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jeudi 25 juin 2009

Épisode 50 Conclusion “with a twist”

Chers parents, amis et autres lecteurs tombés sur ce blogue par hasard,
salut!

Je m’apprête aujourd’hui à publier pour la dernière fois une chronique nordique sur ce blogue.

Ça fait maintenant un an que je transmets nouvelles, anecdotes, analyses sociales-de-salon et autres petites histoires de ma vie d’enseignante dans le Grand-Nord québécois. Mon aventure est maintenant terminée. J’avais accepté de faire un remplacement de congé de maternité. Catherine, l’enseignante remplacée, est revenue bien en forme à la fin de l’année (elle a occupé les fonctions de prof d’éducation physique à son retour, me laissant la possibilité de terminer l’année scolaire avec les jeunes). Elle reprend son poste en septembre, ce qui est tout à fait légitime. Moi, j’ai rempli mon mandat et j’en suis très fière! J’ai vendu pas mal d’affaires, j’ai remplis quelques boîtes et je me suis présentée à l’aéroport à l’heure indiquée. Exportée au Sud, à la rencontre d’autres aventures dans la diversité des découvertes que j’ai encore à faire.

Cette année a été exceptionnelle!

J’ai vécu des moments bien difficiles : les mariages des amis et les exploits de croissance de leurs enfants auxquels je n’ai assisté qu’à distance, des réflexions existentielles qui m’ont fait pleurer, des réalités que mes élèves ont à affronter qui me paraissaient injustes. Mais ces défis étaient plus que compensés par de très belles rencontres, les petites victoires de l’enseignement, les longs moments de solitude dont j’ai profité et la beauté du paysage dont je me suis enivrée.

Est-ce que j’aurais pu rester au Nord? Bien sûr! Les besoins en enseignants à la Commission scolaire Kativik sont importants. Pour les formalités, j’aurais facilement pu trouver à me placer dans la même école (à dispenser des cours différents) ou dans d’autres villages. De nombreux postes sont laissés vacants à la fin de chaque année scolaire. La vie, par contre, n’est pas QUE stratégie de placement professionnel. La maîtrise en enseignement au secondaire qui me tient à cœur (parce qu’elle me donnera bientôt le VRAI brevet d’enseignante auquel je tiens tant) exige des particularités bien difficiles à mettre ne place dans le contexte nordique. Mes amis, ma famille, le cinéma et les évènements électroniques les plus proches sont bien loin de Quaqtaq. Et puis, pendant que moi je foule la toundra et j’observe mes ados et les autres Inuit dans toutes leurs splendeurs, je sais que mon amoureux m’attend à l’aéroport et que nous avons encore beaucoup d’autres aventures à vivre ensemble, même si, des fois, c’est géographiquement éloigné.

Question rédaction : je suis très contente d’avoir suivi les lignes de conduites que je m’étais édictée au départ sur ce blogue.

  • J’ai blogué toutes les semaines!
  • J’ai illustré mes histoires du mieux que j’ai pu par des photos et autres hyperliens.
  • (une règle que je n’avais pas écrite, mais qui me tenait bien à cœur) je ne me suis pas plaint de la température une seule fois!!
  • Finalement, ce blogue, il a un début et il aura une fin… mais ce n’est pas tout à fait aujourd’hui…

Ne vous méprenez pas, je respecte ma parole au pied de la lettre : personnellement je prends à l’instant ma retraite de la rédaction des chroniques de Aboumrad dans le Nord. Par contre, ce blogue continuera à être mis à jour régulièrement. Je vous ai déjà mentionné que ma petite sœur, photographe de sa profession, est venue me rencontrer à Quaqtaq durant les trois dernières semaines de ma vie nordique. Elle y est encore. Catherine Aboumrad se promène, est rendue dans la baie d’Hudson et prendra la relève visuelle de ce blogue qui sera augmenté d’au moins une de ses belles œuvres à toutes les semaines.

C’est la fin d’Aboumrad dans le Nord, Vive Aboumrad dans le Nord!

Merci beaucoup de votre amitié, aussi virtuelle soit-elle, elle m’a accompagnée toute l’année; elle est palpable, elle est réelle.

Salutations pleines d’émotions de mon salon du Plateau.

Marie Aboumrad,
Biologiste, enseignante et blogueuse en congé, celle qui revient du Nord.

