jeudi 21 mai 2009

Épisode 45 Toundra au trot 2009


Dans quoi je me suis embarquée… encore! Je me suis posée la question souvent cette année!! Ça a commencé après la réunion du 18 août où on a séparé les tâches parascolaires. Je me suis portée volontaire pour coacher l’équipe de course cross contry sur toundra. Moi, entraîneuse d’athlétisme? Quelle drôle d’idée!

Je me posais la question avant chacun de nos entraînements du lundi après-midi, durant lesquels on courrait dans les couloirs de l’école. Nous avons établi un circuit, d’une extrémité de l'édifice à l’autre, aller-retour, mesuré avec une corde de 1m. entre les jambes d’un volontaire. Distance = 175m. Ils couraient. On comptait les tours de « piste ». Je mesurais le temps. Il fallait faire 2 km. Puis, à chaque fois, un peu plus. Le but est de se rendre à 3km sans arrêter. Gros bon sens, étirements et beaucoup d’encouragements. Qu’est-ce que je m’y connais?

Je me suis posée la question cet hiver après une conférence téléphonique avec les entraîneurs des autres écoles. J’ai réalisé que je ne faisais pas assez d’entraînements pour mes jeunes qui n’ont même pas de cours d’éducation physique cette année (faute de prof). Alors, nous sommes donc passés à 3 séances par semaine : notre lundi après l’école, une visite au centre de conditionnement physique du village le mercredi et puis un « entraînement express » le vendredi midi. On a couru. J’ai couru avec les jeunes, mais pas beaucoup. Je suis du genre cheerleader plus qu’autre chose. Je ne les ai pas fait courir dehors non plus. Personnellement, je n’aime pas ça courir dehors quand il fait trop froid, coureuse de tapis roulant que je suis! Dans quoi je les ai embarqués?

Le jeudi 14 mai, nous nous sommes présentés à l’aéroport du village. Des 6 coureurs que j’ai sélectionnés, seulement 4 ont accepté l’invitation pour aller à la compétition qui avait lieu à Kangiqsualujjuaq (aussi appelé Geroge River), sur la côte Est de la baie d’Ungava. Tour de manège gratuit : les vents sont forts, le petit avion est turbulent au point où 3 équipes d’autres villages n’ont pu être ramassées par notre vol nolisé.

Même météo pour les deux jours de compétition. Des vents forts, des nuages bas, des alternances de pluie figée et de neige mouillée. Je n’ai pas préparé mes jeunes à courir dans de telles conditions. Qu’à cela ne tienne, ils se présentent aux départs du 1km et du 3km et courent aussi aisément que si nous avions été dans le couloir de notre école. Ils sont athlétiques. Ils connaissent l’évènement qui a lieu annuellement. Ils sont préparés mentalement pour affronter le printemps nordique détrempé.

Eux savaient ce dans quoi ils se sont embarqués!

C’est la quatrième édition du Toundra au trot et ils veulent ramener les médailles dans notre communauté! Ils ont couru comme des gazelles. Aaron : médaille d’or au 1km chez les garçons Peewee et médaille d’argent au 3km dans la même catégorie d’âge. Nathan a eu le bronze dans au 3km chez les Bantam, et a manqué le podium de 2sec au 1km. Christina et Billie Ben, mes deux filles Bantam, ont aussi très bien couru et sont motivées à poursuivre l’entraînement et à obtenir des honneurs l’an prochain.

Au retour, encore de la turbulence dans notre petit voyage d’avion. Des hauts, des bas, des maux de cœur, et un village où on n’a pu atterrir. Redirection vers Kuujjuaq : c’est trop venteux au Nord on va attendre quelques heures avant de continuer notre chemin. C’est épeurant, mais je suis beaucoup moins nerveuse qu’à l’aller. Nous rentrons à la maison. Le Toundra au trot, maintenant, je sais ce que c’est. Ma mission est accomplie, mes jeunes sont des champions. Peu importe si on rentre un peu plus tard que prévu.

Un gros Merci à Nicolas Payette, conseiller pédagogique en éducation physique, à Gillian Warner enseignante à Kangiqsualujjuaq et toute l’équipe des organisateurs de l’évènement. C’est un super défi sportif, une belle compétition amicale. Et pour les coachs, on n’y pense pas souvent mais combien important, c'est une chance en or de rencontrer des enseignants des autres communautés nordiques. Belles rencontres!

