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jeudi 23 avril 2009

Épisode 41 La vie de jet set

C’est extraordinairement jet set d’être enseignant dans le Grand Nord. 3 fois par année, on a l’occasion de se présenter au comptoir de First Air de l’aéroport Trudeau, donner son nom (sans même avoir à s’en faire pour un vulgaire billet…) et hop, on se voit remettre une carte d’embarquement! Direction Kuujjuaq, c’est aussi simple que ça! C’est la commission scolaire qui s’occupe des détails des voyages pour que ses enseignants se rendent sur leur lieu de travail.

Sur First Air, on voyage bien; on mange comme des rois. Par exemple, en descendant à Pâques, on a eu le droit, au choix, à un pâté de bison ou à du poulet cordon bleu. Vin à volonté! Bon, OK, il n’y a pas de projection de film ni de ti-écrans dans les sièges avec des jeux vidéos, mais, pour un vol de 2heures30, la distribution du journal du jour et de magasines gratuits suffisent pour passer le temps de manière très agréable. Et comme dans n’importe quel avion, il est toujours facile d’engager la conversation avec le voisin, surtout qu’il y a de fortes chances que ledit voisin soit un professionnel passionné ou un tripeux de plein air à la jasette intéressante. J’ai justement passé une bonne partie de mon dernier voyage à discuter avec Jean-Pierre, chercheur en biologie, en route pour une nouvelle étude sur le caribou. Très agréable et instructif!

Une fois à Kuujjuaq par contre, je ne suis pas encore à la maison. Il faut attendre et transférer sur Air Inuit. D’un 70kg de bagage autorisé sur le premier transporteur aérien, la deuxième compagnie n’autorise que 20kg. Faut savoir et ne pas se faire prendre (parce que l’excédent de bagages, à 7$/kg, ça peut être très cher). Une fois les bagages portés d’un comptoir à l’autre (en fait, il ne s’agit là que des deux comptoirs de l’aéroport!), il ne reste qu’à attendre, avec les enseignants des autres communautés nordiques, des inuit familiers, des infirmières et des policiers rencontrés au gré de leurs déplacements.

-Hey hey, Philippe! Tu t’en viens travailler à Quaqtaq? Super!
-Vous, vous ressemblez à Catherine de Tasiujaq, seriez-vous sa mère par hasard?
-Allo Éric! Comment ça va? Quoi de neuf, bon et joyeux?
C’est de même que ça se passe. Pas compliqué!

Et les petits avions décollent, reste juste à attraper le bon… Il n’y a pas des milliers d’écrans indicateurs comme dans les grosses aérogares : un moment d’inattention et puis on manque les messages crachés en trois langues des haut-parleurs.

-Ah c’est ton avion? Eh bien, salut! Si tu passes à Quaqtaq, n’hésite pas à venir souper! À la prochaine!

Jusqu’à ce que notre tour arrive. Le vol en destination de Kangirsuk-Quaqtaq-« Kangirsuk…je ne suis pas capable de prononcer »-Salluit, c’est le bon. C’est généralement un Twin ou un Dash8, des petits avions à hélices, pour quelques 15 ou 30 personnes. Des minibus volants. Et comme il n’y a pas beaucoup de passagers qui veulent aller dans chacun des villages, c’est le même avion qui fait le circuit, décollant et atterrissant à plusieurs reprises, laissant sortir et entrer des voyageurs à chaque arrêt. Temps de vol: varaiable... On passe d'un village à l'autre avec une excale enter chacun des sauts. Ça prend le temps que ça prend.

Et c’est là qu’il faut aussi être minimalement préparé. Parce que ces avions de brousse et leurs pilotes téméraires sont habitués à faire la route. Ils savent aussi quand les vents de biais ou la visibilité insuffisante ne permettent pas d’atterrir. Dans certaines circonstances, on ne quitte carrément pas Kuujjuaq. Il est aussi possible que l’avion décolle, mais n’atterrisse pas dans un village prévu, qu’il « saute » une destination. Dans ces cas-là, on vous débarque au village suivant, vous vous débrouillez et on vous rapatrie le lendemain… ou quand la météo le permet! D’où l’importance, dans le Nord, de voyager toujours avec de la bouffe, de la lecture et un iPod bien rempli sur soi. Dans les microscopiques aéroports de villages nordiques, qui grouillent de vie à l’arrivée et au départ d’un avion… et qui sont barrés à clé le reste du temps, ne comptez pas sur un casse-croûte ni sur un kiosque à journaux.