PS Merci Audrey de demander de mes nouvelles pour l’an prochain. Je n’ai pas encore de projet… alors si un directeur d’école secondaire de la région de Montréal se cherche une professeure de sciences engagée, une enseignante « with a twist », passez-moi un coup de courriel!

jeudi 16 avril 2009

Épisode 40 Plaidoyer contre la drogue

Bien évidemment, en tant que bonne enseignante au secondaire, je me positionne contre les abus de drogues de toutes sortes. Le sujet est particulièrement délicat dans le Nunavik où la consommation de drogues légales (dont l’alcool), l’usage de drogues illégales et l’expérimentation d’autres substances dopantes carrément inimaginables sont un vérifiable fléau social.

Pas de drogue donc.

Il faut pourtant l’avouer, si tant de monde en consomme, c’est qu’il y a un certain attrait. L’euphorie promise par beaucoup de substances psychotropes est très alléchante pour un jeune qui broie du noir, pour un adulte qui a un urgent besoin d’évasion ou pour tout autre individu, avec ou sans raison, à la recherche d’expériences physiques intenses.

Il ne suffit pas, un peu comme Oncle Georges, de se borner à dire « Non non, la drogue, c’est pas bon! » La tentation est là, elle existe. Il est donc essentiel, d’après moi, dans les programmes de prévention des toxicomanies, d’offrir des alternatives à la drogue qui soient aussi trippantes.

Et, voilà, j’ai une proposition! Une proposition toute naturelle et relativement simple : il suffit de passer 32 semaines dans le Grand Nord. Puis, en 24 heures, il faut se transformer de Blanche-Neige-de-la-toundra en Cendrillon-du-Bal-en-blanc. Passer de l’isolement total, à fréquenter toujours les mêmes 300 personnes, puis se perdre dans une foule de fêtards de 15 000 jeunes en délire, sur le party. Passer de Quaqtaq au Palais des congrès de Montréal pour un des raves les plus fous en Amérique du Nord.

Wow. Wwwwoooowwww!!!

Ça fait grimper le taux d’adrénaline sanguin à un niveau record, sûrement jugé illicite selon le comité international olympique!

Le cœur bat la chamade. La tête tourne. Impossible de lâcher prise du sourire induit par la proximité de tant de corps et la chaleur des danseurs en folie, d’amis dont on cherche le visage dans la foule et d’autres rencontres fortuites sympathiques.

Le résultat est impressionnant. Le corps humain est une machine trippante!

J’ai dansé, sans broncher, des heures d'affilée. J’ai souri pendant autant de temps. Puis je suis sortie de l’amphithéâtre, je me suis effondrée sur un banc, épuisée. Buzzée : )

Métro Square Victoria, tout à fait à jeun, encore souriante, mais terriblement confuse, je me suis demandée comment j’ai fait pour oublier ainsi le grondement du centre-ville. Comment, en si peu de temps, j’ai pu perdre le souvenir de l’odeur, du goût, du monde, de MA ville qui se réveillait devant mes yeux.

Mais cette ville a plus d’un secret. Si elle est l’hôte du Bal en blanc, elle donne aussi lieu à toutes sortes de voyages beaucoup plus paisibles. Quelques heures plus tard, quelques bouches de métro plus loin, cachée dans une grotte du cinéma Beaubien, j’ai retrouvé par hasard la solitude de la toundra, la beauté de la neige et la sérénité du peuple inuit. Retour inattendu du balancier, tout aussi euphorisant, tout aussi hallucinant.

Le jour avant le lendemain.

L’histoire d’un jeune garçon et de sa grand-mère, Inuit, qui ont à survivre seuls, dans le monde nordique, avant l’arrivée de l’homme blanc. Leçon vie, de sagesse et d’anthropologie inuit que je n’ai même pas à Quaqtaq.

En quelques secondes, je suis de retour dans le Nord, le temps d’un film, avec, comme avantage urbain, de pouvoir quitter la salle noire et marcher au son des mille bruits et autres contingences montréalaises qui m’attendent.

Du 10 au 19 avril, je suis en ville. 10 jours de ces montagnes russes inexplicables dans l’âme humaine.

Après ces émotions, qui a encore besoin de drogue?

jeudi 29 janvier 2009

Épisode 29 Une bouteille d’huile et une coloc

Tout le monde fait attention à son alimentation.

On le sait, dans notre société, on est individuellement responsable de tout : son poids, son exercice physique, sa santé, ses actions en bourses, sa sexualité, sauver la planète… alouette! Et puis, tout le monde, sur la place publique, est un ange! Tout le monde prend ses responsabilités. Les gros sont au régime, les fumeurs ne parlent que d’écraser et puis les propriétaires de VUS, à les entendre, ne jurent que par le transport en commun.