Une chance que je m’y suis embarquée! Quelle fin de semaine mémorable, pour mes jeunes... et pour moi aussi! : )

jeudi 14 mai 2009

Épisode 44 On ne peut pas sauter la clôture quand y’a pas de clôture


J’ai travaillé, les deux dernières années, à l’école André-Laurendeau de St-Hubert sur la Rive-Sud de Montréal. Quand je m’imagine le matin, devant l’immense école dans la brume, j’ai d’abord en tête des images d’autobus scolaires. Des hardes d’autobus scolaires. Tout plein de petites chenilles jaunes qui se suivent, pare-chocs avant contre pare-chocs arrière, en attendant de pouvoir entrer le territoire de l’école et déverser leurs centaines d’adolescents à peine réveillés. Tous les matins, avec une régularité d’horloger. Une fois dans l’autobus scolaire, les élèves sont transportés loin de chez eux, confinés dans un espace indiqué par des clôtures, captifs à cause de la distance. Ils sont obligés de fréquenter l’école, au risque d’avoir à assumer la responsabilité de retrouver leur chemin en transport en commun…

C’est très différent au Nord, surtout dans un petit village comme Quaqtaq.

Le village compte une cinquantaine de bâtiments, tous très proches les uns des autres. On fait le tour complet du village en moins de 15 minutes à pied. Et l’école est en plein milieu.

Cette proximité offre certains avantages :
- T’as oublié la feuille que j’ai demandé de faire signer par tes parents? Retourne la chercher à la maison.
- Il n’y a pas de cours d’éducation physique? Pas de suppléant aujourd’hui? À la maison! Revenez plus tard. (Ouais… on imagine facilement que certains ne reviendront pas…)

Nulle part il n’y a de clôture. Le territoire n’est pas divisé. Ici, ce n’est pas le terrain de la Coop : c’est le village. Là, c’est pas plus chez le voisin que chez toi : c’est dehors. De dire que l’école commence ici et se termine là, qu’à l’intérieur de frontières imaginaires les règles de vie sont différentes qu’ailleurs, ce n’est pas toujours évident à faire comprendre.

Ça se sent dans la « cours d’école ». Il faut constamment répéter aux enfants que, pendant la récréation du primaire, pour des raisons de législations scolaires, on se doit de rester à l’intérieur d'un certain perimetre de neige... Il est encore mois évident de demander à des ados du secondaire de fumer à un endroit spécifique dans un rayon invisible de 2m. du poteau d’Hydro. Parce qu’ailleurs, dans l’immensité du dehors du terrain de l’école, c’est non-fumeur!

En additionnant les avantages de la proximité de tous les bâtiments et l’absence de frontières entre ceux-ci, les allers et venues des élèves sont quelques fois difficiles à gérer. Les élèves arrivent à n’importe quelle heure de la matinée. Ils choisissent de ne pas aller à certains cours en quittant simplement l’école entre deux périodes : la maison est toute proche. Ils peuvent aussi quitter en plein milieu d’une leçon « Boring », il n’y a pas de clôture, physique ou symbolique, qui les en empêchent. C’est une vie de village assez particulière. Dans combien d’autres villages, de tous petits villages, étendus sur des kilomètres de vide et de terres cultivées, les élèves sont dépendants de leur véhicule jaune. Pas ici.

Nous avons tout de même un autobus scolaire à Quaqtaq. Un minibus, haut sur pattes, quatre roues motrices. Super bolide. Son rôle est d’amener les élèves en sécurité à l’école, surtout les plus jeunes. Mais il ne sert pas d’instrument d’apprentissage de la routine scolaire. Il sillonne le village sans itinéraire précis, sans minutage serré. Passant devant l’école, il fait descendre les élèves avalés en route et il continue son chemin jusqu’à ce que la cloche sonne.

C’est quand même là que ça s’arrête. Il faut prendre l’autobus scolaire pour arriver à l’heure, au risque d’avoir à assumer la responsabilité de son retard, retard souvent impuni pour des raisons de difficulté à concevoir les frontières.

jeudi 7 mai 2009

Épisode 43 Dans un village sans bibliothèque ni librairie

Tous les vendredis commencent de la même manière dans ma classe de français : c’est vendredi-lecture. Je lis un chapitre d’un roman-jeunesse, puis on inscrit les noms des personnages dans un réseau, on fait un résumé du chapitre et on note les définitions de 5 mots nouveaux rencontrés dans le texte. On fait la même chose pour le chapitre suivant, mais chaque élève est alors responsable lire pour lui-même. Quand tout le monde a terminé sa lecture, on fait ensemble nos « personnages-résumé-mots nouveaux ». (P.R.M.N. comme ont abrégé mes ados branchés.)

