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jeudi 11 juin 2009

Épisode 48 Faut pas vendre la peau de l’ours (polaire) avant de l’avoir tué

C’est la saison de la chasse à l’oie, de la fonte de la neige et des finales de la coupe Stanley. Dans le calendrier scolaire, c’est surtout l’époque des évaluations qui retient l’attention. À Quaqtaq comme à Tombouctou, les examens annoncent la fin de l’année.

Je m’apprêtais, cette semaine, à faire une première conclusion de mon aventure au Nord quand, de manière complètement étourdissante, je me rends compte que je ne suis pas à au bout des surprises. Dans notre village de 350 âmes isolées dans le fin fond de la toundra, je suis (encore une fois) renversée! Tout est fascinant. Dimitri a raison : je voulais parler des forces de l’ordre en terre nordique, je n’ai pas encore abordé la question. Je n’ai pas su parler de la problématique du suicide. Je vous ai au moins parlé de la radio et, justement lundi, j’y ai compris que le soir même il y a eu au centre communautaire (qui est aussi le gymnase de l’école) un lancement de livre. Rien de moins. Ici à Quaqtaq.

Toute la journée, il n’a été question que de cet évènement. « Père Dion s’en vient. » « Père Dion vient nous rendre visite. » « Il vient avec mon ancien professeur de français qui a écrit sa vie dans un livre! ». On se rassemblait pour recevoir cet invité de marque, avec comme prétexte de présenter la version anglophone du livre de Raymonde Haché, la biographie du Père Dion, 50 ans au-dessous de zéro.

Père Dion est dans le Nord depuis des décennies. Il a passé 9 ans à Quaqtaq même, dans les années 60. Petit, vieux mais sans âge, s’adressant à l’assemblée dans un Inuktitut fluide, Père Dion a été accueilli avec beaucoup d’amour. Il a pris la parole, l'auteure, Mme Haché, et une autre ancienne enseignante de Quaqtaq aussi. On les a écoutés. Ceux qui les ont connus; leurs enfants et leurs petits-enfants avec eux. Puis, on a invité les personnes présentes à leur poser des questions.

Et c’est là que j’ai été soulevée de ma chaise. Non seulement parce que je suis spontanément allée prendre dans mes bras le bébé d’une jeune maman qui avait deux autres bambins à s’occuper, mais surtout parce que ce dont il a été question pendant deux heures était hors de ce que j’aurais pu imaginer. Alors que dans mon village, le Quaqtaq que je connais, personne ne marche entre deux maisons (faut absolument un engin à moteur! Scooter, Honda, Skidoo…), alors que mes élèves ne savent pas les rudiments de la construction d’un inukshuk, alors qu’on ne fait que parler habituellement de problèmes de la modernité, on a passé la soirée à parler d’un autre monde, il y a quelques années à peine. Le Père Dion a raconté qu’il devait tasser les chiens qui bloquaient les entrées des igloos pour aller visiter les familles du coin. On a parlé des bonbons qui étaient donnés à la fin de la messe catholique (et qui attirait les enfants, plus qu’à la mission protestante!). Et surtout : on a conté tous les souvenirs collectifs de l’extraordinaire sirop contre la toux qui semblait être très apprécié, autant pour ses vertus médicinales que pour son bon goût! Quelle merveille que ce sirop.

J’ai vu tous les aînés du village, des vieillards, fin-soixantaine tout au plus, qui sont nés dans l’univers de neige, avant que le village de maisons n’existe tel qu’on le connaît maintenant. Ils se sont succédé au micro pour remercier Père Dion de les avoir laissé jouer, enfants, à la mission catholique (alors, la plus grande habitation du village). Ils ont posé des questions; ils ont surtout conté des souvenirs. Moments magiques, heureusement traduits de manière à ce que les autres, les profs qui se font souvent rabrouer, les missionnaires qui se font reprocher la sévérité, les infirmières qui ne sont qu’à moitié écoutées, tous ceux-là, ont aussi senti l’importance que nous avons dans l’âme du village, malgré toute la confusion entre tradition et modernité. La très grande majorité d’entre nous n’auront jamais le quart de la moitié de l’influence de Père Dion, mais nous laissons notre trace. De la même manière, nos élèves et nos patients laissent la leur dans nos histoires.

***

- Monique Payette?? Marie, tu es la fille de Monique Payette, l’infirmière? Pourquoi ne l’as-tu as dit avant?

- Ben… J’étais gênée. Peut-être que vous vous en vous en souvenez pas, de ma mère qui a fait le tour des villages du Nord au début des années 1970 pour recenser la tuberculose. Ça prenait les histoires de l’ancien temps du Père Dion pour me convaincre de lui montrer les photos sur lesquelles il est posé; de vous les montrer aussi, mais vous, je ne serais pas capable de vous identifier, il n’y a que des visages d’enfants emmitouflés dans de la fourrure sur les photos!

- Et tu as les photos de ta mère? Wow! C’est mon oncle sur celle-ci! Il est décédé maintenant, mais que je suis contente de le revoir! Je ne pensais pas qu’il avait été pris en photo de sa vie! Et ça, c’est Pasha!! Et sur celle-là, c’est nous! Tu lui diras à ta mère, Monique Payette, qu’elle et toi, Marie, vous serez toujours les bienvenues à Quaqtaq. »

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Mon aventure n’est pas terminée. Et elle est incroyablement tissée à cette soirée de souvenirs, qui pour moi, rappelle les soirées à parler à Maman de l’hôpital de Fort Chimo (maintenant Kuujjuaq), du Soleil de minuit et des évacuations de malades dans les blizzards du Nord-du-Québec.