Donc si je vous dis que je fais attention à mon alimentation, vous allez dire « ben oui, on le sait Marie, c’est d’une évidence!». Puis, vous allez hocher la tête de manière sympathique, me dévisager et analyser toutes les photos où on peut voir mes *discrets* bourrelets.

Mais je fais attention à mon alimentation! Et de manière maladive, je vous le dis!

Pas de friture. Jamais!

Sauf une patate des Belles Sœurs pour accompagner mon végéberguer, une fois de temps en temps. Rue Marianne. Mais, il est végé le burger, c’est ça de gagné, non!?!

Ah… et un rouleau impérial, sur le pouce, en courant devant le Wok du Chef, avenue du Mont-Royal.

Hum… aussi… un petit morceau de gâteau aux carottes des Co’pains d’abord, à l’occasion, les vendredis soirs où je le mérite, après une bonne semaine de gros travail.

Ok, ok, c’est pas 100% Guide alimentaire canadien tout ça, mais pas trop trop loin, quand même! Et puis, ça ne paraît pas tellement, inondé dans tous les petits achats et autres grignotines qu’on attrape en passant.

Au Nord, c’est différent. Je vis d’autant plus une vraie vie de moine qu’il n’y a pas sur mon chemin de boulangerie fancy, de resto thaï ni de snack-bar de quartier aux friteuses industrielles. Tout ce qui entre dans mon alimentation sort de mon garde-manger. TOUT! Et c’est là que j’ai réalisé que même sans faire frire quoique ce soit, même en faisant attention, de l’huile, j’en consomme beaucoup. Je m’étais commandé une grosse bouteille au début de l’année. Je pensais qu’elle me durerait jusqu’en juin. Et puis, à peine les premières semaines de l’année scolaire passée, à peine une vinaigrette ou deux touillées, une petite mayo pour faire la gastronome, presque fini, la bouteille. Et puis une autre. Le même sort. Je fais attention pourtant! Je ne fais pas « igloo, igloo » avec des shooter de Mazola! Je « bois » pourtant tant d’huile que ça?

Même chose avec le café. Il n’y a pas de Tim pour en percoler une tasse le matin. Toute goutte bue provient de ce qui arrive dans la commande d’épicerie. Je me rends compte qu’à raison d’un café par jour, la boîte de conserve, la GROSSE boîte, elle est de courte durée.

ET puis le lait. Et puis le pain. La mayo... Et puis… Et encore…

Mais maintenant, j’ai une coloc. Fiou! C’est tellement libérateur! On s’organise bien, elle et moi : on fait garde-manger et frigo commun. La bouteille d’huile passe encore plus vite, mais maintenant, je ne m’imagine plus que cette huile est entièrement encrassée dans mes haches à tout jamais. Je ne regarde plus la réserve de café baisser à vue d’œil en pensant avoir à me rendre dans un centre de désintox pour caféinomane à la seconde même de mon retour à Montréal.

Toutes les réserves baissent encore plus vite, mais je partage maintenant la responsabilité avec quelqu’un. Mais à travailler comme on travaille… et à s’entraîner comme on s’entraîne (vélo stationnaire et DVD de Pilates aidant, la piscine... des fois!), Audey-Anne et moi, s’alimentons objectivement très bien et sommes aussi en forme que jamais.

Pas si pire que ça finalement, malgré l’impression de surprise et de quantité.

Et puis, si j’avais l’occasion de voir tout le volume d’huile que je consomme au Sud habituellement, de la patate des Belles Sœurs et du gâteau des Co’pains, je pense que je ferais pas mal plus qu’une syncope.

Bon assez de visualisation, j'ai faim. Bon appétit!

jeudi 8 janvier 2009

Épisode 26 La chasse-galerie

On connaît la légende.

Le diable propose un tour de canot volant aux ouvriers isolés pour leur permettre de passer les fêtes dans leur village tant aimé. Si l’un d’entre eux maque le bateau, après la fête terminée, tous périront brûlés, ignorés pour l’éternité. Et, bien évidemment, dans le conte, c’est exactement ce qui est arrivé!

De grand froid au grand feu… Pas trippant de finir en guimauve carbonisée pour ne pas avoir été à son affaire. Pas toujours évident non plus de se rembarquer dans la routine en région éloignée après des vacances auprès des siens. Mais la morale est intéressante : quand t’acceptes un contrat d’un an, faut faire l’année au complet.