J’aime beaucoup les vendredis. C’est calme. On lit des histoires.
Putulik (nom fictif ), vendredi passé, s’est pourtant rebellé :
- REPEAT, Marie, REPEAT!!!
- Euh... ??? On commence un nouveau roman; on l’a jamais lu celui-là!
- Pas l’histoire : Repeat, un livre. On en a déjà lu un, même plus qu’un. Je veux pas en lire un autre!

Pardon?? Je suis choquée. Un livre, on a déjà lu UN livre, ça donne l'absolution pour toujours, c'est suffisant pour attester de la compétence "lecture" en valeur absolue?
Faut que je lui explique que certaines choses doivent être répétée dans la vie!
Comme se brosser les dents. Comme faire son rappot d'impôt... Mauvais exemple : le jeune ne comprendrait pas vraiment. Comme laver la vaisselle. "Tu l'as fait une fois dans ta vie, tu n’as plus jamais à le faire jusqu’à ta mort parce que ce serait de la répétition?" Ses yeux rieurs me répondraient "Héhé, je ne ferai plus jamais la vaisselle!!" Autre mauvais exemple…

J’arrête le temps de réfléchir un peu puis je me lance :
- Parce que tu as fait du paraski une fois dans ta vie, t’as pas besoin d’en refaire, plus jamais? Ok, Putilik, je vais dire au directeur que du paraski, comme vous en avez déjà fait l’an passé, vous n’avez pas besoin d’en refaire lundi. Il va donc faire l’horaire sans prendre en compte mes élèves, c’est tout…

Oh.
C’est là que j’ai réalisé que malgré toute l’arrogance des ados de 13 ou de 18 ans qui sont devant moi, qui me « Reapat » et me « Boring » à toutes les minutes, j’ai quand même une certaine autorité. Putilik aime les activités à l’extérieur. Il est devenu tout blanc quand je l’ai mencé que ça n’ait pas lieu. Il s’est rapidement caché dans son bouquin pour lire à haute voix du haut de ses cordes vocales mutantes « Chapitre 1… ». À la fin de son petit spectacle de lecture, il a osé demander, d’une toute petite voix :
- On va-y aller, hein Marie, faire du paraski??

Putulik a lu, je n'ai pas eu à m'en occuper ce matin là. On s’est bien amusé, vendredi dernier, à l'écouter. Il a même essayé de faire des voix de personnages comme je le fais habituellement. On a lu un roman de plus dans nos vies! Mais je ne crois pas avoir enseigné l’importance et la beauté de la littérature par ce chantage si grossier: un quelques pages à lire contre un après-midi à jouer dehors. Peut-être que certains de mes élèves (d’ici et d’ailleurs) ne comprendront jamais le plaisir de lire. Ici surtout, sans bibliothèque, sans magazine, sans transport en commun où un bon roman est souvent comme une bouée de sauvetage. Harry Potter, Twilight, Anne la maison aux pignons verts... les versions DVD sont toujours plus facilement accessibles, plus facilement piratées. Il n’y a pas de modèles de lecteur de romans dans le décor nordique. Il n'y a pas de livres.

On a fini la période en faisant notre fameux P.R.M.N. habituel. Une élève me demande le sens du mot « Invectiver »…
- Invectiver, c’est l’action crier bêtises comme, des fois, ce qui se passe dans ma classe, quand un jeune crie des insultes à son enseignante
- Ah oui, comme Putulik quand il te crie « Repeat »!! Haha, je vais m’en souvenir!

Ah.
Au moins, on aura appris ça!
Et lundi le 4 mai, on a appris que le paraski, c’est très exigeant pour les bras. Ouch…


jeudi 30 avril 2009

Épisode 42 Cette semaine, un peu de politique

Lettre (à peine modifiée pour les besoins de mon blogue!) envoyée à Madame la ministre de l’Éducation,

Madame,

Dans « l'entretien : les solutions de Michelle Courchesne » (L’Actualité, avril 2009), vous mentionnez la nouvelle possibilité de faire une maîtrise en enseignement au secondaire pour recycler des détenteurs de bacs en enseignants. Vous précisez que cette maîtrise représente 2 ans d'études. Pour un individu qui veut se devenir en prof au secondaire après un bac, ça n’est pas si difficile, selon ce que vous dites. C’est deux ans.