C’est peut-être pour cette raison qu’on nous nourrit si bien sur le premier vol. Parce que c’est peut-être le dernier bon repas avant un bon bout de temps!

Personnellement, je n’ai jamais eu à vivre de telles situations, mais les légendes font peur.

À bon entendeur et autre amateur de voyage jet set, salut! : )

jeudi 5 mars 2009

Épisode 34 Tout ce qui monte ne redescend pas nécessairement

J’en ai déjà parlé. Localement, il est possible de se procurer de la viande et du poisson. Mon village a aussi une petite mine pour les besoins locaux en gravier. Une station d’épuration des eaux. À l’échelle régionale, c’est tout ce qui est produit. Tout le reste doit être acheminé par voie de mer ou par les airs.

Pas de route.

Le pétrolier ravitaille la station-service de la communauté et la centrale au mazout d’Hydro-Québec. Il passe une fois tous les ans.

Le « Sea lift » est bien efficace. Le bateau part d’un port du St-Laurent pour venir porter cargo personnel, autos, nouvel autobus scolaire, matériaux de construction et beaucoup de caisses de bois remplis de trésors personnels. De la nourriture non périssable. Mais il ne passe lui aussi qu’une fois par année, et livre la marchandise seulement si la température lui permet d’accoster. Faut être organisé. La municipalité, l’école, le magasin général, le service de police, le CLSC et puis les individus qui veulent se prévaloir de ce transporteur doivent s’y prendre d’avance et commander quantité de matériel pour vivre un peu plus d’un an, dans un confort minimum!

On monte ainsi quantité impressionnante de matériel. Mais tout n’arrive pas par bateau…

En fait, la plus grande partie des biens de consommation courante arrivent par avion. Tous les jours des dizaines de boîtes, de la marchandise pour la Coop, de la nourriture fraîche et surgelée commandée des épiceries qui assurent le service aux communautés du Nord, des commandes par catalogue, de la poste. Des paquets-surprises envoyés par Maman! Tout les jours l’avion ouvre sont ventre pour libérer des boîtes et paquets. Le service de livraison est rapide de Dorval.

Ça semble beaucoup de matériel tout ça! Au Nord, comme partout ailleurs, on est en mode de consommation. C’est l’air du temps, facilité par les commandes téléphoniques, les magasins en lignes et l’efficacité des services de livraison.

Mais pas question que ces bateaux et ces avions redescendent au Sud avec des vidanges, ça complexifierait la logistique de gestion du matériel à bord et ça augmenterait substantiellement les frais de déplacement du voyage du retour. Les bateaux montent pleins et redescendent toujours vides. Les avions montent et redescendent avec passagers, de la poste, des commandes par catalogue de vêtements qui ne sont pas de la bonne taille. Pas question d’utiliser du volume de cargo aéroporté pour des rebus.

Évidemment, comme n’importe quelle organisation humaine en situation de ressources limitées, on gaspille le moins possible. On utilise les deux côtés d’une feuille de papier, les vêtements on les raccommode, on les use, on en abuse avant d’en disposer.

Mais quand on dispose ici, on dispose tout simplement. Pas de bac de recyclage pour le pot de confiture ou la boîte de conserve. Pas de gestion des déchets toxiques. Pas de système de recyclage des pièces d’ordinateurs désuètes. On envoie le tout au dépotoir à ciel ouvert, en bordure du village.

La grande partie de ce qui est amené par notre camion-vidange est mise en pile et régulièrement incinérée. De l’autre côté, il y a les articles qui peuvent peut-être être réutilisés. C’est ce qu’on appelle le Canadian Tire, mais ce n’est pas organisé en allées. Faut juste aller fouiller. Préférablement l’été, parce que l’hiver c’est bien évidemment enneigé.

J’habite dans la nature, au beau milieu de nulle part, mais je profite d’un confort (bien modeste aux yeux de certains mais d’un confort quand même). En multipliant cette quantité de matériel disposable par le nombre de boîtes de carton et autres quantités d’emballages pour livrer cette cargaison, et ça fait que dans la belle nature, on se ramasse avec un beau dépotoir.

Scène un peu spéciale.