Mon histoire à moi ne finira pas dans une chanson épique à la conclusion tragique : le voyage de retour à Quaqtaq n’a pas été aussi pénible que celui de l’histoire des bûcherons. Personne n’a manqué le bateau. Au contraire, on a eu l’occasion de rencontrer en vol deux nouveaux membres de notre équipe-école, Joseph le prof d’éducation physique et Audrey-Anne, prof de 3e année au primaire, qui est aussi ma nouvelle coloc.

Jusqu’à un certain point, pendant le long déplacement du Sud au Nord du Québec, j’étais heureuse, un peu soulagée, de m’en retourner « chez-moi ». Un chez-moi temporaire, mon environnement zen de travail, d’entraînement, d’études. Je ne pense pas m’installer à long terme au Nord. J’ai trop à faire, à observer, à comprendre, à aimer, dans mon patelin d’origine. Mais j’apprécie beaucoup ce cadeau d’une année dans la toundra, à apprécier la culture inuit et à m’isoler de tout le reste, le temps de souffler un peu. La crise économique : c’est dans un autre univers. Gaza? Les horreurs ne s’entendent pas 25 fois par jour à la radio dans l’auto… Pas d’auto. Pas de radio non plus d’ailleurs.

La deuxième portion de l’année scolaire, celle qui va de Noël jusqu’à Pâques, est donc entamée et la vie continue.

Le père gravement malade d’une de mes élèves va beaucoup mieux.
Le bedon rond d’une autre commence à montrer des signes d’une grossesse devenue difficile à cacher.
Le cours de sciences avec mes secondaires 3-4-5 doit commencer à rouler un peu plus pour que tous soient prêts pour l’examen de la commission scolaire en février.
Le projet de vidéo avec les secondaires 1 et 2 devrait être mis en branle sous peu.
Partir à l’école le matin, seule, dans le noir, triste de ne plus me faire escorter par le chien borgne du voisin qui semble avoir disparu dans la nature.
Pester contre les élèves retardataires.
Jouer à la police des cigarettes. Grrrrr…
Contrebalancer la rudesse de certains jeunes par autant de patience.

Une année scolaire quoi... à la fois comme dans toutes les écoles et comme nulle part ailleurs.

J’ai donc repris la barque à temps, sans que le maître de la classe-gallérie ne me transforme en citrouille grillée. Question que le diable ne s’emporte pas (en me chargeant des frais épouvantables en excédant de bagage), j’ai même laissé mes nouvelles bottes brunes à la maison, (celle de Montréal), et j’ai repris dès l’atterrissage à la maison (de Quaqtaq) mes Sorel noires. Hum… C’est bien parce que je suis raisonnable… Parce j’aurais pu me permettre cette petite coquetterie. Allez, j’aurai tout le temps de les user à mon retour pour la relâche du printemps, à déambuler de café en café sur Mont-Royal avec Elaine à reprendre des nouvelles du monde entier. Pour l’instant, je profite du confort, celui de la chaleur avant la mode. Celui où je ne me sens pas coupable de ne pas regarder le Téléjournal parce que rien de ce qui est dit ne concerne directement notre petit îlot de vie. Un confort tout relatif, nombriliste assumé, que j’apprécie beaucoup… le temps de vivre une aventure toute simple, qui n’entrera certainement pas dans légende parce que les canots volants, ceux d’Air Inuit, sont loin d’être diaboliques.

Bonne année!

jeudi 30 octobre 2008

Épisode 18 Auberge chez Marie, généralement vide.

Information : dans les villages nordiques, la disponibilité des logements est fort limitée. Rien à voir avec « la pénurie » de logements que l’on connaît à Montréal. Construire ici, avec le transport de matériaux et la main d’oeuvre, c’est beaucoup, beaucoup d’argent! L’offre de location est limitée au strict minimum, gérée presque exclusivement par les conseils autochtones locaux. Chez les Inuit, on parle de familles entières, souvent plusieurs générations de familles, dans des maisons, des maisons sans sous-sols (on se souviendra de la chronique où je jasais de fondations!). Dans ces circonstances, la commission scolaire n’est pas responsable d’un parc immobilier à tout casser non plus. On rationalise l’utilisation des habitations, et c’est tout à fait normal!