Tant que je ne serais pas dans l’avion pour redescendre dans le Sud, je ne pourrai pas conclure mon aventure.

Et encore…

jeudi 4 septembre 2008

Épisode 10 Évènement historique, blessures véridiques

Cette semaine, j’ai promis à Elaine de répondre à la question « peux-tu bien me dire ce que tu manges? » et à Laurise de parler de perspective d’emploi chez les jeunes inuit… Je vais traiter de ces sujets très importants… une autre fois! Pour l’instant, l’actualité de la communauté et mon intérêt personnel dans l’observation des faits sociaux m’obligent à vous conter ce dont j’ai été témoin cette semaine.

Il faut savoir que je suis trop jeune pour avoir connu les grands chantiers de construction, les projets de développement qui ont transformé le paysage montréalais. L’autoroute 40, Place-Ville Marie, Terre des Hommes, les installations olympiques… J’adore en entendre parler, mais je n’en ai jamais senti l’excitation, l’attrait de la nouveauté, l’énervement de la première visite! Puis, tranquillement, le passage à la normalité : les structures gigantesques deviennent tout à fait banales dans le décor, comme si elles avaient toujours été là. J’ai toujours été fascinée par cette expérience architecturale que je n’ai jamais vraiment vécue.

Et bien, j’ai eu ce privilège à Quaqtaq cette semaine : on a asphalté une rue! Chers lecteurs, j’ai vécu une expérience digne de l’érection de la tour du stade, j’en suis certaine!

Quand je suis arrivée dans cette communauté, les quelques routes n’étaient que de gravelle. Le parc automobile compte, approximativement, pour les 300 résidents, une cinquantaine de pick-up et autres camions de service, beaucoup plus encore de « 4-roues-tous-terrains-machin » (qu’on appelle ici simplement des Honda) et tout plein de scooters conduits par les ados. Les routes de gravelles semblaient permettre à ces beaux bolides là de circuler dans les rues de la communauté. Bon, pas tout à fait moderne la gravelle, c’est vrai, mais je ne me suis pas arrêtée à l’étude de la chaussée; il y avait tellement d’autres détails qui me semblaient si particuliers au Nord (je vais, éventuellement, vous parler de ma toilette dans une prochaine chronique!).

Par contre, dès mes premiers jours ici, j’ai bien vu qu’on tapait la voie, qu’on la recouvrait de camions pleins de petites roches venues de l’autre bout du village et, un beau matin, la machine à asphalter la rue s’est mise à cracher son goudron noir. La fête dans l’école : impossible de retenir les jeunes à la récréation. Je n’avais jamais vu un chantier d'aussi bonne d’humeur, si loin des normes de la CSST sans pourtant qu’un seul incident soit signalé! Pendant les périodes de l’après-midi, le taux d’absentéisme était inquiétant chez les élèves du secondaire. Toute la journée, ça a été la fête dans la rue!

Toute la nuit aussi; les enfants ont paradé avec leurs rollers blades (qu’ils utilisaient jusqu’alors lors de leurs voyages « au Sud »), leurs vélos, leurs trottinettes, leurs souliers de courses à roulettes et tout plein de bâtons fluorescents lumineux. Cette ribambelle roulante était entrecoupée de scooters et de Hondas, décorés de lumières de Noël et de toutes sortes de guirlandes. Cette parade a duré longtemps! Des « vroum vroum » de moteurs jusqu’au petit matin. Je le sais, tout ce beau monde-là faisait demi-tour devant ma maison…

J’habite la maison verte à côté de la piscine. Maintenant, je dois plutôt la décrire comme étant la maison où l’asphalte se termine! Après 400m. de pavé (j’ai « photoshopé » le tronçon asphalté sur l'image Google Maps), le chantier s’est arrêté devant ma maison. Je ne sais pas trop pourquoi. Je suis une blogueuse, pas une journaliste d’enquête quand même!! Manque de matériel? Problème de machinerie? Chose certaine, sur les 4km de routes asphaltées dont on m’a parlé, il n’y en a à peine 10% complété. Si c’est pour être terminé cette année, il faut faire vite : dans un mois, un mois et demi au maximum, la route, asphaltée ou pas, sera recouverte de neige.

Mais déjà, la fête s’est calmée; c’est devenu tout à fait normal que la rue soit asphaltée. Mes élèves, à qui j’ai posé la question mercredi après-midi, m’ont même dit que ce n’était pas une bonne idée, l’asphalte à Quaqtaq : quand il y a des accidents, ça fait plus mal qu’avant! Et une de mes ados de me montrer les monstrueuses éraflures qu’elle a sur chacun de ses genoux… 2 accidents différents…

Pour l’instant, l’excitation asphaltée est retombée. Reste à voir si la fête reprendra à la poursuite du chantier : )

Salutations de ma « salle de rédaction », ma chambre confortable, que j’aime beaucoup!

À la semaine prochaine.