqués dans de gros bateaux, on utilise des armes sophistiquées pour ne pas manquer son coup. Dans le documentaire Arctique de Jean Lemire, le cinéaste mentionne que certains aînés inuit, moins fortunés, ne peuvent plus se permettre de sortir dans la toundra chasser : l’essence, le matériel de chasse et de survie étant hors de prix pour permettre de telles excursions.

Il n’en reste pas moins que cette nourriture du terroire est largement consommée sans non plus être exclusive. Le reste, une très large part de l’apport alimentaire, est vendu par la Coop, le magasin général de la communauté.

La Coop, ça se compare à une petite épicerie où un tout petit comptoir de fruits et de légumes est disposé à côté d’une avenue de produits surgelés et d’une montagne de boîtes de conserve et de produits secs. Des pizzas, des croquettes, des gâteaux, des céréales de couleur, des trucs en panure, des chips, des boissons gazeuses et autant de nouilles en sauce... Une machine à sluch. Une alimentation que l’on pointe du doigt dans les quartiers défavorisés américains. Nunavik, en banlieue d’Atlanta, qui l’eu cru! C’est la globalisation, faut croire; les problèmes de distribution alimentaire au plus faible coût et au meilleur goût sont partout pareil! Les nutritionnistes ne font pas l’éloge de cette alimentation. On commence à en voir les effets sur les populations des 14 villages du Nord : diabète et autres maladies cardiovasculaires sont de plus en plus présents.

Dans ce département, comme ailleurs, des efforts sont faits pour améliorer la qualité de l’alimentation industrialisée. La direction de la santé publique a publié le Guide alimentaire du Nord du Québec. Le Nunavik s'attaque aux gras trans, pouvait-on lire dans la Presse la semaine passée. Émilie Counil y était citée. Elle expliquait que les chefs de village et les administrateurs de la Coop feraient en sorte que moins de produits qui contiennent du gras trans soient disponibles sur les tablettes de l’épicerie monopolistique. Coupe à la source, tu élimineras le problème des gras trans! Hum… cette super déclaration me laisse un étrange goût amer. C’est infantilisant comme situation. On présente un produit et puis on le retire pour le bien de la population, en pointant du doigt une molécule parmi tant d'autres comme source ponctuelle des problèmes alimentaires. Si on est pour limiter l’accès aux pizzas pochettes et autres mets préparés et croustillants, ne devrait-on pas, en appliquant la même logique, de les retirer aussi dans les épiceries du Sud? Ça serait impensable de brimer ainsi les droits les libertés individuels! Quel scandale! Alors pourquoi jouer a la police de la moralité alimentaire ici?

Et puis après, quoi? On va demander aux Inuit de faire attention au cholestérol du gras de leur baleines traditionnelles? D'élever des bélugas transégéniques riches en Omga 3 aussi??

jeudi 29 janvier 2009

Épisode 29 Une bouteille d’huile et une coloc

Tout le monde fait attention à son alimentation.

On le sait, dans notre société, on est individuellement responsable de tout : son poids, son exercice physique, sa santé, ses actions en bourses, sa sexualité, sauver la planète… alouette! Et puis, tout le monde, sur la place publique, est un ange! Tout le monde prend ses responsabilités. Les gros sont au régime, les fumeurs ne parlent que d’écraser et puis les propriétaires de VUS, à les entendre, ne jurent que par le transport en commun.

Donc si je vous dis que je fais attention à mon alimentation, vous allez dire « ben oui, on le sait Marie, c’est d’une évidence!». Puis, vous allez hocher la tête de manière sympathique, me dévisager et analyser toutes les photos où on peut voir mes *discrets* bourrelets.

Mais je fais attention à mon alimentation! Et de manière maladive, je vous le dis!

Pas de friture. Jamais!

Sauf une patate des Belles Sœurs pour accompagner mon végéberguer, une fois de temps en temps. Rue Marianne. Mais, il est végé le burger, c’est ça de gagné, non!?!

Ah… et un rouleau impérial, sur le pouce, en courant devant le Wok du Chef, avenue du Mont-Royal.

Hum… aussi… un petit morceau de gâteau aux carottes des Co’pains d’abord, à l’occasion, les vendredis soirs où je le mérite, après une bonne semaine de gros travail.

Ok, ok, c’est pas 100% Guide alimentaire canadien tout ça, mais pas trop trop loin, quand même! Et puis, ça ne paraît pas tellement, inondé dans tous les petits achats et autres grignotines qu’on attrape en passant.

Au Nord, c’est différent. Je vis d’autant plus une vraie vie de moine qu’il n’y a pas sur mon chemin de boulangerie fancy, de resto thaï ni de snack-bar de quartier aux friteuses industrielles. Tout ce qui entre dans mon alimentation sort de mon garde-manger. TOUT! Et c’est là que j’ai réalisé que même sans faire frire quoique ce soit, même en faisant attention, de l’huile, j’en consomme beaucoup. Je m’étais commandé une grosse bouteille au début de l’année. Je pensais qu’elle me durerait jusqu’en juin. Et puis, à peine les premières semaines de l’année scolaire passée, à peine une vinaigrette ou deux touillées, une petite mayo pour faire la gastronome, presque fini, la bouteille. Et puis une autre. Le même sort. Je fais attention pourtant! Je ne fais pas « igloo, igloo » avec des shooter de Mazola! Je « bois » pourtant tant d’huile que ça?