Rappelons les faits : quand je suis arrivée à Quataq, le 15 août, j’avais une coloc et il restait un dernier logement libre pour un prof encore à embaucher. 72 heures plus tard, on a réaménagé les tâches de manière à fonctionner avec un homme en moins à l’école. Aussitôt, ma coloc a demandé d’emménager dans le logement rendu vacant. Je restais donc seule locataire de la grande maison (1200pieds carrés, 2 grandes chambres à coucher) en attendant l’embauche d’un prof supplémentaire prévu pour janvier (une collègue sera alors en congé de maternité). Cette nouvelle personne sera mon coloc par défaut.

Tout un pari : je ne sais pas avec qui j’habiterai en janvier… mais d’ici là je suis seule locataire de d'une grande maison meublée! OK, j’ai un canapé qui gagnerait à être rembourré, une fenêtre cassée, et une pompe à eau archi bruyante, mais, dans l’univers nordique, une maison toute seule, c’est un luxe sans nom!

Depuis le début de l’année scolaire, à une quelques secondes d’exception près, je barre ma porte le vendredi soir et je ne la débarre que le lundi matin pour retourner au travail.

Toute seule, toute seule, toute seule… Et j’apprécie!

J’apprécie parce que c’est spécial, jamais je n’ai passé autant de temps entièrement laissée à moi-même. Danser partout dans la maison. Passer des heures avec un masque de « anit-ride/super-collagène/ça sert à rien/mais ça fait du bien » dans la figure. Faire n’importe quoi dans ma maison plus vide qu’un décor IKEA, sans qu’âme qui vive ne soit au courant, c’est très, très euphorisant!!

J’apprécie aussi parce que je ne m’ennuie pas ici, toute seule : j’ai beaucoup à faire! En plus de ma correspondance abondante, mon vélo d’intérieur sur lequel je lis des magasines de qualité discutable et du métier d’enseignante qui est très envahissant, je suis étudiante à la maîtrise en enseignement de l’UdeS. Je vous imagine froncer les sourcils, chers lecteurs; l’Université de Sherbrooke, c’est loin de la baie d’Ungava! Bien sûr! Mais ledit programme se fait par téléapprentissage. Ça m’occupe, ça me prend du temps, ça remplit mes fins de semaines : parce que je m’applique dans mes études et aussi parce que ma connexion internet est très ente!

J’apprécie parce que je sais que cette situation est temporaire. De retour au Sud, de retour à ma vie habituelle, avec la famille, le conjoint, les amis, le cinéma (le cinéma!), les commerces, la ville quoi… Ne passer que 2 heures toute seule sur le Plateau Mot-Royal relève de l’exploit surréaliste!

Et j’apprécie d’autant ma solitude qu’elle est quelques fois ponctuée de visite. Je reçois un appel, un courriel : une personne s’en vient au village et il ne reste plus de place dans le seul hôtel de Quaqtaq. Un hôtel… c’est vite dit! Une étoile, l’établissement! Quelques lits, une salle de bain commune, une cuisinette pour se faire minimalement à manger. Quand il n’y a plus de place, on me demande de loger des conseillers pédagogiques venus nous rendre visite. Jusqu’à présent, j’ai reçu Nicolas et Pascal (Allo!) et une infirmière de passage… Quelques jours à jouer les aubergistes, à partager ma grande maison, à faire à manger pour deux, à faire en sorte que la chambre d’ami serve, ça me fait plaisir!

Pour l’instant, en fait presque tout le temps! j’affiche « vacancy ». Si vous passez dans le coin, n’oubliez pas de réserver la seule chambre disponible à l’Auberge chez Marie. Ça ne se compare pas aux complexes hôteliers de Las Vegas ni aux beaux B&B champêtres de l’Estrie. En fait, c’est pas beaucoup plus chic qu’une chambre d’auberge de jeunesse en Europe de l’Est, mais il y a une vue sur la mer! Pas mal du tout!!

jeudi 2 octobre 2008

Épisode 14 La question de l’eau

Mon ami Jonathan (en remplacement de mon ami Frank) a eu à enseigner cette semaine le pergélisol aux élèves d’une école secondaire de St-Hubert. Excellent! Je suis contente que cette notion géographique soit à l’étude! Ce sol représente une superficie importance du Canada dont il faut tenir compte pour avoir une bonne appréciation du territoire. C’est aussi un enjeu de taille dans le réchauffement climatique : la fonte du pergélisol libère une immense quantité de méthane, un gaz à effet de serre dangereux. Il y a beaucoup à lire sur le sujet. Mais, dans les manuels scolaires et sur l’internet, on parle peu DU problème associé à la vie moderne sur le sol gelé en permanence. Alors, dites-moi, chers lecteurs, quel est le VÉRITABLE problème à vouloir vivre confortablement sur le pergélisol?

a) On ne peut pas faire pousser une haie de cèdres autour de sa piscine creusée.

b) Comme on ne construit pas de fondation pour les maisons, il est impossible d’avoir une cave à vin dans la cave, parce qu’il n’y a pas de cave.

c) Personne n’a accès à un puits artésien ni n’a de fosse septique (les deux seraient tout le temps gelé!).