Ce que vous ne dites pas c'est qu’il est impossible faire cette maîtrise si facilement et à temps complet : pour être admis dans ces programmes de maîtrise qualifiante, un candidat doit déjà "avoir un lien d'embauche" dans le milieu de l'éducation. Les étudiants recrutés sont déjà des enseignants en poste, des professionnels non reconnus comme tels qui œuvrent dans les écoles et qui ont déjà accepté les responsabilités d’éducateurs auprès des jeunes. Dans le jargon, nous sommes des « Non légalement qualifiés » (NLQ), des mercenaires qui bouchent des trous dans les écoles en manque de profs. Déjà, la nouvelle maîtrise ne transforme donc pas n’importe quel bachelier en enseignant.

Le programme de maîtrise qualifiante ne tient pourtant que très peu compte de cette formation sur le tas. Elle compte 60 crédits (contre 45 pour une maîtrise habituellement) et impose une conciliation travail-étude peu banale qui s'étire dans les faits sur de très longues années.

Ce programme, je m’y suis personnellement engagée avec un bagage universitaire important et une bonne expérience d’enseignante. J’ai aussi décidé de sacrifier toute vie sociale et familiale pour m’y consacrer et obtenir le brevet. Malgré tout, je ne pense pas être en mesure de terminer le programme en moins de trois ans, au prix de combien d’efforts, de soirs et de fins de semaines, de temps que je ne consacre pas à mon travail et à mes élèves comme j’aimerais le faire! Beaucoup de mes pairs étudiants se plaignent, comme moi, de la lourdeur des démarches pour satisfaire toutes les exigences, pour avoir légitimement le droit de faire le métier que nous faisons déjà.

Je suis heureuse qu’une maîtrise qualifiante existe : j’aime mon métier d’enseignante, j’aspire à le pratiquer légitimement! Les besoins dans certaines disciplines et dans certaines régions du Québec, sont criants. Mais, pour un NLQ, qui a la possibilité de continuer à travailler (parce ce n’est pas le travail qui manque!) ou celle de continuer à travailler ET faire en même temps une maîtrise excessivement exigeante qui prend minimalement 3 ans, est-ce que vous vous attendez à ce que les 2345 enseignants tolérés sans permis en 2007-2008* prennent cette décision de haute voltige? Dans tous les cas, les universités (UdeS et UdeM+UQÀM) qui offrent le programme n’ont même pas la capacité d’accueillir 15% de ce nombre…

Et qu’en est-il d’un bachelier, par ailleurs cultivé et dévoué, qui découvre sur le tard qu’il serait intéressé par l’enseignement? Doit-il se chercher un contrat dans une école, commencer à enseigner volontairement sans filet pour avoir la possibilité peut-être d’être admis dans la maîtrise en enseignement? C’est aberrant! Reste que c'est la seule possibilité ou on l'oblige à faire le bac de 4 ans. L'évaluation coût-bénéfice d'un tel retour au premier cycle, avec déjà une formation universitaire en poche, reste rebutante pour plusieurs...

Je me demande en quoi est-ce que cette nouvelle maîtrise qualifiante est réellement significative dans le bassin d’enseignants brevetés prêts à aller en classe avec nos jeunes. En quoi répéter sur toutes les tribunes que cette maîtrise existe va faire en sorte de motiver de nouveaux enseignants potentiels à s’embarquer dans le défi de l’éducation?

Je pose la question! Parce que le problème de pénurie d’enseignants, c’est là qu’il se trouve.

Salutations,

Marie Aboumrad,
Biologiste, bachelière en STS et enseignante de science et de technologie au secondaire,
Quaqtaq, Québec.

*Allard, M. (2008). Le nombre de profs sans permis explose. In La Presse, édition du 6 octobre 2008. Document téléaccessible à l'adresse : <http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/200810/05/01-26653-le-nombre-de-profs-sans-permis-explose.php>. Consulté le 27 avril 2009.
La direction des communications du MELS consultée par téléphone aujourd'hui n'avait pas de chiffres plus récents à diffuser.

jeudi 23 avril 2009

Épisode 41 La vie de jet set

C’est extraordinairement jet set d’être enseignant dans le Grand Nord. 3 fois par année, on a l’occasion de se présenter au comptoir de First Air de l’aéroport Trudeau, donner son nom (sans même avoir à s’en faire pour un vulgaire billet…) et hop, on se voit remettre une carte d’embarquement! Direction Kuujjuaq, c’est aussi simple que ça! C’est la commission scolaire qui s’occupe des détails des voyages pour que ses enseignants se rendent sur leur lieu de travail.

