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jeudi 18 septembre 2008

Épisode 12 La rrrroutine habituelle, quoi!



Autre prof, un bon matin : T’es au courant Marie? La cour est en ville aujourd’hui.
Moi (étonnée de tout, donc surprise de rien) : OK.
(Silence)
- C’est la cour itinérante du Québec, ils viennent à Quaqtaq 3 fois par année… À cause du mauvais temps qui empêche les avions d’atterrir régulièrement, c’est plus souvent 2 fois par année… Alors, ça fait des journées très chargées! Fait que, ça veut dire que la majorité de tes élèves ne seront pas en classe aujourd’hui.
- Ah bon! OK.
- Ouais… tous les jeunes ont un parent/un frère/une sœur/un proche/eux-mêmes convoqués pour témoigner ou pour être accusés. Ceux qui seront en classe n’auront pas la tête à travailler, alors fais ton possible, juste pour les occuper!
- Oôôk…
- La cour s’installe dans le gymnase, il y aura beaucoup de monde dans l’école. Tu devrais t’arranger pour garder les quelques élèves qui tu auras avec toi pour la récré. Garde-les en classe, fais-les jouer à des jeux.
- Des jeux? Pas sure d’en avoir, mais OK, OK…
(Photo : révision du plan cartésien à la manière du jeu de Battle ship que j’ai fabriqué en 15 minutes! Pas pire!)

- Oh, et en passant, le dentiste sera au village demain. La majorité des élèves vont sûrement aller le voir…

La rrrroutine habituelle, quoi???? La routine, quelle routine??

Et débarquent les avocats en toge qui tiennent des séances d’aide juridique dans la bibliothèque, le juge dans le gymnase, le dentiste en sarrau au CLSC, les militaires en tenue de combat nordique au magasin général et autres groupes de chasseurs plus ou moins traditionnels en attirail de survie dans la toundra… Tous les jours, il y a quelque chose, dans la communauté ou carrément dans l’école; tous les jours, il manque des élèves en classe, avec de très bonnes raisons.

De plus, tous les jours sont soit un début de semaine (il faut se remettre de la semaine de pêche), un milieu de semaine (mercredi, difficile pour tout le monde, à St-Hubert ou à Quaqtaq) ou proche de la fin de semaine (faut pas trop en demander à l’approche du party qui se prépare). Tous les jours, une raison…

Et tous les jours, il y a aussi les absents sans aucune raison, parce que le réveil n’a pas sonné (un réveil, c’est quoi un réveil?), parce que l’asphaltage a été terminé dans le village (presque les 4km au complet!), parce que le lendemain de brosse est un peu trop difficile (la brosse des parents ou celle des élèves eux-mêmes)… tous les jours de mauvaises raisons.
De raison en raison, on enseigne tous ici sans routine, sans plan de vol. De jour en jour, je fais mon possible, je tente d’amuser mes ados en classe en faisant ce qu’on peut dans le contexte de l’isolement nordique qui, jamais au grand jamais, je rime avec prévisibilité!

D’ailleurs, à la grande surprise de tous, incluant les aînés du village, mercredi le 17 septembre, on a eu un blizzard. La neige, c’est impressionnant, mais comme il ne fait pas très froid, elle est mouillée et lourde, alors il n’y a pas trop de poudrerie. Mais le vent… le vent qui fait trembler ma maison. Ça me demande un peu de sang-froid de taper ce texte de manière concentrée… Oh… ma commande d’épicerie ne pourra sûrement pas m’être livrée demain, l’avion ne pourra certainement pas atterrir avant le retour au calme plat… C’est ça, le Nord! J’adore!

jeudi 4 septembre 2008

Épisode 10 Évènement historique, blessures véridiques

Cette semaine, j’ai promis à Elaine de répondre à la question « peux-tu bien me dire ce que tu manges? » et à Laurise de parler de perspective d’emploi chez les jeunes inuit… Je vais traiter de ces sujets très importants… une autre fois! Pour l’instant, l’actualité de la communauté et mon intérêt personnel dans l’observation des faits sociaux m’obligent à vous conter ce dont j’ai été témoin cette semaine.