Bon, bien sûr, toutes ses réponses sont bonnes; le confort ici ne se compare pas à la vie dans un du bungalow de Brossard. Mais la pire des situations d’après moi, celle dont on ne parle jamais, c’est l’absence de canalisation sous-terraines dans les villages nordiques.

Pas d’entrée d’eau courante par le sol, pas de sortie des eaux usées cachée.

A-t-on l’eau courante? Dans la maison : oui. Chaque maison est munie d’un gros réservoir d’eau potable qui circule à l’aide d’une pompe électrique. Chaque maison est aussi munie d’un gros réservoir des eaux usées, une espèce de fosse septique intérieure. Chaque jour, un camion-citerne vient remplir le premier réservoir à partir de la station de traitement d’un lac propre du coin. Chaque jour, un (autre!) camion-citerne vient vider le second réservoir pour conduire son contenu à la station d’épuration sur le bord de la mer. Mais ces opérations ne sont pas simultanées. Alors si le premier réservoir est vide : on manque d’eau. Si le deuxième réservoir est plein, l’eau est coupée dans la maison pour ne pas avoir de refoulement. Est-ce que ces réservoirs sont gigantesques? Non. Faut faire attention à l’utilisation de l’eau, à chaque seconde, à chaque goutte.

La vaisselle : on remplit un évier et on essaye de faire toute la vaisselle de la journée avec. On réchauffe un peu au besoin.
La douche : on se mouille. On ferme l’eau. On se savonne. On rouvre les robinets et on se rince. Possible de se laver (corps et cheveux longs) avec moins de 10L en faisant attention, revitalisant sans rinçage aidant! Douche aux deux jours si possible. (Il y a une autre raison pour la douche aux deux jours, j’en reparlerai dans une autre chronique).
La lessive : au minimum. Pas de brassée pour un morceau de linge tout seul.
Le lave-vaisselle : on n’y pense même pas… quoique mon ami Sunshine à Kuujjuaq en a un petit!

La toilette : la toilette… Ah, la toilette! Certaines maisons ont des toilettes conventionnelles, très grandes consommatrices d’eau. Ma maison est munie d’une toilette super simple, mais dont la technologie gagne à être connue. Ça ressemble à une toilette d’avion sans réservoir avec la possibilité d’utiliser la quantité d’eau voulue selon les besoins du moment. Efficace. (Envoyez-moi un courriel pour plus de détails sur le fonctionnement de ma toilette, mais je sais que certaines personnes ne trouvent pas ça chic de parler toilette dans un blogue bien : )

Le dimanche? Pas de livraison d’eau.
En cas de tempête de neige majeure? Pas de livraison d’eau.
En cas de panne de courant? Pas de pression dans la tuyauterie intérieure, donc pas d’eau…
À l’école? Aussi le système de réservoirs d’eau propre et d’eaux usées! Dans tous les bâtiments, ça fonctionne comme ça.

L’eau devient une préoccupation constante. Pas angoissante, pas désagréable une fois les habitudes implantées, mais une préoccupation constante tout de même.

Et oui, quand le camion de « sewage » passe, ça pue!
Est-ce qu'on nous apprend ça à l'école?

jeudi 25 septembre 2008

Épisode 13 Autocritique


Pour une fille qui est isolée dans la toundra, retranchée dans une communauté inuit, qui partage le quotidien d’un peuple autochtone de l’extrême et du froid, je trouve que je ne parle pas beaucoup d’eux. Pas de déclarations pseudo-anthropologiques de carte postale. Pas de photo d’Agaguk ni de son ours polaire. Dommage, ça fait généralement jaser autour de la machine à café… Mais à ma propre critique, je me réponds deux choses.

1) Je ne connais pas encore beaucoup le monde inuit :
je ne m’impose pas dans la vie de la communauté.