Sur First Air, on voyage bien; on mange comme des rois. Par exemple, en descendant à Pâques, on a eu le droit, au choix, à un pâté de bison ou à du poulet cordon bleu. Vin à volonté! Bon, OK, il n’y a pas de projection de film ni de ti-écrans dans les sièges avec des jeux vidéos, mais, pour un vol de 2heures30, la distribution du journal du jour et de magasines gratuits suffisent pour passer le temps de manière très agréable. Et comme dans n’importe quel avion, il est toujours facile d’engager la conversation avec le voisin, surtout qu’il y a de fortes chances que ledit voisin soit un professionnel passionné ou un tripeux de plein air à la jasette intéressante. J’ai justement passé une bonne partie de mon dernier voyage à discuter avec Jean-Pierre, chercheur en biologie, en route pour une nouvelle étude sur le caribou. Très agréable et instructif!

Une fois à Kuujjuaq par contre, je ne suis pas encore à la maison. Il faut attendre et transférer sur Air Inuit. D’un 70kg de bagage autorisé sur le premier transporteur aérien, la deuxième compagnie n’autorise que 20kg. Faut savoir et ne pas se faire prendre (parce que l’excédent de bagages, à 7$/kg, ça peut être très cher). Une fois les bagages portés d’un comptoir à l’autre (en fait, il ne s’agit là que des deux comptoirs de l’aéroport!), il ne reste qu’à attendre, avec les enseignants des autres communautés nordiques, des inuit familiers, des infirmières et des policiers rencontrés au gré de leurs déplacements.

-Hey hey, Philippe! Tu t’en viens travailler à Quaqtaq? Super!
-Vous, vous ressemblez à Catherine de Tasiujaq, seriez-vous sa mère par hasard?
-Allo Éric! Comment ça va? Quoi de neuf, bon et joyeux?
C’est de même que ça se passe. Pas compliqué!

Et les petits avions décollent, reste juste à attraper le bon… Il n’y a pas des milliers d’écrans indicateurs comme dans les grosses aérogares : un moment d’inattention et puis on manque les messages crachés en trois langues des haut-parleurs.

-Ah c’est ton avion? Eh bien, salut! Si tu passes à Quaqtaq, n’hésite pas à venir souper! À la prochaine!

Jusqu’à ce que notre tour arrive. Le vol en destination de Kangirsuk-Quaqtaq-« Kangirsuk…je ne suis pas capable de prononcer »-Salluit, c’est le bon. C’est généralement un Twin ou un Dash8, des petits avions à hélices, pour quelques 15 ou 30 personnes. Des minibus volants. Et comme il n’y a pas beaucoup de passagers qui veulent aller dans chacun des villages, c’est le même avion qui fait le circuit, décollant et atterrissant à plusieurs reprises, laissant sortir et entrer des voyageurs à chaque arrêt. Temps de vol: varaiable... On passe d'un village à l'autre avec une excale enter chacun des sauts. Ça prend le temps que ça prend.

Et c’est là qu’il faut aussi être minimalement préparé. Parce que ces avions de brousse et leurs pilotes téméraires sont habitués à faire la route. Ils savent aussi quand les vents de biais ou la visibilité insuffisante ne permettent pas d’atterrir. Dans certaines circonstances, on ne quitte carrément pas Kuujjuaq. Il est aussi possible que l’avion décolle, mais n’atterrisse pas dans un village prévu, qu’il « saute » une destination. Dans ces cas-là, on vous débarque au village suivant, vous vous débrouillez et on vous rapatrie le lendemain… ou quand la météo le permet! D’où l’importance, dans le Nord, de voyager toujours avec de la bouffe, de la lecture et un iPod bien rempli sur soi. Dans les microscopiques aéroports de villages nordiques, qui grouillent de vie à l’arrivée et au départ d’un avion… et qui sont barrés à clé le reste du temps, ne comptez pas sur un casse-croûte ni sur un kiosque à journaux.

C’est peut-être pour cette raison qu’on nous nourrit si bien sur le premier vol. Parce que c’est peut-être le dernier bon repas avant un bon bout de temps!