Même chose avec le café. Il n’y a pas de Tim pour en percoler une tasse le matin. Toute goutte bue provient de ce qui arrive dans la commande d’épicerie. Je me rends compte qu’à raison d’un café par jour, la boîte de conserve, la GROSSE boîte, elle est de courte durée.

ET puis le lait. Et puis le pain. La mayo... Et puis… Et encore…

Mais maintenant, j’ai une coloc. Fiou! C’est tellement libérateur! On s’organise bien, elle et moi : on fait garde-manger et frigo commun. La bouteille d’huile passe encore plus vite, mais maintenant, je ne m’imagine plus que cette huile est entièrement encrassée dans mes haches à tout jamais. Je ne regarde plus la réserve de café baisser à vue d’œil en pensant avoir à me rendre dans un centre de désintox pour caféinomane à la seconde même de mon retour à Montréal.

Toutes les réserves baissent encore plus vite, mais je partage maintenant la responsabilité avec quelqu’un. Mais à travailler comme on travaille… et à s’entraîner comme on s’entraîne (vélo stationnaire et DVD de Pilates aidant, la piscine... des fois!), Audey-Anne et moi, s’alimentons objectivement très bien et sommes aussi en forme que jamais.

Pas si pire que ça finalement, malgré l’impression de surprise et de quantité.

Et puis, si j’avais l’occasion de voir tout le volume d’huile que je consomme au Sud habituellement, de la patate des Belles Sœurs et du gâteau des Co’pains, je pense que je ferais pas mal plus qu’une syncope.

Bon assez de visualisation, j'ai faim. Bon appétit!

jeudi 11 septembre 2008

Épisode 11 Ce que je mange

La question de la semaine dernière, posée par Elaine, a réveillé chez vous, chers lecteurs, une passion intense et une curiosité maladive pour mon alimentation. J’ai reçu des tonnes de courriel me demandant, tour à tour, si je mangeais équilibré, si je mangeais assez et même si je mangeais tout court…

Ne vous en faites pas : les employés de la commission scolaire Kativik mangent! Et ils mangent, en grande partie, la même chose que vous pour la simple et bonne raison qu’ils font leur épicerie à la même place. Ce n’est pas une figure de style, je passe ma commande chez Métro, celui de Valleyfield. Il y a toutefois deux différences notables entre nos manières de faire l’épicerie.

Premièrement, je fais l’épicerie par fax.

C’est simple! Je peux commander tout ce qui se trouve dans le magasin, des produits laitiers, aux fruits et légumes, à la charcuterie en passant par les éternels magasines à côté de la caisse. Mais ça demande un peu de stratégie.

Si je veux un item que je connais, c’est facile : 2 kg de filet de porc ou 3 conserves de thon pâle dans l’eau. Une autre tactique très efficace est de se fier à la circulaire qui nous est livrée à l’école, laissée à vue dans la salle des profs. On a accès aux spéciaux comme tout le monde!

Par contre, ça devient un peu plus compliqué quand l’article que j’ai en tête n’est pas tout à fait précis.

Exemple : « euh… 2kg??? de clémentines » (ça fait vraiment pas beaucoup de clémentines, 2kg)
« recharge de savon à main liquide qui sent bon » (ouache, ils m’ont envoyé un truc au melon d’eau chimique…)
ou
« bonbons emballés individuellement qui sonnent comme « Raison » mais c’est sûrement pas comme ça que ça s’écrit ça n’a pas de bon sens qu’un bonbon s’appelle comme ça…»

C’est vraiment ce que j’ai écrit et, étonnement, j’ai reçu la bonne affaire! Ce qui n’est pas tout le temps le cas : j’ai commandé « 2 boîtes de pop corn micro-ondes sans gras ». J’en ai reçu une, tel qu’indiqué, et une autre, « extra beurre »…

Aussi, si un item est en rupture de stock, ce n’est qu’à la livraison de la commande que j’en suis informée. Dommage si c’est un ingrédient important d’une recette que je prévoyais me concocter!

Deuxième différence, je reçois ma commande par avion, avec un délai de 5 jours.

Encore de la stratégie, si je manque de quelque chose aujourd’hui, la journée de la commande est le dimanche et je ne reçois mes choses que le jeudi. Faut être très organisé.

La commande est emballée à l’épicerie, livrée à l’aéroport dans un camion réfrigéré. De là, elle prend l’avion, réfrigéré lui aussi, et puis de l’aéroport de Quaqtaq, c’est livré jusqu’à chez moi. Si je suis à la maison, c’est tiguidou! Par contre, si je n’y suis pas, c’est laissé devant ma porte. Le problème n’est pas la conservation, de ces temps-ci, il fait aussi froid dehors que dans un réfrigérateur, et bientôt, ça va plutôt être comparable au congélateur. Le problème c’est les chiens du village qui semblent aimer le popcorn.

Mais je ne sais pas s’ils le préfèrent « sans gras » ou « extra beurre »…
; )

La livraison n’est jamais « gratuite les mercredis »… En fait, la livraison coûte très cher, mais une partie est remboursée, à titre d’avantage social, par mon employeur. Pour les petits imprévus, il y a toujours la Coop, le magasin général de la communauté, mais la disponibilité des produits est limitée et les prix exorbitants. 2,12$ la cannette de boisson gazeuse, 4$ le casseau de champignons.

Salut, faut que je pense à ma prochaine campagne militaire de commande de bouffe, mes réserves de café sont un peu trop basses pour une semaine d’enseignement sur tous les fronts!

(Dans un prochain épisode : Ce que les Inuit mangent).