Tout le monde sait que les enseignants vont et viennent dans l’école et dans les villages nordiques à la vitesse d’une aurore boréale.

Certains ne terminent même pas le premier mois d’école. Le choc culturel est trop grand. La distance entre Quaqtaq et le plus proche MacDo-TimHorton-cinéma-feu de circulation est trop étourdissante. La vision de l’éducation au Nord est trop étrangère à la leur.

La majorité des enseignants ne revient pas après un an; l’appel du Sud, des amis, de la famille, d’une carrière plus « convenue » étant puissant.

Certains restent quelques années. Dans l’école où j’enseigne, l’enseignante aalunak (un mot inuktitut qui veut dire « qui n’est pas inuit ») qui est ici depuis le plus longtemps est arrivée il y a 4 ans… Seulement.

Pendant ce temps, et depuis bien avant, tous les autres profs sont venus habiter ici et sont repartis ailleurs. Les jeunes se sont attachés puis écorchés. Jusqu’à preuve du contraire, je fais aussi partie de ceux qui vont refaire leurs boîtes bientôt : je ne fais qu’un remplacement de congé de maternité d’un an, je ne sais pas encore ce qu’il y aura après!

J’ai au moins passé le cap du premier mois… et de la première neige! Mais je reste à l’écart, polie. Je fais bien mon travail; j'apprends des ados, des enfants. J’observe. J’évite de passer pour celle qui veut profiter de l’expérience nordique à tout prix, envers et contre le désir d’être invitée.

N’allez pas croire que je suis malheureuse, bien au contraire! Je suis très bien accueillie dans l’espace public, tout à fait intérgrée dans l'école, mais je ne m’impose pas dans le privé.

2) Je ne sais pas ce qui est « inuit » et ce qui est « juste relatif à l’isolement ».

C’est bête à dire, mais, en bonne plateausarde, je ne sais pas ce qui relève de la culture inuit de ce qui est purement un comportement de vie de village. Je n’ai jamais été entourée de si peu de monde!! Un exemple marquant : il y a un mythe qui dit que les Inuit ne savent pas vivre une peine d’amour. Est ce que c’est inuit ça ou est-ce que c’est juste le fait d’habiter dans une communauté où tout le monde est un peu ta sœur, ton cousin germain, ta tante, l’ex de ton frère ou une ennemie de longue date… Dans un si petit bassin de population, moi aussi je capoterais si j’étais en amour et puis que mon chum cassait après un certain temps! Hey, il va être tout le temps dans mon champ de vision! Et puis où trouver un autre prétendant?? Inuit ou pas, à être dans cette situation, je capoterais, c’est sûr!

Donc, il y a des choses qui me surprennent, mais qui ne sont pas inuit pour autant. Je vais sûrement bloguer à cet effet, mais au moins, si je prends le temps d’y penser, je vais nommer les choses correctement. Pour pas faire du blogue d’anthropologue de salon… ou du jugement de valeurs puériles. Et ça, ça peut prendre du temps.

Mais pas trop de temps, j’espère. De mon aventure, celle pour laquelle j’ai signé un contrat, 1/10 est déjà terminée… Ouff, Le temps passe vite!! Mathieu, depuis 1 an en Australie, me l’a confirmé hier… on "chattait", tout bonnement, des deux extrémités de la Terre. Impressionnant quand même! Salut Mathieu, on s’appelle et on dîne… quand on sera dans le même bout de la planète!?

jeudi 11 septembre 2008

Épisode 11 Ce que je mange

La question de la semaine dernière, posée par Elaine, a réveillé chez vous, chers lecteurs, une passion intense et une curiosité maladive pour mon alimentation. J’ai reçu des tonnes de courriel me demandant, tour à tour, si je mangeais équilibré, si je mangeais assez et même si je mangeais tout court…

Ne vous en faites pas : les employés de la commission scolaire Kativik mangent! Et ils mangent, en grande partie, la même chose que vous pour la simple et bonne raison qu’ils font leur épicerie à la même place. Ce n’est pas une figure de style, je passe ma commande chez Métro, celui de Valleyfield. Il y a toutefois deux différences notables entre nos manières de faire l’épicerie.

Premièrement, je fais l’épicerie par fax.

C’est simple! Je peux commander tout ce qui se trouve dans le magasin, des produits laitiers, aux fruits et légumes, à la charcuterie en passant par les éternels magasines à côté de la caisse. Mais ça demande un peu de stratégie.