Personnellement, je n’ai jamais eu à vivre de telles situations, mais les légendes font peur.

À bon entendeur et autre amateur de voyage jet set, salut! : )

jeudi 16 avril 2009

Épisode 40 Plaidoyer contre la drogue

Bien évidemment, en tant que bonne enseignante au secondaire, je me positionne contre les abus de drogues de toutes sortes. Le sujet est particulièrement délicat dans le Nunavik où la consommation de drogues légales (dont l’alcool), l’usage de drogues illégales et l’expérimentation d’autres substances dopantes carrément inimaginables sont un vérifiable fléau social.

Pas de drogue donc.

Il faut pourtant l’avouer, si tant de monde en consomme, c’est qu’il y a un certain attrait. L’euphorie promise par beaucoup de substances psychotropes est très alléchante pour un jeune qui broie du noir, pour un adulte qui a un urgent besoin d’évasion ou pour tout autre individu, avec ou sans raison, à la recherche d’expériences physiques intenses.

Il ne suffit pas, un peu comme Oncle Georges, de se borner à dire « Non non, la drogue, c’est pas bon! » La tentation est là, elle existe. Il est donc essentiel, d’après moi, dans les programmes de prévention des toxicomanies, d’offrir des alternatives à la drogue qui soient aussi trippantes.

Et, voilà, j’ai une proposition! Une proposition toute naturelle et relativement simple : il suffit de passer 32 semaines dans le Grand Nord. Puis, en 24 heures, il faut se transformer de Blanche-Neige-de-la-toundra en Cendrillon-du-Bal-en-blanc. Passer de l’isolement total, à fréquenter toujours les mêmes 300 personnes, puis se perdre dans une foule de fêtards de 15 000 jeunes en délire, sur le party. Passer de Quaqtaq au Palais des congrès de Montréal pour un des raves les plus fous en Amérique du Nord.

Wow. Wwwwoooowwww!!!

Ça fait grimper le taux d’adrénaline sanguin à un niveau record, sûrement jugé illicite selon le comité international olympique!

Le cœur bat la chamade. La tête tourne. Impossible de lâcher prise du sourire induit par la proximité de tant de corps et la chaleur des danseurs en folie, d’amis dont on cherche le visage dans la foule et d’autres rencontres fortuites sympathiques.

Le résultat est impressionnant. Le corps humain est une machine trippante!

J’ai dansé, sans broncher, des heures d'affilée. J’ai souri pendant autant de temps. Puis je suis sortie de l’amphithéâtre, je me suis effondrée sur un banc, épuisée. Buzzée : )

Métro Square Victoria, tout à fait à jeun, encore souriante, mais terriblement confuse, je me suis demandée comment j’ai fait pour oublier ainsi le grondement du centre-ville. Comment, en si peu de temps, j’ai pu perdre le souvenir de l’odeur, du goût, du monde, de MA ville qui se réveillait devant mes yeux.

Mais cette ville a plus d’un secret. Si elle est l’hôte du Bal en blanc, elle donne aussi lieu à toutes sortes de voyages beaucoup plus paisibles. Quelques heures plus tard, quelques bouches de métro plus loin, cachée dans une grotte du cinéma Beaubien, j’ai retrouvé par hasard la solitude de la toundra, la beauté de la neige et la sérénité du peuple inuit. Retour inattendu du balancier, tout aussi euphorisant, tout aussi hallucinant.

Le jour avant le lendemain.

L’histoire d’un jeune garçon et de sa grand-mère, Inuit, qui ont à survivre seuls, dans le monde nordique, avant l’arrivée de l’homme blanc. Leçon vie, de sagesse et d’anthropologie inuit que je n’ai même pas à Quaqtaq.

En quelques secondes, je suis de retour dans le Nord, le temps d’un film, avec, comme avantage urbain, de pouvoir quitter la salle noire et marcher au son des mille bruits et autres contingences montréalaises qui m’attendent.

Du 10 au 19 avril, je suis en ville. 10 jours de ces montagnes russes inexplicables dans l’âme humaine.

Après ces émotions, qui a encore besoin de drogue?

jeudi 9 avril 2009

Interlude Redescendue au Sud


Marie-Laure ne reviendra pas au Nord après les vacances.

Bonne chance Marie-Laure dans tous tes projets.

Bonjour à Caroline qu'on ne connait pas encore, mais qui sera avec nous dans l'avion en "remontant".

Salutations,

Marie