Il faut savoir que je suis trop jeune pour avoir connu les grands chantiers de construction, les projets de développement qui ont transformé le paysage montréalais. L’autoroute 40, Place-Ville Marie, Terre des Hommes, les installations olympiques… J’adore en entendre parler, mais je n’en ai jamais senti l’excitation, l’attrait de la nouveauté, l’énervement de la première visite! Puis, tranquillement, le passage à la normalité : les structures gigantesques deviennent tout à fait banales dans le décor, comme si elles avaient toujours été là. J’ai toujours été fascinée par cette expérience architecturale que je n’ai jamais vraiment vécue.

Et bien, j’ai eu ce privilège à Quaqtaq cette semaine : on a asphalté une rue! Chers lecteurs, j’ai vécu une expérience digne de l’érection de la tour du stade, j’en suis certaine!

Quand je suis arrivée dans cette communauté, les quelques routes n’étaient que de gravelle. Le parc automobile compte, approximativement, pour les 300 résidents, une cinquantaine de pick-up et autres camions de service, beaucoup plus encore de « 4-roues-tous-terrains-machin » (qu’on appelle ici simplement des Honda) et tout plein de scooters conduits par les ados. Les routes de gravelles semblaient permettre à ces beaux bolides là de circuler dans les rues de la communauté. Bon, pas tout à fait moderne la gravelle, c’est vrai, mais je ne me suis pas arrêtée à l’étude de la chaussée; il y avait tellement d’autres détails qui me semblaient si particuliers au Nord (je vais, éventuellement, vous parler de ma toilette dans une prochaine chronique!).

Par contre, dès mes premiers jours ici, j’ai bien vu qu’on tapait la voie, qu’on la recouvrait de camions pleins de petites roches venues de l’autre bout du village et, un beau matin, la machine à asphalter la rue s’est mise à cracher son goudron noir. La fête dans l’école : impossible de retenir les jeunes à la récréation. Je n’avais jamais vu un chantier d'aussi bonne d’humeur, si loin des normes de la CSST sans pourtant qu’un seul incident soit signalé! Pendant les périodes de l’après-midi, le taux d’absentéisme était inquiétant chez les élèves du secondaire. Toute la journée, ça a été la fête dans la rue!

Toute la nuit aussi; les enfants ont paradé avec leurs rollers blades (qu’ils utilisaient jusqu’alors lors de leurs voyages « au Sud »), leurs vélos, leurs trottinettes, leurs souliers de courses à roulettes et tout plein de bâtons fluorescents lumineux. Cette ribambelle roulante était entrecoupée de scooters et de Hondas, décorés de lumières de Noël et de toutes sortes de guirlandes. Cette parade a duré longtemps! Des « vroum vroum » de moteurs jusqu’au petit matin. Je le sais, tout ce beau monde-là faisait demi-tour devant ma maison…

J’habite la maison verte à côté de la piscine. Maintenant, je dois plutôt la décrire comme étant la maison où l’asphalte se termine! Après 400m. de pavé (j’ai « photoshopé » le tronçon asphalté sur l'image Google Maps), le chantier s’est arrêté devant ma maison. Je ne sais pas trop pourquoi. Je suis une blogueuse, pas une journaliste d’enquête quand même!! Manque de matériel? Problème de machinerie? Chose certaine, sur les 4km de routes asphaltées dont on m’a parlé, il n’y en a à peine 10% complété. Si c’est pour être terminé cette année, il faut faire vite : dans un mois, un mois et demi au maximum, la route, asphaltée ou pas, sera recouverte de neige.

Mais déjà, la fête s’est calmée; c’est devenu tout à fait normal que la rue soit asphaltée. Mes élèves, à qui j’ai posé la question mercredi après-midi, m’ont même dit que ce n’était pas une bonne idée, l’asphalte à Quaqtaq : quand il y a des accidents, ça fait plus mal qu’avant! Et une de mes ados de me montrer les monstrueuses éraflures qu’elle a sur chacun de ses genoux… 2 accidents différents…

Pour l’instant, l’excitation asphaltée est retombée. Reste à voir si la fête reprendra à la poursuite du chantier : )

Salutations de ma « salle de rédaction », ma chambre confortable, que j’aime beaucoup!

À la semaine prochaine.