Si je veux un item que je connais, c’est facile : 2 kg de filet de porc ou 3 conserves de thon pâle dans l’eau. Une autre tactique très efficace est de se fier à la circulaire qui nous est livrée à l’école, laissée à vue dans la salle des profs. On a accès aux spéciaux comme tout le monde!

Par contre, ça devient un peu plus compliqué quand l’article que j’ai en tête n’est pas tout à fait précis.

Exemple : « euh… 2kg??? de clémentines » (ça fait vraiment pas beaucoup de clémentines, 2kg)
« recharge de savon à main liquide qui sent bon » (ouache, ils m’ont envoyé un truc au melon d’eau chimique…)
ou
« bonbons emballés individuellement qui sonnent comme « Raison » mais c’est sûrement pas comme ça que ça s’écrit ça n’a pas de bon sens qu’un bonbon s’appelle comme ça…»

C’est vraiment ce que j’ai écrit et, étonnement, j’ai reçu la bonne affaire! Ce qui n’est pas tout le temps le cas : j’ai commandé « 2 boîtes de pop corn micro-ondes sans gras ». J’en ai reçu une, tel qu’indiqué, et une autre, « extra beurre »…

Aussi, si un item est en rupture de stock, ce n’est qu’à la livraison de la commande que j’en suis informée. Dommage si c’est un ingrédient important d’une recette que je prévoyais me concocter!

Deuxième différence, je reçois ma commande par avion, avec un délai de 5 jours.

Encore de la stratégie, si je manque de quelque chose aujourd’hui, la journée de la commande est le dimanche et je ne reçois mes choses que le jeudi. Faut être très organisé.

La commande est emballée à l’épicerie, livrée à l’aéroport dans un camion réfrigéré. De là, elle prend l’avion, réfrigéré lui aussi, et puis de l’aéroport de Quaqtaq, c’est livré jusqu’à chez moi. Si je suis à la maison, c’est tiguidou! Par contre, si je n’y suis pas, c’est laissé devant ma porte. Le problème n’est pas la conservation, de ces temps-ci, il fait aussi froid dehors que dans un réfrigérateur, et bientôt, ça va plutôt être comparable au congélateur. Le problème c’est les chiens du village qui semblent aimer le popcorn.

Mais je ne sais pas s’ils le préfèrent « sans gras » ou « extra beurre »…
; )

La livraison n’est jamais « gratuite les mercredis »… En fait, la livraison coûte très cher, mais une partie est remboursée, à titre d’avantage social, par mon employeur. Pour les petits imprévus, il y a toujours la Coop, le magasin général de la communauté, mais la disponibilité des produits est limitée et les prix exorbitants. 2,12$ la cannette de boisson gazeuse, 4$ le casseau de champignons.

Salut, faut que je pense à ma prochaine campagne militaire de commande de bouffe, mes réserves de café sont un peu trop basses pour une semaine d’enseignement sur tous les fronts!

(Dans un prochain épisode : Ce que les Inuit mangent).

jeudi 31 juillet 2008

Épisode 5 Avant le départ : overdose de cinéma!

« Les étrangers qui montent dans le Nord braillent deux fois :
une première fois quand ils arrivent et une deuxième fois quand ils quittent. »

Ce n’est pas un dicton inuit. C’est un proverbe Ch’tis, du film. Le Nord dont il est question, c'est le Nord de la France...

C’est quand même pas mal la même chose pour l’Arctique. On pleure en arrivant. Tout le monde le dit. L’acclimatation est difficile. Je m’y attends, je m’y prépare : je lis beaucoup, des choses sur le Nord, sur l’enseignement.

Comment me préparer à me passer du cinéma? J'essaye d'en faire une overdose cet été pour être rassasiée avant de partir. La gentille fille aux drôles de lunettes du Cinéma du Parc va me manquer! Acheter les billets au guichet extérieur du cinéma Beaubien aussi!

Par contre, une année pas d’auto, pas de changer l’auto de bord de rue, pas de pelleter l’auto dans le banc de neige, pas de collision avec un troupeau d’autobus scolaire (ouais, bon… ça m’est arrivé, passons), pas de trouver du stationnement… tout ça : ça ne me manquera pas!

Pour tout le reste, il y a MasterCard,
acceptée dans tous les bons sites internet de commandes postales.

Mais, j'y pense, une fois en DVD, un film, ça s'envoie bien par la poste... hummm, il n'est peut-être pas nécessaire d'envisager un sevrage complet... ; )